18세기 프랑스 오페라 분석 - 펠르그랭과 라모의 「힙폴뤼토스와 아리키아」 연구 -
Analyse de l’opéra français du XVIIIe siècle - Étude sur l’Hippolyte et Aricie de Pellegrin et de Rameau -
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La création d’Hippolyte et Aricie du mois d’octobre 1733 a suscité le «choc esthétique» et la querelle des Lullistes contre les Ramistes. Le livret de Pellegrin a été durement critiqué surtout par les lettrés : ceux-ci accusaient l’abbé d’avoir pillé la Phèdre de Racine. Pourtant la comparaison entre la tragédie racinienne et le livret d’opéra permet de mieux saisir l’originalité de Pellegrin. Tout en empruntant le personnage d’Aricie au modèle racinien, le poète applique à son livret une structure manichéenne qui place l’un en face de l’autre le couple innocent et le personnage méchant sous l’emprise de la passion jalouse. Dans cet affrontement, la compassion du public va aux amants persécutés. En persuadant que l’histoire fabuleuse de Phèdre mérite l’opéra, Pellegrin porte à la scène l’aventure de Thésée et le combat d’Hippolyte avec le monstre. Il insère la scène des Enfers dans son livret et modifie la situation du retour de Thésée pour « corriger » ce personnage qu’il juge trop crédule. Contrairement à Phèdre, Hippolyte ne meurt pas dans le livret d’opéra. Si le poète ne va pas jusqu’à ressusciter Hippolyte, c’est pour respecter les bienséances du merveilleux. Il rend son prologue intimement lié au sujet principal. Pour accélérer l’action, Pellegrin ne retient pas les confidences des personnages principaux et le contexte politique dans l’exposition de Phèdre. Disparaît la scène où Phèdre confesse à Œnone son amour pour Hippolyte et son sentiment de culpabilité: dès le début, son caractère simplifié et même négatif s’impose. En revanche, Hippolyte et Aricie sont plus mis en avant : l’opéra commence par les aveux des deux amants et se termine par leur union. Même si le rôle de Thésée s’accroît par rapport à la tragédie racinienne, le poète ne garde pas toutes les scènes où ce héros apparaît : il écarte la scène d’affrontement entre Thésée et Hippolyte puisqu’elle n’est pas appropriée à la scène lyrique. Le poète préfère au contraire souligner l’émotion des jeunes amoureux et leur amour galant. Bien qu’accusé d’avoir pillé Phèdre, Pellegrin n’emploie que rarement les termes utilisés par Racine dans la même situation. En revanche, le poète emprunte souvent des mots aux scènes raciniennes qu’il ne garde pas pour son livret. À l’issue de la création d’Hippolyte et Aricie, les auteurs publient une seconde édition comportant les modifications conformes aux représentations de 1733. Rameau élimine les deux premières scènes du cinquième acte qui dérogent à l’unité de lieu. Bien qu’on puisse regretter la coupure de ces scènes où Thésée apparaît, l’unité d’action et de lieu et le contraste entre les deux derniers actes sont renforcés. À la fin du troisième acte, Rameau déplace la scène des matelots dansants qui constitue le divertissement. Par cet aménagement, quoique l’effet de l’ironie dramatique disparaisse, on maintient la tension dramatique analogue à celle de Phèdre. La version de 1742 s’oriente vers une brièveté en proposant une refonte et quelques coupures qui empêchent quelquefois la compréhension de l’œuvre. Dans sa version de 1757, Rameau supprime le prologue qui est pourtant lié à l’intrigue principale. Le compositeur renoue avec les audaces initiales et améliore l’impact dramaturgique. La pression du public est un facteur non négligeable qui incite Rameau à opérer certains remaniements. Mais c’est sa quête d’une nouvelle esthétique qui le conduit aux remaniements importants. Aujourd’hui, les multiples interprétations n’oublient pas cette quête et nous proposent de revisiter sans cesse l’opéra de Rameau.
Abstract
La création d’Hippolyte et Aricie du mois d’octobre 1733 a suscité le «choc esthétique» et la querelle des Lullistes contre les Ramistes. Le livret de Pellegrin a été durement critiqué surtout par les lettrés : ceux-ci accusaient l’abbé d’avoir pillé la Phèdre de Racine. Pourtant la comparaison entre la tragédie racinienne et le livret d’opéra permet de mieux saisir l’originalité de Pellegrin. Tout en empruntant le personnage d’Aricie au modèle racinien, le poète applique à son livret une structure manichéenne qui place l’un en face de l’autre le couple innocent et le personnage méchant sous l’emprise de la passion jalouse. Dans cet affrontement, la compassion du public va aux amants persécutés. En persuadant que l’histoire fabuleuse de Phèdre mérite l’opéra, Pellegrin porte à la scène l’aventure de Thésée et le combat d’Hippolyte avec le monstre. Il insère la scène des Enfers dans son livret et modifie la situation du retour de Thésée pour « corriger » ce personnage qu’il juge trop crédule. Contrairement à Phèdre, Hippolyte ne meurt pas dans le livret d’opéra. Si le poète ne va pas jusqu’à ressusciter Hippolyte, c’est pour respecter les bienséances du merveilleux. Il rend son prologue intimement lié au sujet principal. Pour accélérer l’action, Pellegrin ne retient pas les confidences des personnages principaux et le contexte politique dans l’exposition de Phèdre. Disparaît la scène où Phèdre confesse à Œnone son amour pour Hippolyte et son sentiment de culpabilité: dès le début, son caractère simplifié et même négatif s’impose. En revanche, Hippolyte et Aricie sont plus mis en avant : l’opéra commence par les aveux des deux amants et se termine par leur union. Même si le rôle de Thésée s’accroît par rapport à la tragédie racinienne, le poète ne garde pas toutes les scènes où ce héros apparaît : il écarte la scène d’affrontement entre Thésée et Hippolyte puisqu’elle n’est pas appropriée à la scène lyrique. Le poète préfère au contraire souligner l’émotion des jeunes amoureux et leur amour galant. Bien qu’accusé d’avoir pillé Phèdre, Pellegrin n’emploie que rarement les termes utilisés par Racine dans la même situation. En revanche, le poète emprunte souvent des mots aux scènes raciniennes qu’il ne garde pas pour son livret. À l’issue de la création d’Hippolyte et Aricie, les auteurs publient une seconde édition comportant les modifications conformes aux représentations de 1733. Rameau élimine les deux premières scènes du cinquième acte qui dérogent à l’unité de lieu. Bien qu’on puisse regretter la coupure de ces scènes où Thésée apparaît, l’unité d’action et de lieu et le contraste entre les deux derniers actes sont renforcés. À la fin du troisième acte, Rameau déplace la scène des matelots dansants qui constitue le divertissement. Par cet aménagement, quoique l’effet de l’ironie dramatique disparaisse, on maintient la tension dramatique analogue à celle de Phèdre. La version de 1742 s’oriente vers une brièveté en proposant une refonte et quelques coupures qui empêchent quelquefois la compréhension de l’œuvre. Dans sa version de 1757, Rameau supprime le prologue qui est pourtant lié à l’intrigue principale. Le compositeur renoue avec les audaces initiales et améliore l’impact dramaturgique. La pression du public est un facteur non négligeable qui incite Rameau à opérer certains remaniements. Mais c’est sa quête d’une nouvelle esthétique qui le conduit aux remaniements importants. Aujourd’hui, les multiples interprétations n’oublient pas cette quête et nous proposent de revisiter sans cesse l’opéra de Rameau.
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