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사르트르와 죽음

J.-P. Sartre et la mort

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L'auteur des Mots s'inquiétait, comme tous les auteurs, de ce qu'on jugerait de lui après sa mort. Mais lui pour qui la mort était, depuis l'adolescence, en deça de la vie et le synonyme de la survie, ne la regardait pas comme une chose inquiétante. Il arrive cependant que, délaissé par Olga en 1936, il s'adonnait une nuit entière de Venise à la pensée de suicide. Et à peine parti pour la drôle de guerre, il a eu une intuition éclair de la mort mais n'a pas réussi à la saisir. C'est à partir de 1970 qu'il souffre du rétrécissement des vaisseaux sanguins, lequel, en passant par le prédiabète, la bouche tordue(1971), l'incontenance urinaire(1972), le glaucome, l'hémorragie de la rétine(1973), l'artérite(1975), la sciatique(1977), aboutit à l'aérophagie, à l'oedème de poumon et à l'urémie en 1980. Pendant toutes ces années de lutte contre la glycémie et l'artérite, il ne cesse pas de fumer et de boire. Et il réplique dans l'Autoportrait à soixante dix ans(1976) : Pour quoi c'est fait la santé? Selon lui, elle tient ou ne tient pas. Elle ne lui est pas une chose grâce à laquelle il pourrait combattre contre la maladie. Ce qui est plus important, c'est écrire une chose "longue, serrée, importante." C'est encore son Roquentin, passé 40 ans, qui lui souffle le même éloge de l'aventure d'antan. Alors qu'il conclut qu'il n'y a pas d'aventure dans La Nausée (1938)et qu'il corrige, plus tard, dans Carnets de la drôle de guerre, qu'il y a bien aventure mais elle est irréalisable, l'auteur a ainsi recours à une autre forme de l'aventure, ce que nous sommes, cette fois-ci, tenté de comprendre avec le schème de vrai et vraisemblable. Existence, vécu, mort se situent, selon nous, au monde du vrai, tandis que récit, aventure, idée, livres, par exemple, à celui du vraisemblable. Roquentin, en voyant un jour le brouillard qui envahit la salle de la Bibliothèque, remarque que, ce jour-là, les objets “qui, d'ordinaire, servaient à fixer les limites du vraisemblable”, ne fixent plus rien du tout, et il pense que rien n'a l'air vrai et par la suite le monde semble “attendre sa Nausée." Ainsi La Nausée distingue-t-elle tout au long du roman le vraisemblable du vrai, mais pour aboutir à une conclusion qui brouille d'un coup la distinction faite; Roquentin, qui part pour Paris, écrira de nouveau un livre, lequel, selon nous, représente à merveille le monde du vraisemblable; un livre sous le prétexte de créer son Fabrice del Dongo et avec un maigre espoir que celui-ci aille alors le sauver de son existence. Il en est de même pour la vie de Sartre: il voulait en faire, depuis l'enfance, celle d'un homme illustre et une oeuvre, tout court. En même temps, malgré tout(et contre lui) il avait toujours voulu combattre l'idée de vocation, de destin et le risque de mauvaise foi qui l'accompagne. Cependant, avec la conclusion de Roquentin et avec son propre rêve de reprendre, à l'âge mûr, la ‘littérature dégagée’ pendant les voyages de Venise, Sartre ne peut ne pas faire appel, comme toujours, au récit. Plutôt que du vrai, l'homme se nourrit du récit, à savoir du vraisemblable et veut transformer le vrai, dans la mesure du possible, en vraisemblable. Mais Sartre n'aurait-il pas pu, bien avant, reconnaître le risque de sa mauvaise foi, et s'amuser béatement à ses irréalisables et se familiariser avec ses vraisemblables?

