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Comédie-Française : Pourquoi la Maison de Molière ?

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Depuis sa fondation en 1680, la Comédie-Française est communément appelée comme la Maison de Molière. Là-dessus, nous nous posons la question peut-être banale : “mais pourquoi ?” Pierre Corneille n’est-il pas l’auteur le plus fécond et respecté de l’époque qui a écrit des meilleures tragédies avant d’aborder brillamment la comédie ? Jean Racine n’a-t-il pas dépassé Corneille surtout dans le genre tragique ? La comédie n’était-elle pas considérée comme un genre inférieur à la tragédie depuis la fameuse Poétique d’Aristote ? Malgré toutes ces interrogations bien fondées, la Comédie-Française se nomme toujours la Maison de Molière. Notre présente étude envisage donc de donner des réponses à cette question qui n’a jamais été abordée par les chercheurs coréens. Au XVIIe siècle à Paris, il existait 3 salles permanentes de représentaton théâtrale. La plus ancienne est l’Hôtel de Bourgogne, construite sur une partie du terrain qu’occupait la résidence privée des ducs de Bourgogne, hostiles au royaume de France durant les guerres de Cent Ans. C’est la Confrérie de la Passion qui y a joué des pièces religieuses jusqu’à l’interdiction promulguée par le Parlement de Paris en 1548. Depuis lors, ce sont des troupes ambulantes qui occupent la scène de l’Hôtel de Bourgogne. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que ce lieu obtienne le digne statut de troupe royal. Son directeur Bellerose supprime de sa maison l’image grossière des farces pourtant populaires grâce au trio Gros-Guillaume, Turlupin et Gaultier-Garguille. La fondation d’un deuxième théâtre à Paris entraîne une concurrence quasi déloyale de la part de l’Hôtel de Bourgogne dirigée toujours par Bellerose. Celui-ci n’hésite même pas à emmener le tout nouveau directeur du Théâtre du Marais, Floridor, avec son fidèle fournisseur de pièces, Pierre Corneille. La deuxième partie de la concurrence des troupes parisiennes verra le jour avec l’installation de la troupe de Molière au Petit-Boubon, puis au Palais-Royal, salle qui sera partagée avec les Comédiens italiens. La mort de Molière en 1673 provoque un éclatement au paysage triangulaire des troupes de la capitale. En effet, la préstigieuse salle du Palais-Royal passe aux mains de Lully qui bénéficiant la faveur royale pousse l’avènement de l’Opéra. Face à de tels bouleversements, Armande Béjart et La Grange décident d’emmener des comédiens désespérés et orphelins du maître au Jeu de paume de la Bouteille, qui deviendra le Théâtre de Guénégaud. Les comédiens du Théâtre du Marais ne tardent pas à les rejoindre. Comme la politique culturelle de Louis XIV n’envisage qu’un seul théâtre à Paris, le nouveau Théâre de Guénégaud fusionne avec le plus ancien théâtre parisien. Mais c’est la troupe de Molière, qui constituait déja la majorité du Théâtre de Guénégaud, accueille les Grands comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et non l’inverse ! Les héritiers de Molière restent ainsi majoritaires parmi les 27 comédiens choisis par le monarque. En outre, La Grange, historiographe et fidèle successeur de Molière, prend la tête du nouveau théâtre. Il est donc naturel et même logique que ce directeur et ses comédiens jouent des pièces qu’ils ont jouées depuis toujours. Cette coutume des comédiens du début de la Comédie-Française est devenue une tradition à respecter même jusqu’à aujourd’hui. Quant qux chiffres statistiques des pièces jouées pendant la première année de la Comédie-Française, le dictionnaire général des pièces et des auteurs d’Alexandre Joannidès nous apporte la preuve de l’importance du répertoire de Molière. Parmi les 188 représentations données, ses pièces ont été jouées 55 fois, soit 30% du total. Jean Racine occupe la deuxième place avec 23 représentations tandis que Pierre Corneille se trouve en troisième position avec 13 représentations seulement. La prédominance du répertoire moliéresque se confirme ainsi dès 1680. La statistique récente ne modifie jamais la prédilection de la Comédie-Française au maître de la maison. De 1680 à 2008, les comédiens du Théâtre-Français ont joué 33,400 fois les pièces de leur éternel chef. Molière est loin devant Jean Racine et Pierre Corneille dont les pièces sont jouées moins de 10,000 fois. L’ultime surprise est de constater que parmi les 10 pièces les plus jouées à la Comédie-Française, 9 en sont de Molière. Cette préférence excessive pour le répertoire de Molière s’expliquerait selon Ferdinand Brunetère par le tempérament des Français armés de l’esprit gaulois. Toujours selon le savant du XIXe siècle, les Français seraient plus proches des auteurs comiques que des dramaturges tragiques. Après Brunetière, c’est au tour de Gabriel Conesa de répondre à la question de l’engouement des Français pour Molière. D’après lui, le théâtre de Molière est le plus fréquemment joué non seulement par les grandes troupes renommées mais aussi par de petites troupes amateures. Molière reste donc le favori des favoris aux metteurs en scène ainsi qu’aux comédiens français. Voilà donc pourquoi la Comédie-Française se dit également la Maison de Molière. Pourquoi s’en plaindre ? Il est chez lui !

