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폴 리쾨르 : 해석학과 자기 이해

Paul Ricoeur herméneutique et compréhension de soi

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De La Symbolique du mal à Soi-même comme un autre, en passant par De l'interprétation / Essai sur Freud, Le Conflit des interprétations, La Métaphore vive, la trilogie Temps et récit, et Du texte à l'action, le foyer philosophique de Paul Ricoeur reste herméneutique ; il va de l'herméneutique des symboles à l'herméneutique du texte, de l'herméneutique du texte à l'herméneutique du soi. Y a-t-il alors un thème principal qui traverse toutes ces oeuvres herméneutiques? Notre réponse est qu'il s'agit de la problématique de la compréhension de soi. La position initiale de Ricoeur est contre le Cogito cartésien qui se pose soi-même et toute prétention philosophique d'être transparent à soi-même, à savoir "prétention à l'immédiateté, à l'adéquation et à l'apodicticité du cogito cartésien". A parir d'elle, le philosophe ne cessera de répéter tout au long de sa carrière philosophique : "il n'est pas de compréhension de soi qui ne soit médiatisée par des signes, des symboles et des textes ; la compréhension de soi coïncide à titre ultime avec l'interprétation appliquée à ces termes médiateurs." Cette idée de départ ne changera jamais et au contraire, elle se confirmera plus systématiquement et plus philosophiquement. Ainsi, son herméneutique ne sera point "une philosophie de l'immédiat", mais "une philosophie du détour". Ce qu'il dira dans un entretien avec Gwendoline Jarczyk, à l'occasion de la parution de son oeuvre majeure Soi-même comme un autre : "Voilà qui est dans la ligne de mon herméneutique, selon laquelle il n'y a pas de connaissance de soi immédiate, mais on se connaît à travers, comme je l'ai dit bien des fois, des signes, des oeuvres, des textes, que l'on a compris et aimés." Ce que répète encore l'auteur de Réflexion faite autobiographie intellectuelle : "Se comprendre, pour le lecteur, se comprendre devant le texte et recevoir de lui les conditions d'émergence d'un soi autre que le moi, et que suscite la lecture." Ce soi autre que le moi est à la fois "l'oeuvre de la lecture et le don du texte". Dans la mesure où la voie courte de l'intuition de soi par soi, en d'autres termes, le court-circuit de la connaisance de soi immédiate, est interdite, le lecteur se voit obligé à faire un grand détour pour se connaître et pour se comprendre, et ce à travers des signes, des symboles et des textes. Mais cela exige d'abord la néccessité de se désapproprier du Cogito cartésien ou husserlien, nécessité imposée par la compréhension de soi devant le texte. Selon Ricoeur, "il faut que le moi égoïste s'efface pour que naisse le soi, oeuvre de la lecture." De l'âme, l'Evangile ne dit-il pas qu'il faut la perdre pour la sauver? Le philosophe protestant dit justement : "Lecteur, je ne me trouve qu'en me perdant." Alors, "j'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte." Le philosophe du détour empolie encore cette belle expression "un soi plus vaste" que le lecteur reçoit de lui en se comprenant devant le texte. Ainsi le soi ne revient chez le lecteur qu'au terme d'un vaste périple, mais c'est "comme un autre" qu'il revient, ce qui nous rappelle évidemment le beau titre Soi-même comme un autre. La compréhension de soi est alors "tout le contraire d'une constitution dont le sujet aurait la clé. Il serait à cet égard plus juste de dire que le soi est constitué par la "chose" du texte." A propos de la fidélité à la pensée et l'oeuvre de Ricoeur, Alexandre Derczansky dit en employant une métaphore vive : "il y a de l'Orphée en Paul Ricoeur, un Orphée si fidèle à son Eurydice." Belle expression, mais chargée de sens. Alors, qui est donc son Eurydice à qui Ricoeur-Orphée a succombé? Une meilleure réponse serait à trouver auprès de Ricoeur lui-même. Dans un entretien avec Carlos Oliveira, en 1987, il a déclaré à propos de son travail actuel après avoir parcouru de multiples disciplines philosophiques et scientifiques contemporaines, de la psychanalyse à la sémiologie, de la philosophie réflexive à la phénoménologie husserlienne, en passant par l'existentialisme, le structuralisme, la critique des idéologies, etc. : "c'est une sorte de reprise de mon premier problème qui était le problème du sujet. Que devient la philosophie du sujet après un tel parcours? Ce n'est certainement plus le sujet husserlien ni le sujet transparent ; c'est un sujet fortement médiatisé par tous les sysmtèmes de signes, de symboles et d'écriture, puisque, après tout, la narrativité c'est fondamentalement une écriture ; c'est donc cette idée d'un cogito non immédiat et médiatisé qui est mon thème actuellement, en rapport avec l'altérité d'autrui." La boucle est bouclée. Cela s'appellerait l'unité d'une oeuvre. Justement, Alexandre Derczansky, auteur de l'article intitulé "L'unité de l'oeuvre de Paul Ricoeur", parle d'une "philosophie du sujet révélatrice de son autonomie, voire de son indépendance", avant de conclure que "c'est grâce à Paul Ricoeur que nous pouvons nous retrouver nous-mêmes, ce qui nous prouve l'existence des autres." Nous y ajouterons un mot seulement : grâce à Ricoeur, nous avons appris à nous désapproprier du moi immédiat et égoïste pour nous exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste, oeuvre de la lecture et don du texte.

