번역과 해석학
Traduction et herméneutique
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Traduire, c'est une tâche difficile à accomplir. Cette difficulté est souvent liée au problème du langage. Or, le langage est par excellence l'objet herméneutique. Et l'herméneutique, art de comprendre ou théorie d'interprétation, entretient une relation plus ou moins étroite avec la traduction, d'autant plus que les deux disciplines ont pour objet commun le texte, c'est-à-dire "tout discours fixé par l'écriture", pour reprendre la définition de Paul Ricoeur. Sur le plan herméneutique, ce qui est à comprendre dans un texte, ce n'est pas l'intention de l'auteur, ce que l'auteur aurait voulu dire, mais celle du texte, ce que dit le texte lui-même. Car la fixation par l'écriture rend le texte autonome à l'égard de l'intention de l'auteur, dans la mesure où "elle dissocie complètement le sens de ce qui est dit de celui qui le dit", comme le souligne Hans-Georg Gadamer. Du coup, traduire un texte, ce n'est pas traduire l'intention de l'auteur, mais celle du texte. Mais pour traduire un texte, il faut d'abord le comprendre, en suivant le principe du cercle herméneutique, selon lequel non seulement la compréhension du tout est conditionnée par celle du détail, mais encore inversement la compréhension du détail est déterminée par la compréhension du tout. Et comprendre de la sorte, c'est interpréter, parce que l'on comprend un texte, en l'interprétant. "C'est pourquoi toute traduction est déjà interprétation, dit Gadamer ; on peut même dire qu'elle est toujours l'accomplissement de l'interprétation que le traducteur a conférée à la parole qui lui a été proposée." Il s'agit donc ici, on ne saurait trop répéter, "d'une interprétation et non d'une simple coïncidence." Autrement dit, la traduction d'un texte n'est pas une "simple reviviscence du processus psychologique origiel de sa rédaction", mais "une recréation(Nachbildung) du texte, guidée par la compréhension de ce qui est dit en lui." Or selon Gadamer, "seul le traducteur qui porte au langage la "chose" que le texte lui montre, c'est-à-dire qui trouve une langue qui ne soit pas seulement la sienne, mais encore la langue appropriée à l'original, saura véritablement recréer(nachbilden). Ainsi la situation du traducteur est au fond la même que celle de l'interprète." C'est dans ce sens-là que recréer, c'est "s'approprier ce qui est dit au point d'en faire son bien propre." Sur ce sujet, Ricoeur dit également : "Interpréter, avons-nous dit, c'est nous approprier hic et nunc l'intention du texte", en ajoutant que "surtout l'appropriation a pour vis-à-vis ce que Gadamer appelle "la chose du texte" et que j'appelle "le monde de l'oeuvre"." Bref, le travail de traduction est un processus d'interprétation selon lequel après avoir bien compris l'intention du texte, le traducteur se l'approprie pour l'exprimer dans sa propre langue. L'appropriation ne peut pourtant résoudre toute la problématique de la traduction, car on ne réussit jamais à effacer la différence fondamentale des langues, laquelle constitue le problème le plus pernicieux en matière de traduction. Conscient de "la différence indépassable du propre et de l'étranger", le traductuer doit donc s'accommoder de la distance qui sépare l'esprit du discours original de l'esprit de sa réplique traduite et accepter que cette distance ne peut être jamais abolie. Cela veut dire que toute traduction a sa propre limite et que "même si elle est une recréation magistrale, il lui manquera toujours nécessairement une partie des résonances qui vibrent dans l'original." Le régime de la traduction est donc bien celui d'une "correspondance sans adéquation", "équivalence sans adéquation" ou "équivalence sans identité", pour employer les formules justes de Ricoeur qui représentent bien la réalité et la limite de la traduction. Traduire, c'est en effet "dire la même chose autrement". C'est ce que fait le traducteur, sachant qu'il ne peut faire autrement. Admettant l'écart entre l'adéquation et l'équivalence, il se voit alors obligé de "renoncer à l'idéal de la traduction parfaite", ce que Ricoeur appelle "le travail du deuil", en empruntant le terme à Freud. Ce renoncement seul lui permettra de se lancer dans un "défi et bonheur de la traduction" et de s'adonner à "l'hospitalité langagière où le plaisir d'habiter la langue de l'autre est compensé par le plaisir de recevoir chez soi, dans sa propre demeure d'accueil, la parole de l'étranger." Pour terminer, il n'est une traduction parfaite, tout comme il n'est une oeuvre parfaite. Ce qui compte, c'est de pratiquer le travail de traduction. Traduire, c'est avant tout un praxis.