Abstract

Depuis sa fondation en 1680, la Comédie-Française est communément appelée comme la Maison de Molière. Là-dessus, nous nous posons la question peut-être banale : “mais pourquoi ?” Pierre Corneille n’est-il pas l’auteur le plus fécond et respecté de l’époque qui a écrit des meilleures tragédies avant d’aborder brillamment la comédie ? Jean Racine n’a-t-il pas dépassé Corneille surtout dans le genre tragique ? La comédie n’était-elle pas considérée comme un genre inférieur à la tragédie depuis la fameuse Poétique d’Aristote ? Malgré toutes ces interrogations bien fondées, la Comédie-Française se nomme toujours la Maison de Molière. Notre présente étude envisage donc de donner des réponses à cette question qui n’a jamais été abordée par les chercheurs coréens. Au XVIIe siècle à Paris, il existait 3 salles permanentes de représentaton théâtrale. La plus ancienne est l’Hôtel de Bourgogne, construite sur une partie du terrain qu’occupait la résidence privée des ducs de Bourgogne, hostiles au royaume de France durant les guerres de Cent Ans. C’est la Confrérie de la Passion qui y a joué des pièces religieuses jusqu’à l’interdiction promulguée par le Parlement de Paris en 1548. Depuis lors, ce sont des troupes ambulantes qui occupent la scène de l’Hôtel de Bourgogne. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que ce lieu obtienne le digne statut de troupe royal. Son directeur Bellerose supprime de sa maison l’image grossière des farces pourtant populaires grâce au trio Gros-Guillaume, Turlupin et Gaultier-Garguille. La fondation d’un deuxième théâtre à Paris entraîne une concurrence quasi déloyale de la part de l’Hôtel de Bourgogne dirigée toujours par Bellerose. Celui-ci n’hésite même pas à emmener le tout nouveau directeur du Théâtre du Marais, Floridor, avec son fidèle fournisseur de pièces, Pierre Corneille. La deuxième partie de la concurrence des troupes parisiennes verra le jour avec l’installation de la troupe de Molière au Petit-Boubon, puis au Palais-Royal, salle qui sera partagée avec les Comédiens italiens. La mort de Molière en 1673 provoque un éclatement au paysage triangulaire des troupes de la capitale. En effet, la préstigieuse salle du Palais-Royal passe aux mains de Lully qui bénéficiant la faveur royale pousse l’avènement de l’Opéra. Face à de tels bouleversements, Armande Béjart et La Grange décident d’emmener des comédiens désespérés et orphelins du maître au Jeu de paume de la Bouteille, qui deviendra le Théâtre de Guénégaud. Les comédiens du Théâtre du Marais ne tardent pas à les rejoindre. Comme la politique culturelle de Louis XIV n’envisage qu’un seul théâtre à Paris, le nouveau Théâre de Guénégaud fusionne avec le plus ancien théâtre parisien. Mais c’est la troupe de Molière, qui constituait déja la majorité du Théâtre de Guénégaud, accueille les Grands comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et non l’inverse ! Les héritiers de Molière restent ainsi majoritaires parmi les 27 comédiens choisis par le monarque. En outre, La Grange, historiographe et fidèle successeur de Molière, prend la tête du nouveau théâtre. Il est donc naturel et même logique que ce directeur et ses comédiens jouent des pièces qu’ils ont jouées depuis toujours. Cette coutume des comédiens du début de la Comédie-Française est devenue une tradition à respecter même jusqu’à aujourd’hui. Quant qux chiffres statistiques des pièces jouées pendant la première année de la Comédie-Française, le dictionnaire général des pièces et des auteurs d’Alexandre Joannidès nous apporte la preuve de l’importance du répertoire de Molière. Parmi les 188 représentations données, ses pièces ont été jouées 55 fois, soit 30% du total. Jean Racine occupe la deuxième place avec 23 représentations tandis que Pierre Corneille se trouve en troisième position avec 13 représentations seulement. La prédominance du répertoire moliéresque se confirme ainsi dès 1680. La statistique récente ne modifie jamais la prédilection de la Comédie-Française au maître de la maison. De 1680 à 2008, les comédiens du Théâtre-Français ont joué 33,400 fois les pièces de leur éternel chef. Molière est loin devant Jean Racine et Pierre Corneille dont les pièces sont jouées moins de 10,000 fois. L’ultime surprise est de constater que parmi les 10 pièces les plus jouées à la Comédie-Française, 9 en sont de Molière. Cette préférence excessive pour le répertoire de Molière s’expliquerait selon Ferdinand Brunetère par le tempérament des Français armés de l’esprit gaulois. Toujours selon le savant du XIXe siècle, les Français seraient plus proches des auteurs comiques que des dramaturges tragiques. Après Brunetière, c’est au tour de Gabriel Conesa de répondre à la question de l’engouement des Français pour Molière. D’après lui, le théâtre de Molière est le plus fréquemment joué non seulement par les grandes troupes renommées mais aussi par de petites troupes amateures. Molière reste donc le favori des favoris aux metteurs en scène ainsi qu’aux comédiens français. Voilà donc pourquoi la Comédie-Française se dit également la Maison de Molière. Pourquoi s’en plaindre ? Il est chez lui !

