오텔 드 부르고뉴 극장에서의 라신의 『파이드라』 공연 - 극장의 구조와 무대장치, 배우들의 대사낭송 속도를 중심으로
Les représentations de la Phèdre de Racine dans l’Hôtel de Bourgogne - La Structure et le décor du théâtre et la vitesse de la déclamation des comédiens -
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Après la restauration de 1647, l’Hôtel de Bourgogne attire plus de spectateurs de qualité avec ses trente-huit loges. A cette époque-là le décor simultané qui régnait dans la tragi-comédie cède petit à petit au décor unique. D’après Michel Laurent, le « palais à volonté » joue un rôle important dans les représentations de Corneille, alors que les décors de Racine sont plus variés avec les notices plus détaillées. Il est probable que Racine intervient auprès du décorateur pour indiquer les notations scéniques de ses tragédies. « Le palais voûté » de Phèdre devient une prison avec le temps et correspond merveilleusement aux conflits intimes des personnages. Les acteurs sont enserrés par les murs et les voûtes comme s’ils se retrouvaient dans une boîte dont un seul plan serait ouvert. On pourrait supposer que l’héroïne s’avance vers le public en regardant les chandeliers suspendus au-dessus de l’avant-scène pour s’adresser au soleil. Les comédiens doivent, faute d’éclairage spécifique les valorisant, déclamer fort pour attirer l’attention des spectateurs et faire cesser le bruit de la salle. Le dramaturge distribue aux comédiens les tirades en tenant compte de leurs capacités. Les tirades sont souvent des moments de passion pendant lesquels les comédiens usent d’éloquence et le public en est friand. Considéré comme le meilleur déclamateur de son temps, Racine assiste aux répétitions pour donner les conseils aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne. Ceux-ci disposent de manuscrits dont la ponctuation est très proche de celle du texte original imprimé. Bien que la ponctuation serve d’abord à rythmer la cadence et à marquer quelquefois les tons et les intensités, il fait comprendre aux comédiens son texte et sa manière de déclamer chaque vers. Mieux que quiconque, Racine sait régler la voix selon les situations, les passions, les figures et les mots. Il guide scrupuleusement la Champmeslée dans les paroles et les gestes tragiques. Corneille écrit que « la représentation dure deux heures » et les témoignages du XVIIIe siècle le confirment. Selon le Catalogue de Pièces choisies du Répertoire de la Comédie-Française, la durée moyenne des représentations de ses 8 tragédies est de 1 h 59, celle des 7 tragédies de Racine est de 2 h 6. Quant à Phèdre, les représentations modernes qui finissent en deux heures sont beaucoup plus nombreuses que celles qui dépassent 2 heures. La mise en scène de Phèdre de Patrice Chéreau constitue un cas exceptionnel: il met en valeur le silence et l’expressivité des détails dans sa représentation dont la déclamation dure 2 h 15. Donc il n’est pas exact d’affirmer que la vitesse de la déclamation tragique aux XVIIe et XVIIIe siècles était considérablement plus rapide que celle d’aujourd’hui.
Abstract
Après la restauration de 1647, l’Hôtel de Bourgogne attire plus de spectateurs de qualité avec ses trente-huit loges. A cette époque-là le décor simultané qui régnait dans la tragi-comédie cède petit à petit au décor unique. D’après Michel Laurent, le « palais à volonté » joue un rôle important dans les représentations de Corneille, alors que les décors de Racine sont plus variés avec les notices plus détaillées. Il est probable que Racine intervient auprès du décorateur pour indiquer les notations scéniques de ses tragédies. « Le palais voûté » de Phèdre devient une prison avec le temps et correspond merveilleusement aux conflits intimes des personnages. Les acteurs sont enserrés par les murs et les voûtes comme s’ils se retrouvaient dans une boîte dont un seul plan serait ouvert. On pourrait supposer que l’héroïne s’avance vers le public en regardant les chandeliers suspendus au-dessus de l’avant-scène pour s’adresser au soleil. Les comédiens doivent, faute d’éclairage spécifique les valorisant, déclamer fort pour attirer l’attention des spectateurs et faire cesser le bruit de la salle. Le dramaturge distribue aux comédiens les tirades en tenant compte de leurs capacités. Les tirades sont souvent des moments de passion pendant lesquels les comédiens usent d’éloquence et le public en est friand. Considéré comme le meilleur déclamateur de son temps, Racine assiste aux répétitions pour donner les conseils aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne. Ceux-ci disposent de manuscrits dont la ponctuation est très proche de celle du texte original imprimé. Bien que la ponctuation serve d’abord à rythmer la cadence et à marquer quelquefois les tons et les intensités, il fait comprendre aux comédiens son texte et sa manière de déclamer chaque vers. Mieux que quiconque, Racine sait régler la voix selon les situations, les passions, les figures et les mots. Il guide scrupuleusement la Champmeslée dans les paroles et les gestes tragiques. Corneille écrit que « la représentation dure deux heures » et les témoignages du XVIIIe siècle le confirment. Selon le Catalogue de Pièces choisies du Répertoire de la Comédie-Française, la durée moyenne des représentations de ses 8 tragédies est de 1 h 59, celle des 7 tragédies de Racine est de 2 h 6. Quant à Phèdre, les représentations modernes qui finissent en deux heures sont beaucoup plus nombreuses que celles qui dépassent 2 heures. La mise en scène de Phèdre de Patrice Chéreau constitue un cas exceptionnel: il met en valeur le silence et l’expressivité des détails dans sa représentation dont la déclamation dure 2 h 15. Donc il n’est pas exact d’affirmer que la vitesse de la déclamation tragique aux XVIIe et XVIIIe siècles était considérablement plus rapide que celle d’aujourd’hui.
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