문학 번역에서 효과 개념의 유효성
La validité de la notion d'effet dans la traduction littéraire
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La Théorie interprétative de la traduction, également dite la «théorie du sens», élaborée à partir de l'expérience d'interprétation de conférence, a démontré son efficacité dans le domaine de la formation d'interprètes et de traducteurs professionnels. Pourtant, sur le terrain de la traduction littéraire, elle rencontre encore des réticences. Les opposants de cette théorie, notamment les littéraires, nient son applicabilité à la pratique littéraire, au nom de la spécificité du langage littéraire et de l'importance de la forme. La réflexion sur la traduction a été caractérisée pendant plusieurs siècles et, dans une certaine mesure encore aujourd’hui, par des oppositions binaires : forme / sens, littéralisme / traduction libre, traduction de la lettre / traduction de l’esprit, etc. Le climat trop souvent polémique rend difficile l'échange de points de vue d'un champ à l'autre. Le malentendu le plus répandu concernant la théorie interprétative consiste à penser qu’elle laisse de côté l’importance de la forme et qu’ainsi, elle participe à la dissolution de la spécificité littéraire. Nul doute que le poids de la forme est décisif dans la traduction littéraire et la réduction du sens de l'oeuvre littéraire à un contenu explicite est certainement un appauvrissement considérable. Mais la richesse de l'oeuvre littéraire semble consister dans la tension qu'elle instaure entre les deux faces du signe : elle est à la fois signifiant et signifié. La forme ne pouvant pas être pensée comme un objet indépendant, qui existerait à l’état séparé du sens, selon le principe avancé par la théorie interprétative, c’est le sens de la forme qui doit être pris en compte ; une même forme pouvant se voir attribuer des fonctions diverses, elle se définit par le rôle qu’elle joue dans un ensemble textuel. De ce point de vue, la notion d'effet qu'introduit F. Israël en traductologie peut être comprise comme la tentative de concilier fidélité au sens et fidélité à la forme. Ce n’est pas donc pour minimiser le rôle capital que joue en littérature la forme, ou encore pour nier la spécificité de la traduction littéraire qu'il considère la forme ou la langue comme un vecteur de construction du sens et de production de l’effet. Israël soutient le modèle triangulaire de l'ESIT, tandis que Meschonnic réclame le principe de «monisme matérialiste». Il n'empêche que dans le souci de dépasser le clivage dualiste, les théories d'Israël et de Meschonnic convergent, et les discours conflictuels ne sauraient nous cacher le fait que leurs démarches sont souvent complémentaires. Si la tension, le conflit qui sous-tend la traduction, peuvent être salutaires, c’est qu’ils ouvrent l’espace d’un échange, d’un dialogue entre les différentes réflexions sur la traduction. Mais pour avoir un vrai dialogue théorique, il faudrait avant tout traiter la théorie de l'autre avec le sérieux qu’elle mérite.
Abstract
La Théorie interprétative de la traduction, également dite la «théorie du sens», élaborée à partir de l'expérience d'interprétation de conférence, a démontré son efficacité dans le domaine de la formation d'interprètes et de traducteurs professionnels. Pourtant, sur le terrain de la traduction littéraire, elle rencontre encore des réticences. Les opposants de cette théorie, notamment les littéraires, nient son applicabilité à la pratique littéraire, au nom de la spécificité du langage littéraire et de l'importance de la forme. La réflexion sur la traduction a été caractérisée pendant plusieurs siècles et, dans une certaine mesure encore aujourd’hui, par des oppositions binaires : forme / sens, littéralisme / traduction libre, traduction de la lettre / traduction de l’esprit, etc. Le climat trop souvent polémique rend difficile l'échange de points de vue d'un champ à l'autre. Le malentendu le plus répandu concernant la théorie interprétative consiste à penser qu’elle laisse de côté l’importance de la forme et qu’ainsi, elle participe à la dissolution de la spécificité littéraire. Nul doute que le poids de la forme est décisif dans la traduction littéraire et la réduction du sens de l'oeuvre littéraire à un contenu explicite est certainement un appauvrissement considérable. Mais la richesse de l'oeuvre littéraire semble consister dans la tension qu'elle instaure entre les deux faces du signe : elle est à la fois signifiant et signifié. La forme ne pouvant pas être pensée comme un objet indépendant, qui existerait à l’état séparé du sens, selon le principe avancé par la théorie interprétative, c’est le sens de la forme qui doit être pris en compte ; une même forme pouvant se voir attribuer des fonctions diverses, elle se définit par le rôle qu’elle joue dans un ensemble textuel. De ce point de vue, la notion d'effet qu'introduit F. Israël en traductologie peut être comprise comme la tentative de concilier fidélité au sens et fidélité à la forme. Ce n’est pas donc pour minimiser le rôle capital que joue en littérature la forme, ou encore pour nier la spécificité de la traduction littéraire qu'il considère la forme ou la langue comme un vecteur de construction du sens et de production de l’effet. Israël soutient le modèle triangulaire de l'ESIT, tandis que Meschonnic réclame le principe de «monisme matérialiste». Il n'empêche que dans le souci de dépasser le clivage dualiste, les théories d'Israël et de Meschonnic convergent, et les discours conflictuels ne sauraient nous cacher le fait que leurs démarches sont souvent complémentaires. Si la tension, le conflit qui sous-tend la traduction, peuvent être salutaires, c’est qu’ils ouvrent l’espace d’un échange, d’un dialogue entre les différentes réflexions sur la traduction. Mais pour avoir un vrai dialogue théorique, il faudrait avant tout traiter la théorie de l'autre avec le sérieux qu’elle mérite.
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