힙폴뤼토스와 파이드라 신화의 변형을 통해 본 라신의 독창성 연구
L'originalité de Racine à travers la modification du mythe d'Hippolyte et de Phèdre
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Même si Racine s’inspire d’autres prédécesseurs et surtout de Sénèque, il nomme l’Hippolyte d’Euripide comme source unique dans sa préface de Phèdre. Il lui est très délicat de s’avouer redevable envers Sénèque, rejeté par les théoriciens de l’Académie Lamoignon. Racine emprunte à l’auteur latin l’aveu direct de Phèdre à Hippolyte et son audace. Il imite cependant Euripide dans l’aveu de l’héroïne à sa nourrice, son souci de dignité et sa honte. Fidèle même au rythme du vers d’Euripide, il laisse pourtant de cô̂té l'aspect philosophique dans la tirade de l’héroïne grecque, n'en retenant que le côté pathétique, pour développer la naissance de son amour et sa souffrance. Le parti pris sur le mythe montre aussi la spécificité de Racine: contrairement à l’auteur grec qui souligne l’amour criminel de Pasiphaé, d’Ariane et de Phèdre, Racine les considère comme victime de Vénus. Le sentiment de culpabilité de Phèdre s’accentue chez lui d’autant plus qu’elle se dit coupable après son aveu à Œnone. Pour la déclaration de Phèdre à Hippolyte, Racine imite Sénèque dans le récit du Labyrinthe et utilise la même figure nommée correction. Néanmoins Racine redouble cette figure pour placer Phèdre dans le rôle d’Ariane. Phèdre réécrit dès lors le mythe en l’érotisant: elle s’imagine guider Hippolyte sur le chemin du Labyrinthe et s’y perdre volontiers avec lui. Tandis que la Phèdre de Sénèque avoue sa passion à Hippolyte pour le séduire, la Phèdre de Racine s’égare et s’avoue involontairement. Dans la mesure où celle-ci justifie sa haine supposée vis-à-vis d’Hippolyte, elle lui avoue sa passion en passant du genre judiciaire au genre épidictique. Là où Phèdre échoue à persuader Hippolyte, Racine réussit à persuader le public et à l’émouvoir en recourant aux stratégies rhétoriques. Racine rejette la tendance moderne qui substitue des fiançailles au lien conjugal de Thésée et de Phèdre. Mais il rend Hippolyte amoureux en suivant le goût du public et s’appuie sur Virgile et Blaise de Vigenère pour trouver sa bien-aimée. À l’aide de Plutarque, il greffe Aricie à l’intrigue politique en en faisant une fille de Pallas. La dimension politique s’accentue dans la mesure où elle devient une prétendante au trône d’Athènes. La mort supposée de Thésée pose la question de la succession et rend la rencontre des personnages plus naturelle. Dans cette occasion Hippolyte se montre généreux, qui offre le trône d’Athènes à Aricie. Le nombre des scènes d’aveux qui occupent les deux premiers actes est multiplié par leur amour réciproque. Racine met en avant l’effet musical de ces scènes: par exemple, la souffrance amoureuse de Phèdre reprend thématiquement celle d’Hippolyte tout en l’aggravant. Il développe la dimension héroïque: les exploits de Thésée sont évoqués plusieurs fois et Hippolyte tue le monstre. Par une ironie du sort, entraîné par les chevaux qu’il a élevés, Hippolyte périt près du temple où il souhaite célébrer le mariage. En tant que père repentant, Thésée adopte Aricie pour la fille. Malgré la réconciliation de deux familles ennemies, le tragique s’accentue chez Racine par rapport à ses prédécesseurs : le regret et la solitude de Thésée ainsi que le malheur d’Aricie restent inconsolables.
Abstract
Même si Racine s’inspire d’autres prédécesseurs et surtout de Sénèque, il nomme l’Hippolyte d’Euripide comme source unique dans sa préface de Phèdre. Il lui est très délicat de s’avouer redevable envers Sénèque, rejeté par les théoriciens de l’Académie Lamoignon. Racine emprunte à l’auteur latin l’aveu direct de Phèdre à Hippolyte et son audace. Il imite cependant Euripide dans l’aveu de l’héroïne à sa nourrice, son souci de dignité et sa honte. Fidèle même au rythme du vers d’Euripide, il laisse pourtant de cô̂té l'aspect philosophique dans la tirade de l’héroïne grecque, n'en retenant que le côté pathétique, pour développer la naissance de son amour et sa souffrance. Le parti pris sur le mythe montre aussi la spécificité de Racine: contrairement à l’auteur grec qui souligne l’amour criminel de Pasiphaé, d’Ariane et de Phèdre, Racine les considère comme victime de Vénus. Le sentiment de culpabilité de Phèdre s’accentue chez lui d’autant plus qu’elle se dit coupable après son aveu à Œnone. Pour la déclaration de Phèdre à Hippolyte, Racine imite Sénèque dans le récit du Labyrinthe et utilise la même figure nommée correction. Néanmoins Racine redouble cette figure pour placer Phèdre dans le rôle d’Ariane. Phèdre réécrit dès lors le mythe en l’érotisant: elle s’imagine guider Hippolyte sur le chemin du Labyrinthe et s’y perdre volontiers avec lui. Tandis que la Phèdre de Sénèque avoue sa passion à Hippolyte pour le séduire, la Phèdre de Racine s’égare et s’avoue involontairement. Dans la mesure où celle-ci justifie sa haine supposée vis-à-vis d’Hippolyte, elle lui avoue sa passion en passant du genre judiciaire au genre épidictique. Là où Phèdre échoue à persuader Hippolyte, Racine réussit à persuader le public et à l’émouvoir en recourant aux stratégies rhétoriques. Racine rejette la tendance moderne qui substitue des fiançailles au lien conjugal de Thésée et de Phèdre. Mais il rend Hippolyte amoureux en suivant le goût du public et s’appuie sur Virgile et Blaise de Vigenère pour trouver sa bien-aimée. À l’aide de Plutarque, il greffe Aricie à l’intrigue politique en en faisant une fille de Pallas. La dimension politique s’accentue dans la mesure où elle devient une prétendante au trône d’Athènes. La mort supposée de Thésée pose la question de la succession et rend la rencontre des personnages plus naturelle. Dans cette occasion Hippolyte se montre généreux, qui offre le trône d’Athènes à Aricie. Le nombre des scènes d’aveux qui occupent les deux premiers actes est multiplié par leur amour réciproque. Racine met en avant l’effet musical de ces scènes: par exemple, la souffrance amoureuse de Phèdre reprend thématiquement celle d’Hippolyte tout en l’aggravant. Il développe la dimension héroïque: les exploits de Thésée sont évoqués plusieurs fois et Hippolyte tue le monstre. Par une ironie du sort, entraîné par les chevaux qu’il a élevés, Hippolyte périt près du temple où il souhaite célébrer le mariage. En tant que père repentant, Thésée adopte Aricie pour la fille. Malgré la réconciliation de deux familles ennemies, le tragique s’accentue chez Racine par rapport à ses prédécesseurs : le regret et la solitude de Thésée ainsi que le malheur d’Aricie restent inconsolables.
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