Vers une obsolescence de l’enseignant humain à l’ère de l’intelligence artificielle? Perspectives rousseauistes sur l’éducation
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초록
Cet article interroge l’hypothèse d’une intelligence artificielle qui remplacerait le professeur. Pour y répondre, il s’appuie sur le traité de philosophie de l’éducation Emile, ou De l’éducation (1762) de Jean-Jacques Rousseau. La première partie présente brièvement le déploiement de l’intelligence artificielle aux différents échelons scolaires puis énumère plusieurs aspects positifs de son usage pour les étudiants, notamment le renouvellement de la relation entre l’étudiant et l’objet de son étude, en particulier la personnalisation qu’elle permet. Néanmoins, il importe de ne pas négliger les aspects négatifs de l’intelligence artificielle : au-delà de ses limites propres (risques d’hallucinations, erreurs), l’IA peut conduire l’étudiant vers une forme de dépendance, fragiliser la relation de confiance avec le professeur, accroître sa démotivation, appauvrir son lien à la matière enseignée, démontrer des limites éthiques (par exemple, gestion des données personnelles) et contribuer à une dévalorisation implicite du métier de professeur. Dans une deuxième partie, la réflexion rousseauiste concernant la bonne éducation est analysée à travers plusieurs axes : la finalité morale et politique de l’enseignement, la question de l’efficacité de l’enseignement (ancrage dans la pratique), l’étayage social (social scaffolding), la volonté de développer chez l’élève son identité propre. Or, des limites notables apparaissent lorsque ces éléments sont confrontés à un enseignement assuré exclusivement par une intelligence artificielle. La troisième partie montre, toujours à partie de Rousseau, d’autres insuffisances majeures de l’hypothèse d’une intelligence artificielle remplaçant le professeur : il est rappelé que l’enseignement n’est pas une simple transaction utilitariste de connaissances mais qu’il repose aussi sur une relation humaine, qui accorde une place centrale aux émotions, prend en compte la singularité d’autrui et mobilise des dimensions relevant de la psychologie profonde. Au-delà de ces éléments, il apparaît également que le mimétisme humain joue un rôle important dans tout échange et que l’intelligence artificielle, en dépit de toutes ses qualités et de ses efforts à simuler un échange humain, ne satisfait à cette exigence que partiellement : elle ne peut offrir qu’un simulacre de relation. En définitive, l’analyse conduit à considérer l’intelligence artificielle comme un complément pertinent au rôle de professeur, et non comme un substitut.
Abstract
Cet article interroge l’hypothèse d’une intelligence artificielle qui remplacerait le professeur. Pour y répondre, il s’appuie sur le traité de philosophie de l’éducation Emile, ou De l’éducation (1762) de Jean-Jacques Rousseau. La première partie présente brièvement le déploiement de l’intelligence artificielle aux différents échelons scolaires puis énumère plusieurs aspects positifs de son usage pour les étudiants, notamment le renouvellement de la relation entre l’étudiant et l’objet de son étude, en particulier la personnalisation qu’elle permet. Néanmoins, il importe de ne pas négliger les aspects négatifs de l’intelligence artificielle : au-delà de ses limites propres (risques d’hallucinations, erreurs), l’IA peut conduire l’étudiant vers une forme de dépendance, fragiliser la relation de confiance avec le professeur, accroître sa démotivation, appauvrir son lien à la matière enseignée, démontrer des limites éthiques (par exemple, gestion des données personnelles) et contribuer à une dévalorisation implicite du métier de professeur. Dans une deuxième partie, la réflexion rousseauiste concernant la bonne éducation est analysée à travers plusieurs axes : la finalité morale et politique de l’enseignement, la question de l’efficacité de l’enseignement (ancrage dans la pratique), l’étayage social (social scaffolding), la volonté de développer chez l’élève son identité propre. Or, des limites notables apparaissent lorsque ces éléments sont confrontés à un enseignement assuré exclusivement par une intelligence artificielle. La troisième partie montre, toujours à partie de Rousseau, d’autres insuffisances majeures de l’hypothèse d’une intelligence artificielle remplaçant le professeur : il est rappelé que l’enseignement n’est pas une simple transaction utilitariste de connaissances mais qu’il repose aussi sur une relation humaine, qui accorde une place centrale aux émotions, prend en compte la singularité d’autrui et mobilise des dimensions relevant de la psychologie profonde. Au-delà de ces éléments, il apparaît également que le mimétisme humain joue un rôle important dans tout échange et que l’intelligence artificielle, en dépit de toutes ses qualités et de ses efforts à simuler un échange humain, ne satisfait à cette exigence que partiellement : elle ne peut offrir qu’un simulacre de relation. En définitive, l’analyse conduit à considérer l’intelligence artificielle comme un complément pertinent au rôle de professeur, et non comme un substitut.