Abstract
Traduire, c'est une tâche difficile à accomplir. Cette difficulté est souvent liée au problème du langage. Or, le langage est par excellence l'objet herméneutique. Et l'herméneutique, art de comprendre ou théorie d'interprétation, entretient une relation plus ou moins étroite avec la traduction, d'autant plus que les deux disciplines ont pour objet commun le texte, c'est-à-dire "tout discours fixé par l'écriture", pour reprendre la définition de Paul Ricoeur. Sur le plan herméneutique, ce qui est à comprendre dans un texte, ce n'est pas l'intention de l'auteur, ce que l'auteur aurait voulu dire, mais celle du texte, ce que dit le texte lui-même. Car la fixation par l'écriture rend le texte autonome à l'égard de l'intention de l'auteur, dans la mesure où "elle dissocie complètement le sens de ce qui est dit de celui qui le dit", comme le souligne Hans-Georg Gadamer. Du coup, traduire un texte, ce n'est pas traduire l'intention de l'auteur, mais celle du texte. Mais pour traduire un texte, il faut d'abord le comprendre, en suivant le principe du cercle herméneutique, selon lequel non seulement la compréhension du tout est conditionnée par celle du détail, mais encore inversement la compréhension du détail est déterminée par la compréhension du tout. Et comprendre de la sorte, c'est interpréter, parce que l'on comprend un texte, en l'interprétant. "C'est pourquoi toute traduction est déjà interprétation, dit Gadamer ; on peut même dire qu'elle est toujours l'accomplissement de l'interprétation que le traducteur a conférée à la parole qui lui a été proposée." Il s'agit donc ici, on ne saurait trop répéter, "d'une interprétation et non d'une simple coïncidence." Autrement dit, la traduction d'un texte n'est pas une "simple reviviscence du processus psychologique origiel de sa rédaction", mais "une recréation(Nachbildung) du texte, guidée par la compréhension de ce qui est dit en lui." Or selon Gadamer, "seul le traducteur qui porte au langage la "chose" que le texte lui montre, c'est-à-dire qui trouve une langue qui ne soit pas seulement la sienne, mais encore la langue appropriée à l'original, saura véritablement recréer(nachbilden). Ainsi la situation du traducteur est au fond la même que celle de l'interprète." C'est dans ce sens-là que recréer, c'est "s'approprier ce qui est dit au point d'en faire son bien propre." Sur ce sujet, Ricoeur dit également : "Interpréter, avons-nous dit, c'est nous approprier hic et nunc l'intention du texte", en ajoutant que "surtout l'appropriation a pour vis-à-vis ce que Gadamer appelle "la chose du texte" et que j'appelle "le monde de l'oeuvre"." Bref, le travail de traduction est un processus d'interprétation selon lequel après avoir bien compris l'intention du texte, le traducteur se l'approprie pour l'exprimer dans sa propre langue. L'appropriation ne peut pourtant résoudre toute la problématique de la traduction, car on ne réussit jamais à effacer la différence fondamentale des langues, laquelle constitue le problème le plus pernicieux en matière de traduction. Conscient de "la différence indépassable du propre et de l'étranger", le traductuer doit donc s'accommoder de la distance qui sépare l'esprit du discours original de l'esprit de sa réplique traduite et accepter que cette distance ne peut être jamais abolie. Cela veut dire que toute traduction a sa propre limite et que "même si elle est une recréation magistrale, il lui manquera toujours nécessairement une partie des résonances qui vibrent dans l'original." Le régime de la traduction est donc bien celui d'une "correspondance sans adéquation", "équivalence sans adéquation" ou "équivalence sans identité", pour employer les formules justes de Ricoeur qui représentent bien la réalité et la limite de la traduction. Traduire, c'est en effet "dire la même chose autrement". C'est ce que fait le traducteur, sachant qu'il ne peut faire autrement. Admettant l'écart entre l'adéquation et l'équivalence, il se voit alors obligé de "renoncer à l'idéal de la traduction parfaite", ce que Ricoeur appelle "le travail du deuil", en empruntant le terme à Freud. Ce renoncement seul lui permettra de se lancer dans un "défi et bonheur de la traduction" et de s'adonner à "l'hospitalité langagière où le plaisir d'habiter la langue de l'autre est compensé par le plaisir de recevoir chez soi, dans sa propre demeure d'accueil, la parole de l'étranger." Pour terminer, il n'est une traduction parfaite, tout comme il n'est une oeuvre parfaite. Ce qui compte, c'est de pratiquer le travail de traduction. Traduire, c'est avant tout un praxis.
참고문헌 (18)
- Essais, "L'Espace littéraire in : Folio", pp.1993, Maurice Blanchot
- Hans-Georg Gadamer, "Vérité et méthode in : L'Ordre philosophique" (1976), Seuil
- Herméneutique et champ de l'expérience humaine, "L'Art de comprendre. Ecrits II", pp.1991, Hans-Georg Gadamer
- Hans-Georg Gadamer, "La Philosophie herméneutique" (1996), PUF
- Hegel, "La Phénoménologie de l'Esprit, traduit par Jean Hyppolite in : Philosophie de l'esprit" (1942), Aubier
- Hegel, "La Phénoménologie de l'Esprit, traduit par Jean-Pierre Lefèbvre in : Bibliothèque philosophique" (1991), Aubier
- Hegel, "La Phénoménologie de l'Esprit, traduit par Gwendoline Zarczyk et Pierre-Jean Labarrière in : Bibliothèque de philosophie" (1993), Gallimard
- Werner G. Jeanrond, "Introduction à l'herméneutique théologique" (1995), Cerf
- Robert Musil, "L'Homme sans qualités, traduit par Philippe Jaccottet in : Points 2 Vol." (1982), Seuil
- Paul Ricoeur, "Le Conflit des interprétations" (1969), Seuil
- Paul Ricoeur, "De l'interprétation" (1965), Seuil
- Paul Ricoeur, "Du texte à l'action" (1986), Seuil
- Paul Ricoeur, "Sur la traduction" (2004), Bayard
- Paul Ricoeur, "Un entretien avec Paul Ricoeur : Soi-même comme un autre", Rue Descartes, (1) (1991)
- Friedrich Schleiermacher, "Paris" (1987), Cerf
- 폴 리쾨르, "번역론" (2006), 철학과현실사
- 발터 벤야민, "발터 벤야민의 문예이론" (2009), 민음사
- 이기언, "해석학적 순환에 대하여", 불어불문학연구, (74), pp.273~318 (2008), 한국불어불문학회
