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L’auto-traduction ou la réécriture chez Beckett ? -Autour de Fin de partie /Endgame-
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L'auto-traduction désigne l'acte de traduire ses propres écritures ou le résultat d'une telle entreprise. Si dans le domaine littéraire,l'auto-traduction est moins féconde par rapport aux XVIe et XVIIe siècles, elle n’est pas exceptionnelle. Pourtant le cas de Beckett constitue un cas exceptionnel puisqu’il traduit presque toutes ses oeuvres depuis 1937 jusqu’à la fin de sa vie. Bien qu’un auto-traducteur soit à l’abri de la plupart des reproches souvent adressés au traducteur, il n’en est pas moins responsible de la traduction et des suppressions arbitraires. Le fait que Beckett raccourcit En attendant Godot et Fin de partie de deux à trois pages en les traduisant en anglais n’est pas un choix arbitraire, cela témoigne au contraire de sa progression générale vers une concision et une densité. On pourrait relever un des commentaires de Beckett sur son choix d’écrire en français : le français lui semblait plus passionnant. Pourtant ce plaisir d’écrire en langue d’adoption ne va pas sans certaines exigences. Il n’est pas parfaitement bilingue puisqu’il n’a pas appris le français depuis son enfance. Mais grâce à l’affection qu’il a portée à la langue française et à sa longue pratique, il a surmontépetit à petit son ‘handicap’. En langue française, il s’intéressait non seulement à la langue parlée, à ses tournures populaires et à son argot, mais aussi à ses jeux de mots. Même si Beckett n’a pas traduit toutes les expressions du français populaire et de l’argot français, son style dans Endgame ressemble au style dépouillé et sans ornements de Fin de partie. Pour notre étude de l’auto-traduction, la Fin de partie de Beckett se révèle très intéressante: quand Beckett traduit les locutions figées et les allusions, il est plutôt cibliste; lorsqu’il n’arrive pas à traduire les jeux de mots sémiques, il les supprime ou il traduit littéralement;quant aux jeux de mots phoniques, il fait de son mieux pour les traduire; attentif aux rythmes et aux sonorités, il tente de restituer ses effets au même endroit, mais lorsque cela devient impossible, il procéde à une compensation. Même s’il est difficile de mettre l’auto-traduction de Beckett dans les cadres habituels de la théorie de la traduction, il donne de l’importance au rythme plutôt qu’au sens et fait de l’auto-traduction une véritable refonte. D’où un travail pénible comme une traversée du désert selon ses aveux. Dans ce sens, son auto-traduction devient une réécriture créatrice et transformatrice. Fin de partie met en scène une vision pessimiste. Les jeux de mots et l’humour que pratiquent les personnages reflètent cette atmosphère sombre. Pourtant ces jeux verbaux n’en deviennent pas moins les armes uniques contre le monde menaçant et inhumain. C’est là que l’auto-traduction de Beckett se montre la plus brillante et géniale.
Abstract
L'auto-traduction désigne l'acte de traduire ses propres écritures ou le résultat d'une telle entreprise. Si dans le domaine littéraire,l'auto-traduction est moins féconde par rapport aux XVIe et XVIIe siècles, elle n’est pas exceptionnelle. Pourtant le cas de Beckett constitue un cas exceptionnel puisqu’il traduit presque toutes ses oeuvres depuis 1937 jusqu’à la fin de sa vie. Bien qu’un auto-traducteur soit à l’abri de la plupart des reproches souvent adressés au traducteur, il n’en est pas moins responsible de la traduction et des suppressions arbitraires. Le fait que Beckett raccourcit En attendant Godot et Fin de partie de deux à trois pages en les traduisant en anglais n’est pas un choix arbitraire, cela témoigne au contraire de sa progression générale vers une concision et une densité. On pourrait relever un des commentaires de Beckett sur son choix d’écrire en français : le français lui semblait plus passionnant. Pourtant ce plaisir d’écrire en langue d’adoption ne va pas sans certaines exigences. Il n’est pas parfaitement bilingue puisqu’il n’a pas appris le français depuis son enfance. Mais grâce à l’affection qu’il a portée à la langue française et à sa longue pratique, il a surmontépetit à petit son ‘handicap’. En langue française, il s’intéressait non seulement à la langue parlée, à ses tournures populaires et à son argot, mais aussi à ses jeux de mots. Même si Beckett n’a pas traduit toutes les expressions du français populaire et de l’argot français, son style dans Endgame ressemble au style dépouillé et sans ornements de Fin de partie. Pour notre étude de l’auto-traduction, la Fin de partie de Beckett se révèle très intéressante: quand Beckett traduit les locutions figées et les allusions, il est plutôt cibliste; lorsqu’il n’arrive pas à traduire les jeux de mots sémiques, il les supprime ou il traduit littéralement;quant aux jeux de mots phoniques, il fait de son mieux pour les traduire; attentif aux rythmes et aux sonorités, il tente de restituer ses effets au même endroit, mais lorsque cela devient impossible, il procéde à une compensation. Même s’il est difficile de mettre l’auto-traduction de Beckett dans les cadres habituels de la théorie de la traduction, il donne de l’importance au rythme plutôt qu’au sens et fait de l’auto-traduction une véritable refonte. D’où un travail pénible comme une traversée du désert selon ses aveux. Dans ce sens, son auto-traduction devient une réécriture créatrice et transformatrice. Fin de partie met en scène une vision pessimiste. Les jeux de mots et l’humour que pratiquent les personnages reflètent cette atmosphère sombre. Pourtant ces jeux verbaux n’en deviennent pas moins les armes uniques contre le monde menaçant et inhumain. C’est là que l’auto-traduction de Beckett se montre la plus brillante et géniale.
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