『이인』의 이야기 정체성
L’identité narrative de L’Etranger
0
조회
0
다운로드
11
인용
0
참고문헌
키워드
초록
L’Etranger est une oeuvre qui pose, ou plutô̂t ne peut ne pas poser le problème d’identité, car Meursault se considère comme “un homme ordinaire”, tandis que Marie le trouve “bizarre”. D’ailleurs, Camus a eu l’idée d’intituler son premier roman “L’Etranger ou Un homme comme les autres”. Meursault est-il donc un étranger ou un homme comme les autres? Voilà la question à laquelle nous allons répondre en s’appuyant sur la théorie ricoeurienne de l’identité narrative. Le problème d’identité vient de la structure du roman qui se compose de deux parties. Camus a dit : “Le sens du livre tient exactement dans le parallélisme des deux parties.” Cela veut dire qu’il y a rupture et opposition entre les deux parties ; autrement dit, il y a dans ce livre deux Meursault qui ne se rencontrent guère et qui s’opposent l’un à l’autre. Bref, Meursault de la première partie, vu par lui-mê̂me, est étranger à celui de la deuxième, vu par les magistrats représentant la société. Ce fait étrange s’explique par l’absurde qui est “ce divorce entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit” et par “son caractère essentiel qui est opposition, déchirement et divorce”. C’est ainsi que le héros de L’Etranger se définit comme un étranger absurde. D’autre part, on peut considérer L’Etranger comme un autoportrait ou une autobiographie, dans la mesure où Meursault se parle de lui-mê̂me. D’après Paul Ricoeur, “un sujet se reconnaî̂t dans l’histoire qu’il se raconte à lui-mê̂me sur lui-mê̂me.” D’où vient “la notion d’identité narrative, c’est-à-dire la sorte d’identité à laquelle un ê̂tre humain accède grâ̂̂ce à la médiation de la fonction narrative.” Ecoutons encore le philosophe : “Selon ma thèse, le récit construit le caractère durable d’un personnage, qu’on peut appeler son identité narrative, en construisant la sorte d’identité dynamique propre à l’intrigue qui fait l’identité du personnage. C’est donc d’abord dans l’intrigue qu’il faut chercher la médiation entre permanence et changement, avant de pouvoir la reporter sur le personnage. L’avantage de ce détour par l’intrigue est que celle-ci fournit le modèle de concordance discordante sur lequel il est possible de construire l’identité narrative du personnage. L’identité narrative du personnage ne saurait ê̂tre que corrélative de la concordance discordante de l’histoire elle-mê̂me.”La thèse du philosophe, et notamment sa notion de “concordance discordante”, nous aident bien à expliquer la présence des deux Meursault qui s’opposent l’un à l’autre. Car le récit de L’Etranger est construit par la dialectique de la concordance discordante, de telle sorte que le portrait de Meursault de la première partie soit étranger à celui de la seconde. Si donc, “le récit construit l’identité du personnage, qu’on peut appeler son identité narrative, en construisant celle de l’histoire racontée”, et si “c’est l’identité de l’histoire qui fait l’identité du personnage”, on peut dire que l’identité du personnage Meursault ne saurait ê̂tre que son identité narrative, construite par l’histoire racontée dans L’Etranger. Or, puisque cette identité narrative est corrélative de la concordance discordante de l’histoire elle-mê̂me, l’identité de Meursault ne peut ë̂̂̂tre construite que par la logique de cette concordance discordante, à savoir que Meursault de la première partie n’est pas identique à celui de la deuxième. Il en conclut donc qu’il se définit ici encore comme un étranger absurde. Cette investigation menée par la théorie de l’identité narrative ne résout pourtant pas notre problème, dans la mesure où la question initiale reste intacte. On est obligé de se demander une fois de plus : Meursault est-il donc un homme ordinaire ou un homme comme les autres? Nous nous rappelons l’idée que Camus a eu de donner un sous-titre à son roman : L’Etranger ou Un homme comme les autres. Cette expression elle-mê̂me donne une réponse à notre question, car tout comme l’indique bien le titre de Molière Tartuffe ou l’imposteur, elle signifie que “L’Etranger” est “Un homme comme les autres”. Nous dirons donc que Meursault est un étranger ordinaire. Voilà une expression aussi bien étrange qu’étrangère, qui définit pourtant l’identité de Meursault de manière magistrale, tout en incarnant par excellence la notion d’absurde ainsi que la dialectique de la concordance discordante. Le héros de L’Etranger est bel et bien “un universel singulier”, pour emprunter l’expression de Sartre. Puisque l’auteur de L’Etranger n’a pas exécuté la peine capitale, Meursault attend aujourd’hui encore que l’on reconnaisse bien son identité véritable, c’est-à-dire un étranger ordinaire.
