라신의 『파이드라』와 오페라와의 경쟁
La Phèdre de Racine et sa rivalité avec l'opéra
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En adaptant Euripide, Quinault et Lully montrent bien que leur Alceste est une tragédie digne de celle des auteurs grecs. À l’occasion d’Iphigénie, Racine éprouve le désir de rivaliser avec l’opéra naissant. Il est difficile d’accepter la thèse de Brunetière selon laquelle Racine emprunte à Quinault l’appareil mythologique, les pompeuses merveilles et la fluidité de style. Les scènes infernales sont à la mode dans la tragédie lyrique et Quinault insère ce genre d’épisode dans Alceste et Thésée. À l’aide de la musique de Lully, le librettiste réussit à composer des scènes émouvantes comme la pompe funèbre d’Alceste. La Phèdre de Racine témoigne de ses efforts pour concurrencer ces scènes sur leur terrain. Il s’agit de donner par le seul verbe un pendant tragique de ces scènes de l’opéra. Ce n’est pas sur scène ou dans le récit, mais dans l’hallucination de Phèdre que la scène des Enfers se déroule. La vision s’élargit jusqu’à l’univers. En fuyant ses divins aïeuls, elle s’imagine voir la figure du père qui est obligé de punir sa propre fille. Tandis que Minos est vivant chez Sénèque et chez Ovide, Racine fait de Minos le juge suprême des Enfers suivant la version ultérieure du mythe. Il est significatif que Phèdre est désignée fille de Minos et de Pasiphaé chez Racine. Minos devient symbole de la conscience de Phèdre et de son aspiration à la pureté. Racine semble s’inspirer du Psaume 138 pour développer la première partie de la tirade de Phèdre. Racine s’appuie sur les figures comme la correction, l’apostrophe, l’hypotypose afin de peindre l’ambiance tragique. C’est à Sénèque que Racine emprunte principalement le récit de Théramène. Celui-ci est divisé en trois tableaux: le départ de l’exilé; l’apparition du monstre; le combat et la mort du héros. Contrairement à Sénèque qui brosse le portrait détaillé du monstre, Racine s’intéresse à le peindre dans une large perspective. Alors que le départ d’Hippolyte se déroule sur le rythme lent du cortège, les descriptions du monstre et du combat se déroulent sur un rythme haletant. La transformation de l’atmosphère est décrite par l’emploi de nombreux verbes d’action et l’utilisation du présent. Comme dans l’épopée, Théramène est un témoin privilégié dont la vision est minutieuse et totale. Il dépeint également l’émotion subjective. Si l’auteur brosse le portrait d’Hippolyte héroïque et tragique avec plus de temps, c’est parce que le récit de Théramène a la fonction de l’oraison funèbre. Par rapport à ses sources, Racine renforce considérablement la dimension héroïque d’Hippolyte: il tue le monstre en témoignant de son courage exemplaire. Théramène illustre l’exploit et la mort tragique du héros en usant les figures propres au genre épidictique. Insérées en style direct dans le récit, les dernières paroles du héros suscitent la pitié du public.
Abstract
En adaptant Euripide, Quinault et Lully montrent bien que leur Alceste est une tragédie digne de celle des auteurs grecs. À l’occasion d’Iphigénie, Racine éprouve le désir de rivaliser avec l’opéra naissant. Il est difficile d’accepter la thèse de Brunetière selon laquelle Racine emprunte à Quinault l’appareil mythologique, les pompeuses merveilles et la fluidité de style. Les scènes infernales sont à la mode dans la tragédie lyrique et Quinault insère ce genre d’épisode dans Alceste et Thésée. À l’aide de la musique de Lully, le librettiste réussit à composer des scènes émouvantes comme la pompe funèbre d’Alceste. La Phèdre de Racine témoigne de ses efforts pour concurrencer ces scènes sur leur terrain. Il s’agit de donner par le seul verbe un pendant tragique de ces scènes de l’opéra. Ce n’est pas sur scène ou dans le récit, mais dans l’hallucination de Phèdre que la scène des Enfers se déroule. La vision s’élargit jusqu’à l’univers. En fuyant ses divins aïeuls, elle s’imagine voir la figure du père qui est obligé de punir sa propre fille. Tandis que Minos est vivant chez Sénèque et chez Ovide, Racine fait de Minos le juge suprême des Enfers suivant la version ultérieure du mythe. Il est significatif que Phèdre est désignée fille de Minos et de Pasiphaé chez Racine. Minos devient symbole de la conscience de Phèdre et de son aspiration à la pureté. Racine semble s’inspirer du Psaume 138 pour développer la première partie de la tirade de Phèdre. Racine s’appuie sur les figures comme la correction, l’apostrophe, l’hypotypose afin de peindre l’ambiance tragique. C’est à Sénèque que Racine emprunte principalement le récit de Théramène. Celui-ci est divisé en trois tableaux: le départ de l’exilé; l’apparition du monstre; le combat et la mort du héros. Contrairement à Sénèque qui brosse le portrait détaillé du monstre, Racine s’intéresse à le peindre dans une large perspective. Alors que le départ d’Hippolyte se déroule sur le rythme lent du cortège, les descriptions du monstre et du combat se déroulent sur un rythme haletant. La transformation de l’atmosphère est décrite par l’emploi de nombreux verbes d’action et l’utilisation du présent. Comme dans l’épopée, Théramène est un témoin privilégié dont la vision est minutieuse et totale. Il dépeint également l’émotion subjective. Si l’auteur brosse le portrait d’Hippolyte héroïque et tragique avec plus de temps, c’est parce que le récit de Théramène a la fonction de l’oraison funèbre. Par rapport à ses sources, Racine renforce considérablement la dimension héroïque d’Hippolyte: il tue le monstre en témoignant de son courage exemplaire. Théramène illustre l’exploit et la mort tragique du héros en usant les figures propres au genre épidictique. Insérées en style direct dans le récit, les dernières paroles du héros suscitent la pitié du public.
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