참고문헌 (15)

  1. André BLANC, "Histoire de la Comédie-Française de Molière à Talma" (2007), Perrin
  2. Salomé BROUSSKY, "La Comédie Française" (2001), Le Chevalier Bleu
  3. Ferdinand BRUNETIERE, "Revue des Deux Mondes, 5e période, tome 4", pp.954~958 (1901)
  4. André DEGAINE, "Histoire du théâtre dessiné" (1993), Nizet
  5. André DEGAINE, "Promenades théâtrales à Paris" (2010), Nizet
  6. Alexandre JOANNIDES, "La Comédie-Française de 1680 à 1900" (1901), Plon-Nourrit
  7. Jacqueline, "Le Théâtre en France 1. du Moyen Age à 1789" (1992), Armand Colin
  8. Muriel MAYETTE, "Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française", pp.2009, La Comédie-Française
  9. Georges MONGREDIEN, "La Vie quotidienne des comédiens au temps de Molière" (1966), Hachette
  10. Le théâtre de la rue de Richelieu de 1799 à nos jours, "La Comédie-Française", pp.2013, Jacqueline RAZGONNIKOFF
  11. Jacques SEREYS, "La Comédie-Française" (1981), Ouest France
  12. Gabriel Conesa, "Les Mises en scène de Molière du XXe siècle à nos jours", Actes du 3e colloque international de Pézenas (2007)
  13. "Molière en sa maison"[URL]
  14. "Le Répertoire de la Comédie-Française de 1680 à 1900"[URL]
  15. "Spectacles du Grand siècle"[URL]

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