폴 리쾨르의 에두르기 철학 : 자기이해의 문제를 중심으로
La philosophie du détour chez Paul Ricoeur : autour du problème de la compréhension de soi
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초록
Paul Ricoeur est l'un des rares philosophes au vingtième siècle, qui n'a cessé de dialoguer avec les pensées contemproaines d'horizon divers, de la phénoménologie à la philosophie analytique, de la psychanalyse au structuralisme, de Heidegger à Habermas, de John Rawls à Richard Rorty, sans oublier les auteurs classiques. On a raison de dire qu'il est "un lecteur ouvert à ses contemporains, à la littérature, à l'histoire, aux cultures et aux religions", ou "un philosophe cosmopolite" pratiquant "une philosophie sans frontières". Pourquoi un tel parcours philosophique? Ricoeur aurait répondu avec son expression préférée : un long détour oblige. Dans son article intitulé "De l'interprétation", Ricoeur a dit à propos de la tradition philosophique à laquelle il appratenait : "j'aimerais caractériser la tradition philosophique dont je me réclame par trois traits : elle est dans la ligne d'une philosophie réflexive ; elle demeure dans la mouvance de la phénoménologie husserlienne ; elle veut être une variante herméneutique de cette phénoménologie." D'après cette déclaration, la philosophie ricoeurienne part de la philosophie réflexive pour arriver à l'herméneutique, en passant par la phénoménologie. Une question se pose hic et nunc : Y a-t-il un sujet principal ou une problématique fondamentale, communs à ces trois disciplines philosophiques? Ricoeur lui-même nous donne une réponse dans l'article cité ci-dessus : "Les problèmes philosophiques qu'une philosophie réflexive tient pour les plus radicaux concernent la possiblibilté de la compréhension de soi comme le sujet des opérations de connaissance, de volition, d'estimation, etc." En effet, la philosophie réflexive tend à reconnaître l'acte du Cogito qui se pose, ce qui la rend problématique. "Mais comment le "je pense" se connaît-il ou se reconnaît-il lui-même? C'est ici que la phénoménologie -- et plus encore l'herméneutique -- représente à la fois une réalisation et une transformation radicale du programme même de la philosophie réflexive." Voilà la problématique dont nous entreprendrons de traiter dans cette étude : le problème de la compréhension de soi. Pour aborder cette problématique, Ricoeur critique d'abord la phénoménologie husserlienne qui reconnaît "une conscience de soi immédiate, transparente à soi, directe". Il met ainsi en question une présupposition commune à Descartes, à la philosophie réflexive et à Husserl, à savoir "l'immédiateté, la transparence, l'appodicticité du Cogito". Contre cette tradition philosophique du Cogito cartésien, Ricoeur affirme que le sujet ne se connaît pas lui-même directement, mais seulement à travers les signes déposés dans sa mémoire et dans son imaginaire par les grandes cultures. Bref, "il n'est pas de compréhension de soi qui ne soit médiatisée par des signes, des symboles et des textes ; la compréhension de soi coïncide à titre ultime avec l'interprétation appliquée à ces termes médiateurs." Mettant l'accent sur la médiateté de la compréhension de soi, l'herméneutique de Ricoeur s'affranchit de l'idéalisme avec lequel Husserl a tenté d'identifier la phénoménologie. L'ontologie du comprendre est une étape nécessaire où Ricoeur doit résoudre le problème du comprendre du Dasein, en tant qu'être- au-monde, avant d'ériger son herméneutique de la compréhension de soi. Selon Heidegger, la phénoménologie ontologique part de l'herméneutique du Dasein, en tant qu'analytique de l'existence, pour devenir une "herméneutique au sens originel du mot, d'après lequel il désigne la tâche de l'explicitation". Or ce qui caractérise le Dasein est l'être en tant que l'être du comprendre, dans la mesure où comprendre est le mode d'être même du Dasein, dans lequel il déploie ses possibilités d'être au monde. Ainsi, "le comprendre est l'être existential du pouvoir- être propre du