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Auteur, texte, lecteur Réflexions herméneutiques sur la littérature
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Toute approche de la problématique littéraire risque d’ê̂tre inutile, sinon stérile. Ainsi conclut Antoine Compagnon, auteur d’un imposant ouvrage Le Démon de la théorie, en le clô̂turant par cette phrase bien pesée mais un peu consternante tout de mê̂me : “La perplexité est la seule morale littéraire.” Cela n’empê̂̂che pourtant aucunement d’ouvrir un nouveau débat sur le sujet, à condition que l’on s’y engage avec une conception littéraire, précise et cohérente, et finalement bien définie, fondée sur l’épistémologie critique qui la couvre comme il faut. Pour notre instrument de travail, nous allons donc recourir à l’herméneutique phénoménologique et ontonlogique, professée par Hans-Georg Gadamer et Paul Ricoeur, deux éminents représentants de la discipline. Notre sujet est la relation triangulaire, constituée par les trois éléments essentiels de la littérature : auteur, texte et lecteur. On sait bien que le débat sur cette problématique a une vieille et longue histoire qui peut se traduire grosso modo en conflit incessant entre l’intentionnalisme et l’anti-intentionnalisme, depuis la théorie de Sainte-Beuve jusqu’à l’herméneutique moderne, en passant par le New Criticism américain des années trente et la nouvelle critique française des années soixante au siècle dernier. Mais nous n’allons pas entrer une fois de plus dans une querelle futile entre les deux conceptions critiques diamètralement opposées, mais bien au contraire, nous nous bornerons à définir notre position sur le statut de l’auteur, l’autonomie du texte et la subjectivité du lecteur, à l’aide des réflexions herméneutiques qui les éclairent sur le plan épistémologique. La conception herméneutique, d’obédience gadamérienne et ricoeurienne, nous amène à la conclusion suivante : 1) le sens du texte n’appartient pas à l’intention de l’auteur, mais bien à ce que dit le texte lui-mê̂me ; 2) grâ̂̂̂̂ce à l’écriture, le texte acquiert une triple autonomie sémantique : par rapport à l’intention de l’auteur, à la réception par l’auditoire primitif, aux circonstances sociales et culturelles de sa production ; 3) en s’appropriant “le monde du texte”, le lecteur parvient à se comprendre soi-mê̂me pour découvrir “un soi autre que le moi” ou “un soi plus vaste”, qui est constitué par “la chose du texte” et qui est donc “l’oeuvre de la lecture et le don du texte”. Il ne va pas sans dire que cette conclusion ne résout point toute la problèmatique littéraire qui reste et restera plus ou moins intacte pour toujours. Hans-Georg Gadamer a dit : “L’interprétation ne peut pas prendre la place de l’oeuvre interprétée”, avant d’y ajouter : “C’est lorsqu’une interprétation est prê̂te à disparaî̂tre de cette façon qu’elle est juste.” C’est exactement cela que nous éprouvons au terme de notre investigation sommaire. Ainsi dirons-nous plutô̂t : la littérature, c’est la littérature ; en d’autres termes, la pierre philosophale, au sens originel de l’expression, est la pierre philosophale au sens figuratif ; et donc, la littérature est “le désir” dans le sens que René Char lui a donné, c’est-à-dire “l’infini”. Et tout simplement, nous dirons aussi avec Hegel : “l’oeuvre est.” Tant que l’oeuvre “est”, la littérature survit. Heureusement, pour nous. Justement, nous nous rappelons ici cet adage formidable de Paul Valéry : “Le meilleur ouvrage est celui qui garde son secret le plus longtemps. Pendant longtemps on ne se doute même pas qu’il a son secret.” Absolument. Pour terminer, nous citons un mot de Camus, qu’il a tracé sur un manuscrit inédit, en rédigeant une préface à l’édition américaine de L’Etranger, plus de dix ans après sa parution : “Une oeuvre littéraire est toujours à la recherche de son sens.”