Abstract

De La Symbolique du mal à Soi-même comme un autre, en passant par De l'interprétation / Essai sur Freud, Le Conflit des interprétations, La Métaphore vive, la trilogie Temps et récit, et Du texte à l'action, le foyer philosophique de Paul Ricoeur reste herméneutique ; il va de l'herméneutique des symboles à l'herméneutique du texte, de l'herméneutique du texte à l'herméneutique du soi. Y a-t-il alors un thème principal qui traverse toutes ces oeuvres herméneutiques? Notre réponse est qu'il s'agit de la problématique de la compréhension de soi. La position initiale de Ricoeur est contre le Cogito cartésien qui se pose soi-même et toute prétention philosophique d'être transparent à soi-même, à savoir "prétention à l'immédiateté, à l'adéquation et à l'apodicticité du cogito cartésien". A parir d'elle, le philosophe ne cessera de répéter tout au long de sa carrière philosophique : "il n'est pas de compréhension de soi qui ne soit médiatisée par des signes, des symboles et des textes ; la compréhension de soi coïncide à titre ultime avec l'interprétation appliquée à ces termes médiateurs." Cette idée de départ ne changera jamais et au contraire, elle se confirmera plus systématiquement et plus philosophiquement. Ainsi, son herméneutique ne sera point "une philosophie de l'immédiat", mais "une philosophie du détour". Ce qu'il dira dans un entretien avec Gwendoline Jarczyk, à l'occasion de la parution de son oeuvre majeure Soi-même comme un autre : "Voilà qui est dans la ligne de mon herméneutique, selon laquelle il n'y a pas de connaissance de soi immédiate, mais on se connaît à travers, comme je l'ai dit bien des fois, des signes, des oeuvres, des textes, que l'on a compris et aimés." Ce que répète encore l'auteur de Réflexion faite autobiographie intellectuelle : "Se comprendre, pour le lecteur, se comprendre devant le texte et recevoir de lui les conditions d'émergence d'un soi autre que le moi, et que suscite la lecture." Ce soi autre que le moi est à la fois "l'oeuvre de la lecture et le don du texte". Dans la mesure où la voie courte de l'intuition de soi par soi, en d'autres termes, le court-circuit de la connaisance de soi immédiate, est interdite, le lecteur se voit obligé à faire un grand détour pour se connaître et pour se comprendre, et ce à travers des signes, des symboles et des textes. Mais cela exige d'abord la néccessité de se désapproprier du Cogito cartésien ou husserlien, nécessité imposée par la compréhension de soi devant le texte. Selon Ricoeur, "il faut que le moi égoïste s'efface pour que naisse le soi, oeuvre de la lecture." De l'âme, l'Evangile ne dit-il pas qu'il faut la perdre pour la sauver? Le philosophe protestant dit justement : "Lecteur, je ne me trouve qu'en me perdant." Alors, "j'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte." Le philosophe du détour empolie encore cette belle expression "un soi plus vaste" que le lecteur reçoit de lui en se comprenant devant le texte. Ainsi le soi ne revient chez le lecteur qu'au terme d'un vaste périple, mais c'est "comme un autre" qu'il revient, ce qui nous rappelle évidemment le beau titre Soi-même comme un autre. La compréhension de soi est alors "tout le contraire d'une constitution dont le sujet aurait la clé. Il serait à cet égard plus juste de dire que le soi est constitué par la "chose" du texte." A propos de la fidélité à la pensée et l'oeuvre de Ricoeur, Alexandre Derczansky dit en employant une métaphore vive : "il y a de l'Orphée en Paul Ricoeur, un Orphée si fidèle à son Eurydice." Belle expression, mais chargée de sens. Alors, qui est donc son Eurydice à qui Ricoeur-Orphée a succombé? Une meilleure réponse serait à trouver auprès de Ricoeur lui-même. Dans un entretien avec Carlos Oliveira, en 1987, il a déclaré à propos de son travail actuel après avoir parcouru de multiples disciplines philosophiques et scientifiques contemporaines, de la psychanalyse à la sémiologie, de la philosophie réflexive à la phénoménologie husserlienne, en passant par l'existentialisme, le structuralisme, la critique des idéologies, etc. : "c'est une sorte de reprise de mon premier problème qui était le problème du sujet. Que devient la philosophie du sujet après un tel parcours? Ce n'est certainement plus le sujet husserlien ni le sujet transparent ; c'est un sujet fortement médiatisé par tous les sysmtèmes de signes, de symboles et d'écriture, puisque, après tout, la narrativité c'est fondamentalement une écriture ; c'est donc cette idée d'un cogito non immédiat et médiatisé qui est mon thème actuellement, en rapport avec l'altérité d'autrui." La boucle est bouclée. Cela s'appellerait l'unité d'une oeuvre. Justement, Alexandre Derczansky, auteur de l'article intitulé "L'unité de l'oeuvre de Paul Ricoeur", parle d'une "philosophie du sujet révélatrice de son autonomie, voire de son indépendance", avant de conclure que "c'est grâce à Paul Ricoeur que nous pouvons nous retrouver nous-mêmes, ce qui nous prouve l'existence des autres." Nous y ajouterons un mot seulement : grâce à Ricoeur, nous avons appris à nous désapproprier du moi immédiat et égoïste pour nous exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste, oeuvre de la lecture et don du texte.