Dasein lui-même." C'est pourquoi "le monde fait partie de son être-soi-même en tant qu'être-au-monde" et que "le comprendre de l'existence comme telle est toujours un comprendre du monde". Toute compréhension est une compréhension du monde et la compréhension de soi ne peut donc qu'être médiatisée par cette compréhension du monde. De ce point de vue, la connaissance de soi ne désigne pas l'acte de perception ou d'inspection d'un soi transparent à soi, mais au contraire "une saisie compréhensive de l'ouverture pleine de l'être- au-monde à travers ses moments constitutifs essentiels." Ce mode de comprendre, Heidegger le nomme l'explicitation, dans laquelle "le comprendre s'approprie compréhensivement ce qu'il comprend." L'explicitation ou l'interpétation est "l'appropriation du compris." C'est ce terme-clé herméneutique que Ricoeur tire de l'ontologie heideggérienne du comprendre. Bref, l'être qui se comprend en s'appropriant ce qu'il a compris n'est plus le Cogito, mais "l'être-interprété". Après avoir parcouru la phénoménologie husserlienne et l'ontologie heideggérienne, Ricoeur procède à l'élaboration de sa propre théorie de la connaissance de soi médiate et médiatisée, selon laquelle se comprendre, c'est toujours se comprendre à travers des signes déposés dans toutes les oeuvres culturelles, en particulier, les textes littéraires. D'après l'auteur du Conflit des inteprétations, le sujet qui s'interprète en interprétant les signes n'est plus le Cogito, mais "un existant" qui découvre qu'il est posé dans l'être avant même qu'il se pose et se possède. La psychanlyse réclame d'ailleurs la priorité du je suis sur le je pense. puisque le sujet est déjà posé dans l'être au niveau pulsionnel avant qu'il se pose consciemment et volontairement. "Il en résulte, dit Ricoeur, une interprétation moins idéaliste, plus ontologique, du Cogito ; l'acte pur du Cogito, en tant qu'il se pose absolument, est seulement une vérité abstraite et vide, aussi vaine qu'elle est invincible. Il lui reste à être médiatisé à travers la totalité du monde des signes et à travers l'interprétation de ces signes. Le long détour est précisément celui de la suspicion." Le glas du Cogito cartésien est sonné, et un nouveau Cogito, ontologique et herméneutique, est né, car il s'agit d'un Cogito médiat et médiatisé, qui se comprend en comprenant l'autre. L'herméneutique découvre ainsi "une manière d'exister qui resterait de bout en bout ê̂tre-interprété." Avec cette découverte, Ricoeur construit sa théorie du texte, selon laquelle "se comprendre, c'est se comprendre devant le texte et recevoir de lui les conditions d'un soi autre que le moi qui vient à la lecture." Se comprendre devant le texte, cela veut dire "s'exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste". Mais pour cela, il faut que le moi égoïste s'efface pour que naisse le soi, disciple du texte. "Lecteur, je ne me trouve qu'en me perdant." Il serait à cet égard plus juste de dire que "le soi est constitué par la "chose" du texte" et qu'il est à la fois "l'oeuvre de la lecture et le don du texte", pour reprendre les belles expressions de Ricoeur. Ainsi le soi herméneutique, l'être-inteprété, ne revient chez lui qu'au terme d'un vaste périple, et c'est "comme un autre" qu'il revient. Voilà le terme auquel aboutit le Cogito herméneutique qui se comprend en comprenant l'autre et qui reconnaît une présence de l'autre à soi. Mais pour y arriver, "un long détour" était nécessaire et inévitable à l'herméneutique de Ricoeur. C'est pourquoi nous l'appelons ici "philosophie du détour". Pour terminer, comprendre est le mode d'être même de l'être humain, comme l'a dit Heidegger. Et se comprendre ne constitue-t-il pas un souci existential commun à tous les êtres humains? Heureusement, Ricoeur nous offre un phronésis et nous ouvre la voie vers le chemin qui nous mène à nous comprendre nous-mêmes. N'est-ce pas une grande grace pour tous ceux qui s'efforcent de se comprendre? Du moins, pour les disciples de Ricoeur.