Abstract
Toute approche de la problématique littéraire risque d’ê̂tre inutile, sinon stérile. Ainsi conclut Antoine Compagnon, auteur d’un imposant ouvrage Le Démon de la théorie, en le clô̂turant par cette phrase bien pesée mais un peu consternante tout de mê̂me : “La perplexité est la seule morale littéraire.” Cela n’empê̂̂che pourtant aucunement d’ouvrir un nouveau débat sur le sujet, à condition que l’on s’y engage avec une conception littéraire, précise et cohérente, et finalement bien définie, fondée sur l’épistémologie critique qui la couvre comme il faut. Pour notre instrument de travail, nous allons donc recourir à l’herméneutique phénoménologique et ontonlogique, professée par Hans-Georg Gadamer et Paul Ricoeur, deux éminents représentants de la discipline. Notre sujet est la relation triangulaire, constituée par les trois éléments essentiels de la littérature : auteur, texte et lecteur. On sait bien que le débat sur cette problématique a une vieille et longue histoire qui peut se traduire grosso modo en conflit incessant entre l’intentionnalisme et l’anti-intentionnalisme, depuis la théorie de Sainte-Beuve jusqu’à l’herméneutique moderne, en passant par le New Criticism américain des années trente et la nouvelle critique française des années soixante au siècle dernier. Mais nous n’allons pas entrer une fois de plus dans une querelle futile entre les deux conceptions critiques diamètralement opposées, mais bien au contraire, nous nous bornerons à définir notre position sur le statut de l’auteur, l’autonomie du texte et la subjectivité du lecteur, à l’aide des réflexions herméneutiques qui les éclairent sur le plan épistémologique. La conception herméneutique, d’obédience gadamérienne et ricoeurienne, nous amène à la conclusion suivante : 1) le sens du texte n’appartient pas à l’intention de l’auteur, mais bien à ce que dit le texte lui-mê̂me ; 2) grâ̂̂̂̂ce à l’écriture, le texte acquiert une triple autonomie sémantique : par rapport à l’intention de l’auteur, à la réception par l’auditoire primitif, aux circonstances sociales et culturelles de sa production ; 3) en s’appropriant “le monde du texte”, le lecteur parvient à se comprendre soi-mê̂me pour découvrir “un soi autre que le moi” ou “un soi plus vaste”, qui est constitué par “la chose du texte” et qui est donc “l’oeuvre de la lecture et le don du texte”. Il ne va pas sans dire que cette conclusion ne résout point toute la problèmatique littéraire qui reste et restera plus ou moins intacte pour toujours. Hans-Georg Gadamer a dit : “L’interprétation ne peut pas prendre la place de l’oeuvre interprétée”, avant d’y ajouter : “C’est lorsqu’une interprétation est prê̂te à disparaî̂tre de cette façon qu’elle est juste.” C’est exactement cela que nous éprouvons au terme de notre investigation sommaire. Ainsi dirons-nous plutô̂t : la littérature, c’est la littérature ; en d’autres termes, la pierre philosophale, au sens originel de l’expression, est la pierre philosophale au sens figuratif ; et donc, la littérature est “le désir” dans le sens que René Char lui a donné, c’est-à-dire “l’infini”. Et tout simplement, nous dirons aussi avec Hegel : “l’oeuvre est.” Tant que l’oeuvre “est”, la littérature survit. Heureusement, pour nous. Justement, nous nous rappelons ici cet adage formidable de Paul Valéry : “Le meilleur ouvrage est celui qui garde son secret le plus longtemps. Pendant longtemps on ne se doute même pas qu’il a son secret.” Absolument. Pour terminer, nous citons un mot de Camus, qu’il a tracé sur un manuscrit inédit, en rédigeant une préface à l’édition américaine de L’Etranger, plus de dix ans après sa parution : “Une oeuvre littéraire est toujours à la recherche de son sens.”
참고문헌 (51)
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- Paul Ricoeur, "Réflexion faite, Autobiographie intellectuelle" (1995), Seuil
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- Roland Barthes, "Roland Barthes, Le Bruissement de la langue" (1984), Seuil
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- Maurice Blanchot, "La Part du feu" (1987), Gallimard
- Maurice Blanchot, "Albert Camus", La Nouvelle Revue Française (1960)
- Claude Bonnefoy, "Panorama critique de la littérature moderne" (1980), Belfond
- Axel Bühler, "Herméneutique contemporaine : comprendre, interpréter, connaître" (2011), Vrin
- Albert Camus, "Le Mythe de Sisyphe, Idées" (1982), Gallimard
- Albert Camus, "La Chute, Paris, “Folio"" (1983), Gallimard
- Albert Camus, "Essais, Bibliothèque de la Pléiade" (1984), Gallimard
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- Antoine Compagnon, "Le Démon de la théorie. Littérature et sens commun" (1998), Seuil
- Jacques Derrida, "De la grammatologie" (2011), Minuit
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- Paul Valéry, "Oeuvres, Bibliothèque de la Pléiade, t. II" (1971), Gallimard
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- 호르헤 루이스 보르헤스, "픽션들" (2012), 민음사
- 장경렬, "매혹과 저항" (2007), 서울대학교출판부
