발자크와 시간 - 『외제니 그랑데』와 『베아트리체』의 경우
Le temps balzacien dans Eugénie Grandet et Béatrix
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초록
Balzac se flatte d’être plus historien que romancier. En faisant concurrence à l’Etat-civil, cet historien des mœurs choisit pour sujet de son œuvre la société française du XIXe siècle. Cependant, il ne faut pas regarder la Comédie humaine comme une chronique. Balzac remarque que l’on ne peut raconter chronologiquement que l’histoire du temps passé, c’est-à-dire que la chronique est un système inapplicable à un présent qui marche. C’est pourquoi il insiste sur la nécessité particulière de fabriquer le temps en littérature. On peut dire que Balzac, à travers cette fabriquation du temps, fait avant la lettre une réflexion de Ricœur, selon laquelle le temps devient temps humain dans la mesure où il est articulé de manière narrative. Notre étude a pour but d’examiner quelques aspects de la fabrication du temps dans Eugénie Grandet et Béatrix. Eugénie Grandet est le roman du temps arrêté. On pourrait developper à l’infini le paradigme du dessèchement et de la minéralisation qui constitue la trame narrative du roman. Le temps ne passe pas chez les Grandet, tous occupés qu’ils sont à conserver l’éphémère dans l’éternel. Le mouvement en est aussi presque totalement exclu. Le temps figé de ce roman aboutit à la stérilité qui n’est rien moins que le déni de l’Histoire et la pulsion de mort. Dans cette perspective, on pourrait aussi attribuer une autre interprétation à l’image plus ou moins sublimée que l’on se fait du personnage d’Eugénie. En revanche, Béatrix est le roman du temps qui coule d’une manière impitoyable, même si l’on voit y fourmiller les éléments négateurs du temps évolutif, surtout dans la première partie de ce roman. Les protagonistes de Béatrix, qui sont tous scultés par le travail du temps collectif, s’efforcent de modeler leur propre temps individuel et s’acharnent à lutter contre l’empire du temps. A eux tous, pourtant, le temps ne laisse pas d’autre issue que d’accepter sa domination. Il n’exempte pas même Camille qui paraisse se libérer de l’ordre du temps matériel et du conflit insoluble entre passion et intellect. Surtout la finale de Béatrix se résume à un voyage au bout de l’enfer parisien. Le temps y finit par éteindre la passion des hommes et flétrit leur incarnation terrestre. Dans Béatrix, le temps qui avance s’écoule singulièrement dans le déclin. Il nous semble que ce phénomène n’est pas sans rapport à la fois avec la vision balzacienne de la condition humaine et avec la lassitude qu’en éprouve le dernier Balzac. Pour se dégager du dilemme du temps, Balzac s’engage à inventer le récit au lieu de rester, par exemple, Louis Lambert, son personnage génial qui finit par s’enfermer dans le néant malgré la volonté de conquérir le temps. Peut-être, serait-il pour Balzac le seul et vrai moyen de lutter contre l’empire du temps.
Abstract
Balzac se flatte d’être plus historien que romancier. En faisant concurrence à l’Etat-civil, cet historien des mœurs choisit pour sujet de son œuvre la société française du XIXe siècle. Cependant, il ne faut pas regarder la Comédie humaine comme une chronique. Balzac remarque que l’on ne peut raconter chronologiquement que l’histoire du temps passé, c’est-à-dire que la chronique est un système inapplicable à un présent qui marche. C’est pourquoi il insiste sur la nécessité particulière de fabriquer le temps en littérature. On peut dire que Balzac, à travers cette fabriquation du temps, fait avant la lettre une réflexion de Ricœur, selon laquelle le temps devient temps humain dans la mesure où il est articulé de manière narrative. Notre étude a pour but d’examiner quelques aspects de la fabrication du temps dans Eugénie Grandet et Béatrix. Eugénie Grandet est le roman du temps arrêté. On pourrait developper à l’infini le paradigme du dessèchement et de la minéralisation qui constitue la trame narrative du roman. Le temps ne passe pas chez les Grandet, tous occupés qu’ils sont à conserver l’éphémère dans l’éternel. Le mouvement en est aussi presque totalement exclu. Le temps figé de ce roman aboutit à la stérilité qui n’est rien moins que le déni de l’Histoire et la pulsion de mort. Dans cette perspective, on pourrait aussi attribuer une autre interprétation à l’image plus ou moins sublimée que l’on se fait du personnage d’Eugénie. En revanche, Béatrix est le roman du temps qui coule d’une manière impitoyable, même si l’on voit y fourmiller les éléments négateurs du temps évolutif, surtout dans la première partie de ce roman. Les protagonistes de Béatrix, qui sont tous scultés par le travail du temps collectif, s’efforcent de modeler leur propre temps individuel et s’acharnent à lutter contre l’empire du temps. A eux tous, pourtant, le temps ne laisse pas d’autre issue que d’accepter sa domination. Il n’exempte pas même Camille qui paraisse se libérer de l’ordre du temps matériel et du conflit insoluble entre passion et intellect. Surtout la finale de Béatrix se résume à un voyage au bout de l’enfer parisien. Le temps y finit par éteindre la passion des hommes et flétrit leur incarnation terrestre. Dans Béatrix, le temps qui avance s’écoule singulièrement dans le déclin. Il nous semble que ce phénomène n’est pas sans rapport à la fois avec la vision balzacienne de la condition humaine et avec la lassitude qu’en éprouve le dernier Balzac. Pour se dégager du dilemme du temps, Balzac s’engage à inventer le récit au lieu de rester, par exemple, Louis Lambert, son personnage génial qui finit par s’enfermer dans le néant malgré la volonté de conquérir le temps. Peut-être, serait-il pour Balzac le seul et vrai moyen de lutter contre l’empire du temps.
참고문헌 (17)
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