Abstract
Paul Ricoeur est l'un des rares philosophes au vingtième siècle, qui n'a cessé de dialoguer avec les pensées contemproaines d'horizon divers, de la phénoménologie à la philosophie analytique, de la psychanalyse au structuralisme, de Heidegger à Habermas, de John Rawls à Richard Rorty, sans oublier les auteurs classiques. On a raison de dire qu'il est "un lecteur ouvert à ses contemporains, à la littérature, à l'histoire, aux cultures et aux religions", ou "un philosophe cosmopolite" pratiquant "une philosophie sans frontières". Pourquoi un tel parcours philosophique? Ricoeur aurait répondu avec son expression préférée : un long détour oblige. Dans son article intitulé "De l'interprétation", Ricoeur a dit à propos de la tradition philosophique à laquelle il appratenait : "j'aimerais caractériser la tradition philosophique dont je me réclame par trois traits : elle est dans la ligne d'une philosophie réflexive ; elle demeure dans la mouvance de la phénoménologie husserlienne ; elle veut être une variante herméneutique de cette phénoménologie." D'après cette déclaration, la philosophie ricoeurienne part de la philosophie réflexive pour arriver à l'herméneutique, en passant par la phénoménologie. Une question se pose hic et nunc : Y a-t-il un sujet principal ou une problématique fondamentale, communs à ces trois disciplines philosophiques? Ricoeur lui-même nous donne une réponse dans l'article cité ci-dessus : "Les problèmes philosophiques qu'une philosophie réflexive tient pour les plus radicaux concernent la possiblibilté de la compréhension de soi comme le sujet des opérations de connaissance, de volition, d'estimation, etc." En effet, la philosophie réflexive tend à reconnaître l'acte du Cogito qui se pose, ce qui la rend problématique. "Mais comment le "je pense" se connaît-il ou se reconnaît-il lui-même? C'est ici que la phénoménologie -- et plus encore l'herméneutique -- représente à la fois une réalisation et une transformation radicale du programme même de la philosophie réflexive." Voilà la problématique dont nous entreprendrons de traiter dans cette étude : le problème de la compréhension de soi. Pour aborder cette problématique, Ricoeur critique d'abord la phénoménologie husserlienne qui reconnaît "une conscience de soi immédiate, transparente à soi, directe". Il met ainsi en question une présupposition commune à Descartes, à la philosophie réflexive et à Husserl, à savoir "l'immédiateté, la transparence, l'appodicticité du Cogito". Contre cette tradition philosophique du Cogito cartésien, Ricoeur affirme que le sujet ne se connaît pas lui-même directement, mais seulement à travers les signes déposés dans sa mémoire et dans son imaginaire par les grandes cultures. Bref, "il n'est pas de compréhension de soi qui ne soit médiatisée par des signes, des symboles et des textes ; la compréhension de soi coïncide à titre ultime avec l'interprétation appliquée à ces termes médiateurs." Mettant l'accent sur la médiateté de la compréhension de soi, l'herméneutique de Ricoeur s'affranchit de l'idéalisme avec lequel Husserl a tenté d'identifier la phénoménologie. L'ontologie du comprendre est une étape nécessaire où Ricoeur doit résoudre le problème du comprendre du Dasein, en tant qu'être- au-monde, avant d'ériger son herméneutique de la compréhension de soi. Selon Heidegger, la phénoménologie ontologique part de l'herméneutique du Dasein, en tant qu'analytique de l'existence, pour devenir une "herméneutique au sens originel du mot, d'après lequel il désigne la tâche de l'explicitation". Or ce qui caractérise le Dasein est l'être en tant que l'être du comprendre, dans la mesure où comprendre est le mode d'être même du Dasein, dans lequel il déploie ses possibilités d'être au monde. Ainsi, "le comprendre est l'être existential du pouvoir- être propre du Dasein lui-même." C'est pourquoi "le monde fait partie de son être-soi-même en tant qu'être-au-monde" et que "le comprendre de l'existence comme telle est toujours un comprendre du monde". Toute compréhension est une compréhension du monde et la compréhension de soi ne peut donc qu'être médiatisée par cette compréhension du monde. De ce point de vue, la connaissance de soi ne désigne pas l'acte de perception ou d'inspection d'un soi transparent à soi, mais au contraire "une saisie compréhensive de l'ouverture pleine de l'être- au-monde à travers ses moments constitutifs essentiels." Ce mode de comprendre, Heidegger le nomme l'explicitation, dans laquelle "le comprendre s'approprie compréhensivement ce qu'il comprend." L'explicitation ou l'interpétation est "l'appropriation du compris." C'est ce terme-clé herméneutique que Ricoeur tire de l'ontologie heideggérienne du comprendre. Bref, l'être qui se comprend en s'appropriant ce qu'il a compris n'est plus le Cogito, mais "l'être-interprété". Après avoir parcouru la phénoménologie husserlienne et l'ontologie heideggérienne, Ricoeur procède à l'élaboration de sa propre théorie de la connaissance de soi médiate et