Abstract
L’Etranger est une oeuvre qui pose, ou plutô̂t ne peut ne pas poser le problème d’identité, car Meursault se considère comme “un homme ordinaire”, tandis que Marie le trouve “bizarre”. D’ailleurs, Camus a eu l’idée d’intituler son premier roman “L’Etranger ou Un homme comme les autres”. Meursault est-il donc un étranger ou un homme comme les autres? Voilà la question à laquelle nous allons répondre en s’appuyant sur la théorie ricoeurienne de l’identité narrative. Le problème d’identité vient de la structure du roman qui se compose de deux parties. Camus a dit : “Le sens du livre tient exactement dans le parallélisme des deux parties.” Cela veut dire qu’il y a rupture et opposition entre les deux parties ; autrement dit, il y a dans ce livre deux Meursault qui ne se rencontrent guère et qui s’opposent l’un à l’autre. Bref, Meursault de la première partie, vu par lui-mê̂me, est étranger à celui de la deuxième, vu par les magistrats représentant la société. Ce fait étrange s’explique par l’absurde qui est “ce divorce entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit” et par “son caractère essentiel qui est opposition, déchirement et divorce”. C’est ainsi que le héros de L’Etranger se définit comme un étranger absurde. D’autre part, on peut considérer L’Etranger comme un autoportrait ou une autobiographie, dans la mesure où Meursault se parle de lui-mê̂me. D’après Paul Ricoeur, “un sujet se reconnaî̂t dans l’histoire qu’il se raconte à lui-mê̂me sur lui-mê̂me.” D’où vient “la notion d’identité narrative, c’est-à-dire la sorte d’identité à laquelle un ê̂tre humain accède grâ̂̂ce à la médiation de la fonction narrative.” Ecoutons encore le philosophe : “Selon ma thèse, le récit construit le caractère durable d’un personnage, qu’on peut appeler son identité narrative, en construisant la sorte d’identité dynamique propre à l’intrigue qui fait l’identité du personnage. C’est donc d’abord dans l’intrigue qu’il faut chercher la médiation entre permanence et changement, avant de pouvoir la reporter sur le personnage. L’avantage de ce détour par l’intrigue est que celle-ci fournit le modèle de concordance discordante sur lequel il est possible de construire l’identité narrative du personnage. L’identité narrative du personnage ne saurait ê̂tre que corrélative de la concordance discordante de l’histoire elle-mê̂me.”La thèse du philosophe, et notamment sa notion de “concordance discordante”, nous aident bien à expliquer la présence des deux Meursault qui s’opposent l’un à l’autre. Car le récit de L’Etranger est construit par la dialectique de la concordance discordante, de telle sorte que le portrait de Meursault de la première partie soit étranger à celui de la seconde. Si donc, “le récit construit l’identité du personnage, qu’on peut appeler son identité narrative, en construisant celle de l’histoire racontée”, et si “c’est l’identité de l’histoire qui fait l’identité du personnage”, on peut dire que l’identité du personnage Meursault ne saurait ê̂tre que son identité narrative, construite par l’histoire racontée dans L’Etranger. Or, puisque cette identité narrative est corrélative de la concordance discordante de l’histoire elle-mê̂me, l’identité de Meursault ne peut ë̂̂̂tre construite que par la logique de cette concordance discordante, à savoir que Meursault de la première partie n’est pas identique à celui de la deuxième. Il en conclut donc qu’il se définit ici encore comme un étranger absurde. Cette investigation menée par la théorie de l’identité narrative ne résout pourtant pas notre problème, dans la mesure où la question initiale reste intacte. On est obligé de se demander une fois de plus : Meursault est-il donc un homme ordinaire ou un homme comme les autres? Nous nous rappelons l’idée que Camus a eu de donner un sous-titre à son roman : L’Etranger ou Un homme comme les autres. Cette expression elle-mê̂me donne une réponse à notre question, car tout comme l’indique bien le titre de Molière Tartuffe ou l’imposteur, elle signifie que “L’Etranger” est “Un homme comme les autres”. Nous dirons donc que Meursault est un étranger ordinaire. Voilà une expression aussi bien étrange qu’étrangère, qui définit pourtant l’identité de Meursault de manière magistrale, tout en incarnant par excellence la notion d’absurde ainsi que la dialectique de la concordance discordante. Le héros de L’Etranger est bel et bien “un universel singulier”, pour emprunter l’expression de Sartre. Puisque l’auteur de L’Etranger n’a pas exécuté la peine capitale, Meursault attend aujourd’hui encore que l’on reconnaisse bien son identité véritable, c’est-à-dire un étranger ordinaire.
참고문헌 (22)
- Albert Camus, "Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. I" (1984), Gallimard
- Albert Camus, "La Bibliothèque de la Pléiade, t. II" (1984), Gallimard
- Albert Camus, "Folio" (1984), Gallimard
- Albert Camus, "Le Mythe de Sisyphe" (1982), Gallimard
- Albert Camus, "Carnets II janvier 1942-mars 1951" (1964), Gallimard
- 알베르 카뮈, "이인" (2011), 문학동네
- M.-G. Barrier, "L’Art du récit dans L’Etranger d’Albert Camus" (1966), Nizet
- Maïssa Bey, "L’Ombre d’un homme qui marche au soleil, Réflexions sur Albert Camus, préfacé par Catherine Camus" (2006), Chèvre-Feuille étoilée
- Maurice Blanchot, "Faux Pas" (1987), Gallimard
- Maurice Blanchot, "L’Amitié" (1985), Gallimard
- Brian T. Fitch, "Narrateur et narration dans L’Etranger d’Albert Camus" (1960), Minard
- Kie-Un LEE, "Les Détours de l’ambiguïté, Une lecture de L’Etranger d’Albert Camus" (1997), PUS
- Jean-Paul Sartre, "Situations I" (1947), Gallimard
- Emmanuel Lévinas, "Sur Maurice Blanchot" (1975), Fata Morgana
- Paul Ricoeur, "Temps et récit III" (1985), Seuil
- Paul Ricoeur, "Soi-même comme un autre" (1990), Seuil
- Paul Ricoeur, "Esprit, juillet-août 1988"
- Paul Ricoeur, "Réflexion faite, autobiographie intellectuelle" (1995), Seuil
- Jean-Paul Sartre, "L’Idiot de la famille, t. I" (1971), Gallimard
- "Le Nouveau Petit Robert" (1993), Dictionnaire Le Robert
- 김한식, "이야기의 윤리학을 위하여-폴 리쾨르의 해석학을 중심으로-", 해석학연구, (29), pp.199~246 (2012), 한국해석학회
- 샤를 쥘리에, "누더기" (2002), 현대문학
