마리보의 『사랑과 우연의 장난』에서 사랑의 언어와 패러디
Le langage amoureux et sa parodie dans Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux
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Lorsque les salons parisiens deviennent des centres culturels vers 1720-1730, Marivaux fréquente le salon de Mme de Lambert et celui de Mme de Tencin où règnent les virtuoses de la conversation, de l’esprit, et du sens raffiné du langage. À cette époque, le marivaudage apparaît comme une des formes de l’esprit en vogue et on le nomme la nouvelle préciosité puisqu’il partage avec elle des traits communs. Dans les pièces de Marivaux où un personnage reprend sans cesse la forme ou le contenu du mot de l’autre, les paroles constituent la matière et la trame même de l’action. Dans la première moitié du XVIIIe siècle est très présente la galanterie qui marque les dialogues des personnages principaux du Jeu de l'amour et du hasard. L’esprit joue un rôle important dans l’expression galante de Dorante, ce qui éveille petit à petit Sylvia à l’amour. Quand Dorante se dévoile, Silvia continue à cacher son identité pour sa victoire parfaite: le vocabulaire militaire auquel elle a recours témoigne de son amour-propre. La galanterie s'affiche clairement lorsque Dorante demande à genoux à Sylvia de le sauver d’une passion dangereuse (II, 9) et qu’il rend les armes en demandant de l’épouser malgré les obstacles sociaux (III, 8). Les valets singent le langage amoureux des maîtres de sorte que cette imitation devient une parodie de la galanterie et de la préciosité. Surtout l’utilisation du langage précieux par un personnage de la Comédie-Italienne comme Arlequin renforce l’effet comique. Quand Arlequin fait sa cour à Lisette, sont mises en œuvre des métaphores filées, des expressions hyperboliques et les fantaisies de la personnification: l’amour enfant et des yeux filous sont des exemples représentatifs. En singeant le langage précieux, il le déforme par l’utilisation des métaphores alimentaires et des expressions familières et concrètes. Par ailleurs, la parodie des passages des tragédies de Racine stimule l’intelligence du spectateur cultivé. L’adoration qu’Arlequin témoigne envers Lisette est exagérée et caricaturale. Arlequin dit à Lisette: «Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne». Jugée très jolie par Le Mercure, cette réplique est une parodie de la préciosité. On peut prendre la mesure du désir charnel et du rêve des valets à travers cette reformulation. La parodie du langage amoureux des maîtres devient aussi un miroir critique: elle met en cause le caractère figé de la galanterie et des expressions précieuses.
Abstract
Lorsque les salons parisiens deviennent des centres culturels vers 1720-1730, Marivaux fréquente le salon de Mme de Lambert et celui de Mme de Tencin où règnent les virtuoses de la conversation, de l’esprit, et du sens raffiné du langage. À cette époque, le marivaudage apparaît comme une des formes de l’esprit en vogue et on le nomme la nouvelle préciosité puisqu’il partage avec elle des traits communs. Dans les pièces de Marivaux où un personnage reprend sans cesse la forme ou le contenu du mot de l’autre, les paroles constituent la matière et la trame même de l’action. Dans la première moitié du XVIIIe siècle est très présente la galanterie qui marque les dialogues des personnages principaux du Jeu de l'amour et du hasard. L’esprit joue un rôle important dans l’expression galante de Dorante, ce qui éveille petit à petit Sylvia à l’amour. Quand Dorante se dévoile, Silvia continue à cacher son identité pour sa victoire parfaite: le vocabulaire militaire auquel elle a recours témoigne de son amour-propre. La galanterie s'affiche clairement lorsque Dorante demande à genoux à Sylvia de le sauver d’une passion dangereuse (II, 9) et qu’il rend les armes en demandant de l’épouser malgré les obstacles sociaux (III, 8). Les valets singent le langage amoureux des maîtres de sorte que cette imitation devient une parodie de la galanterie et de la préciosité. Surtout l’utilisation du langage précieux par un personnage de la Comédie-Italienne comme Arlequin renforce l’effet comique. Quand Arlequin fait sa cour à Lisette, sont mises en œuvre des métaphores filées, des expressions hyperboliques et les fantaisies de la personnification: l’amour enfant et des yeux filous sont des exemples représentatifs. En singeant le langage précieux, il le déforme par l’utilisation des métaphores alimentaires et des expressions familières et concrètes. Par ailleurs, la parodie des passages des tragédies de Racine stimule l’intelligence du spectateur cultivé. L’adoration qu’Arlequin témoigne envers Lisette est exagérée et caricaturale. Arlequin dit à Lisette: «Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne». Jugée très jolie par Le Mercure, cette réplique est une parodie de la préciosité. On peut prendre la mesure du désir charnel et du rêve des valets à travers cette reformulation. La parodie du langage amoureux des maîtres devient aussi un miroir critique: elle met en cause le caractère figé de la galanterie et des expressions précieuses.
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