Abstract

L'auteur des Mots s'inquiétait, comme tous les auteurs, de ce qu'on jugerait de lui après sa mort. Mais lui pour qui la mort était, depuis l'adolescence, en deça de la vie et le synonyme de la survie, ne la regardait pas comme une chose inquiétante. Il arrive cependant que, délaissé par Olga en 1936, il s'adonnait une nuit entière de Venise à la pensée de suicide. Et à peine parti pour la drôle de guerre, il a eu une intuition éclair de la mort mais n'a pas réussi à la saisir. C'est à partir de 1970 qu'il souffre du rétrécissement des vaisseaux sanguins, lequel, en passant par le prédiabète, la bouche tordue(1971), l'incontenance urinaire(1972), le glaucome, l'hémorragie de la rétine(1973), l'artérite(1975), la sciatique(1977), aboutit à l'aérophagie, à l'oedème de poumon et à l'urémie en 1980. Pendant toutes ces années de lutte contre la glycémie et l'artérite, il ne cesse pas de fumer et de boire. Et il réplique dans l'Autoportrait à soixante dix ans(1976) : Pour quoi c'est fait la santé? Selon lui, elle tient ou ne tient pas. Elle ne lui est pas une chose grâce à laquelle il pourrait combattre contre la maladie. Ce qui est plus important, c'est écrire une chose "longue, serrée, importante." C'est encore son Roquentin, passé 40 ans, qui lui souffle le même éloge de l'aventure d'antan. Alors qu'il conclut qu'il n'y a pas d'aventure dans La Nausée (1938)et qu'il corrige, plus tard, dans Carnets de la drôle de guerre, qu'il y a bien aventure mais elle est irréalisable, l'auteur a ainsi recours à une autre forme de l'aventure, ce que nous sommes, cette fois-ci, tenté de comprendre avec le schème de vrai et vraisemblable. Existence, vécu, mort se situent, selon nous, au monde du vrai, tandis que récit, aventure, idée, livres, par exemple, à celui du vraisemblable. Roquentin, en voyant un jour le brouillard qui envahit la salle de la Bibliothèque, remarque que, ce jour-là, les objets “qui, d'ordinaire, servaient à fixer les limites du vraisemblable”, ne fixent plus rien du tout, et il pense que rien n'a l'air vrai et par la suite le monde semble “attendre sa Nausée." Ainsi La Nausée distingue-t-elle tout au long du roman le vraisemblable du vrai, mais pour aboutir à une conclusion qui brouille d'un coup la distinction faite; Roquentin, qui part pour Paris, écrira de nouveau un livre, lequel, selon nous, représente à merveille le monde du vraisemblable; un livre sous le prétexte de créer son Fabrice del Dongo et avec un maigre espoir que celui-ci aille alors le sauver de son existence. Il en est de même pour la vie de Sartre: il voulait en faire, depuis l'enfance, celle d'un homme illustre et une oeuvre, tout court. En même temps, malgré tout(et contre lui) il avait toujours voulu combattre l'idée de vocation, de destin et le risque de mauvaise foi qui l'accompagne. Cependant, avec la conclusion de Roquentin et avec son propre rêve de reprendre, à l'âge mûr, la ‘littérature dégagée’ pendant les voyages de Venise, Sartre ne peut ne pas faire appel, comme toujours, au récit. Plutôt que du vrai, l'homme se nourrit du récit, à savoir du vraisemblable et veut transformer le vrai, dans la mesure du possible, en vraisemblable. Mais Sartre n'aurait-il pas pu, bien avant, reconnaître le risque de sa mauvaise foi, et s'amuser béatement à ses irréalisables et se familiariser avec ses vraisemblables?

참고문헌 (19)

  1. Beauvoir, "La cérémonie des Adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre" (1974), Gallimard
  2. "Dictionnaire Sartre" (2004), Champion
  3. "「Entretien avec Denis Hollier」, In : Sartre contre Sartre", Rue Descartes, (47) (2005)
  4. Harvey, "Panbiographisme chez Sartre", Revue philosophique, (3) (1996), puf
  5. Idt, "L'engagement dans « Journal de guerre I » de J.-P. Sartre", Revue philosophique, (3) (1996), puf
  6. Sartre, "La Nausée, In: Oeuvres romanesques" (1981), Gallimard
  7. Sartre, "Carnets de la drôle de guerre" (1995), Gallimard
  8. Sartre, "L'Etre et le Néant" (1943), Gallimard
  9. Sartre, (1983), Gallimard
  10. Sartre, "Le Diable et le bon Dieu, In: Théâtre complet" (2005), Pléiade
  11. Sartre, "Les Mots in: 말" (1964), Gallimard
  12. Sartre, "Autoportrait à soixante dix ans, In: Situation X" (1976), Gallimard
  13. Sartre, "La reine Albemarle ou le dernier touriste" (1991), Gallimard
  14. 가다머, "건강의 은폐성에 관하여 in : Über die Verborgenheit der Gesundheit" (2002), 몸과 마음
  15. 가다머, "고통 in : Schmerz" (2005), 철학과 현실사
  16. 로버트 베르나스코니, "How to read 사르트르" (2008), 웅진지식하우스
  17. 수전 손택, "은유로서의 질병 in : Illness asmetaphor" (1977), 이후
  18. 자크 르고프, "고통 받는 몸의 역사" (2000), 지호
  19. 한국 철학사상 연구회, "철학대사전" (1989), 동녘

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