médiatisée, selon laquelle se comprendre, c'est toujours se comprendre à travers des signes déposés dans toutes les oeuvres culturelles, en particulier, les textes littéraires. D'après l'auteur du Conflit des inteprétations, le sujet qui s'interprète en interprétant les signes n'est plus le Cogito, mais "un existant" qui découvre qu'il est posé dans l'être avant même qu'il se pose et se possède. La psychanlyse réclame d'ailleurs la priorité du je suis sur le je pense. puisque le sujet est déjà posé dans l'être au niveau pulsionnel avant qu'il se pose consciemment et volontairement. "Il en résulte, dit Ricoeur, une interprétation moins idéaliste, plus ontologique, du Cogito ; l'acte pur du Cogito, en tant qu'il se pose absolument, est seulement une vérité abstraite et vide, aussi vaine qu'elle est invincible. Il lui reste à être médiatisé à travers la totalité du monde des signes et à travers l'interprétation de ces signes. Le long détour est précisément celui de la suspicion." Le glas du Cogito cartésien est sonné, et un nouveau Cogito, ontologique et herméneutique, est né, car il s'agit d'un Cogito médiat et médiatisé, qui se comprend en comprenant l'autre. L'herméneutique découvre ainsi "une manière d'exister qui resterait de bout en bout ê̂tre-interprété." Avec cette découverte, Ricoeur construit sa théorie du texte, selon laquelle "se comprendre, c'est se comprendre devant le texte et recevoir de lui les conditions d'un soi autre que le moi qui vient à la lecture." Se comprendre devant le texte, cela veut dire "s'exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste". Mais pour cela, il faut que le moi égoïste s'efface pour que naisse le soi, disciple du texte. "Lecteur, je ne me trouve qu'en me perdant." Il serait à cet égard plus juste de dire que "le soi est constitué par la "chose" du texte" et qu'il est à la fois "l'oeuvre de la lecture et le don du texte", pour reprendre les belles expressions de Ricoeur. Ainsi le soi herméneutique, l'être-inteprété, ne revient chez lui qu'au terme d'un vaste périple, et c'est "comme un autre" qu'il revient. Voilà le terme auquel aboutit le Cogito herméneutique qui se comprend en comprenant l'autre et qui reconnaît une présence de l'autre à soi. Mais pour y arriver, "un long détour" était nécessaire et inévitable à l'herméneutique de Ricoeur. C'est pourquoi nous l'appelons ici "philosophie du détour". Pour terminer, comprendre est le mode d'être même de l'être humain, comme l'a dit Heidegger. Et se comprendre ne constitue-t-il pas un souci existential commun à tous les êtres humains? Heureusement, Ricoeur nous offre un phronésis et nous ouvre la voie vers le chemin qui nous mène à nous comprendre nous-mêmes. N'est-ce pas une grande grace pour tous ceux qui s'efforcent de se comprendre? Du moins, pour les disciples de Ricoeur.
참고문헌 (22)
- Alexandre Derczansky, "L'unité de l'oeuvre de Paul Ricoeur, in Ethique et responsabilité Paul Ricoeur, textes réunis par Jean-Christophe Aeschlimann, Boudry-Neuchâtel", Editions de la Baconnière, ~ (1994)
- François Ewald, "Paul Ricoeur, Magazine littéraire", numéro spécial consacré à Paul Ricoeur, ~ (2000)
- Hans-Georg Gadamer, "Vérité et méthode" (1976), Seuil
- Hans-Georg Gadamer, "Langage et vérité" (1995), Gallimard
- Jean Greisch, "Vers une herméneutique du soi, la voie courte et la voie longue, in Ethique et responsabilité Paul Ricoeur, textes réunis par Jean-Christophe Aeschlimann, Boudry-Neuchâtel", Editions de la Baconnière, ~ (1994)
- Jean Grondin, "L'Horizon herméneutique de la pensée contemporaine" (1993), Vrin
- Jean Grondin, "Le Tournant herméneutique de la phénoménologie" (2003), Puf
- Martin Heidegger, "Etre et temps, traduit par François Vezin" (1990), Gallimard
- Martin Heidegger, "Etre et temps, traduit par Emmanuel Martineau", Edition numérique hors-commerce, ~ (1985)
- Domenico Jervolino, "Paul Ricoeur -- Une herméneutique de la condition humaine" (2002), Ellipses
- Emmanuel Macron, "Autour de la phénoménologie, Magazine littéraire", numéro spécial consacré à Paul Ricoeur, ~ (2000)
- Essais d'herméneutique, "Le Conflit des interprétations", pp.1969, Paul Ricoeur
- Essais d'herméneutique II, "Du texte à l'action", pp.1986, Paul Ricoeur
- Paul Ricoeur, "Soi-même comme un autre" (1990), Seuil
- Paul Ricoeur, "Réflexion faite, autobiographie intellectuelle" (1995), Esprit
- "e la volonté à l'acte, Un entretien de Paul Ricoeur avec Carlos Oliveira, in Temps et récit de Paul Ricoeur en débat" (1990), Cerf
- "Paul Ricoeur : un parcours philosophique, propos recueillis par François Ewald, Magazine littéraire", numéro spécial consacré à Paul Ricoeur, ~ (2000)
- Charles Taylor, "Une philosophie sans frontières, Magazine littéraire", numéro spécial consacré à Paul Ricoeur, ~ (2000)
- Alain Thomasset, "Paul Ricoeur une poétique de la morale, Leuven", Presses universitaires de Louvain, ~ (1996)
- 폴 리쾨르, "해석의 갈등" (2001), 아카넷
- 윤성우, "폴 리쾨르의 철학" (2004), 철학과 현실사
- 이기언, "폴 리쾨르 : 해석학과 자기 이해", 불어불문학연구, (79), pp.401~439 (2009), 한국불어불문학회