참고문헌 (25)

  1. Blanchot, "De Kafka à Kafka in : Idées" (1985), Gallimard
  2. Colin, ""Herméneutique et philosophie réflexive", in Paul Ricoeur les métamorphoses de la raison herméneutique, sous la direction de Jean Greisch et Richard Kearney" (1991), Cerf
  3. Derczansky, ""L'unité de l'oeuvre de Paul Ricoeur", in Ethique et responsabilité Paul Ricoeur, textes réunis par Jean-Christophe Aeschlimann" (1994), Editions de la Baconnière
  4. Dilthey, ""Origine et développement de l'herméneutique", in Le Monde de l'esprit" (1947), Aubier
  5. Dunphy, ""L'héritage de Dilthey", in Paul Ricoeur les métamorphoses de la raison herméneutique, sous la direction de Jean Greisch et Richard Kearney" (1991), Cerf
  6. Gadamer, "Vérité et méthode" (1976), Seuil
  7. Grondin, "L'Horizon herméneutique de la pensée contemporaine" (1993), Vrin
  8. Grondin, "L'Herméneutique in : Que sais-je?" (2006), Puf
  9. Jeanrond, "Introduction à l'herméneutique théologique" (1995), Cerf
  10. Ledoux, "Corps et création" (1992), Les Belles Lettres
  11. Neschke-Hentschke, ""Le texte sur l'herméneutique de F.D. Schleiermacher de 1809-1810", in Paul Ricoeur les métamorphoses de la raison herméneutique, sous la direction de Jean Greisch et Richard Kearney" (1991), Cerf
  12. Onimus, "Camus" (1965), Desclée Brouwer
  13. Proust, "Contre Sainte-Beuve" (1954), Gallimard
  14. Essai sur Freud, "De l'interprétation", pp.1965, Ricoeur
  15. Ricoeur, "Le Conflit des interprétations" (1969), Seuil
  16. Ricoeur, "Temps et récit III" (1985), Seuil
  17. Ricoeur, "Du texte à l'action" (1986), Seuil
  18. Ricoeur, "Soi-même comme un autre" (1990), Seuil
  19. Ricoeur, "Réflexion faite, autobiographie intellectuelle", Esprit
  20. Ricoeur, "L'identité narrative" (1988), juillet-août
  21. Paul Ricoeur avec, "De la volonté à l'acte in : Temps et récit de Paul Ricoeur en débat" (1990), Cerf
  22. Gwendoline Jarczyk, "Un entretien avec Paul Ricoeur : Soi-même comme un autre", Rue Descartes, (1) (1991), Albain Michel
  23. Schleiermacher, "Herméneutique" (1987), Cerf
  24. Taylor, "Une philosophie sans frontières", Magazine littéraire, numéro spécial consacré à Paul Ricoeur, (390) (2000)
  25. Thomasset, "Paul Ricoeur une poétique de la morale" (1996), Presses universitaires de Louvain

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