루소의 호수 또는 선택된 몽상의 공간
Le lac chez Rousseau ou un espace de rêverie par excellence
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초록
Pour Rousseau, le lac n'est pas un lieu comme les autres : non seulement il l'a passionnément aimé toute sa vie, mais il l'a vécu comme un espace de rêverie et de bonheur qui a profondément marqué son être intérieur. Nous nous proposons de décrire et d'analyser cette expérience capitale à travers Les confessions et surtout Les rêveries du promeneur solitaire. Déjà dans La nouvelle Héloïse, l'oeuvre contient de belles descriptions du lac, mais on peut les considérer comme des moyens du récit, qui permettent par exemple le déroulement de l'événement. C'est dans Les confessions que le lac apparaît de manière plus significative pour se confondre intimement à des moments de rêverie. Ce lac, c'est celui de Bienne. Or Rousseau reprend cette expérience dans son dernier ouvrage, Les rêveries du promeneur solitaire. Les épisodes et les thèmes majeurs sont presque les mêmes, mais les situations intérieures de l'auteur, par conséquent sa manière d'aborder le même vécu, sont sensiblement différentes. Car, contrairement aux Confessions, Les rêveries ne sont écrits que pour celui qui les écrit. Désabusé, découragé, l'auteur avait pris le parti de tourner le dos au monde. En définitif, pensait-il. Et se sentant seul sur la terre, désormais il se livre complètement à lui-même, à la recherche du bonheur, au plaisir de la rêverie. Si, dans Les confessions, pour se montrer et se justifier, il rapporte aux hommes cette expérience de la rêverie sur un lac, cette fois-ci il en jouit en rêvant cette rêverie. Le monde n'est plus, il n'y a que lui qui n'écrit que pour le plaisir de retrouver ce qui est vécu et rêvé. L'île de Saint-Pierre, située au milieu du lac de Bienne, est un lieu privilégié pour un rêveur sensible comme Rousseau. Il y a là presque tout ce qu'il faut pour remplir les conditions nécessaires de ses rêveries : solitude, calme, sentiment d'assurance, espace de promenade sans dérangement, nature riante, surtout mouvements réguliers et modérés de l'eau. D'où ces extases inoubliables qu'il y a connu, soit en regandant les vagues qui le font plonger dans une douce rêverie, soit en sentant la respiration de l'eau dans un bateau qui dérive sur le lac. Cet espace de rêverie qu'était le lac de Bienne n'a ni sens ni forme définitifs. En le réactualisant, inévitablement Rousseau projette dessus son désir et son imagination. De ce fait, il est transformé en un espace plus intime et plus subjectif. Ce qui a été vécu comme rêverie sert de matériaux pour former une nouvelle rêverie qui est peut-être plus pure, plus émotive, puisque toute mentale. Le bonheur est le sentiment caractéristique qui accompagne l'état de rêverie. Dans ses Rêveries, Rousseau insiste plus d'une fois sur le bonheur qu'il a goûté dans cette île : “De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes) aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne.” Ce sentiment d'un bonheur véritable est étroitement lié à ce qu'il appelle le sentiment de l'existence. Dans la rêverie, il arrive à un moment où il perd la conception du temps, se sentant être dans un présent éternel. En même temps, il sent s'arrêter, du moins se paralyser, non seulement ses activités mentales et affectives mais aussi ses nerfs sensitifs. Tout se passe comme si s'anéantissait tout ce qui est étranger à son être pur. La présence du monde ne s'aperçoit plus ou presque. Dans un tel état, Rousseau dira qu'on ne jouit “de rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu”. Le moi ou la conscience absolue se possède pleinement comme Dieu en se vidant complètement. Ce sentiment de l'existence, expérience paradoxale, peut être comparé au mysticisme religieux. Mais la comparaison s'arrête là : chez Rousseau le moi est le centre qui absorbe tout ce qui n'est pas moi, y compris le monde, tandis que le mystique religieux s'efforce d'anéantir le moi pour recevoir la présence de Dieu. Toute cette rêverie, toutes ces expériences ont lieu au lac. Rousseau a contribué à les rendre plus profondes, plus délicieuses. Autour de lui, se réunissent également ses thèmes majeurs : solitude, recueillement, quête de soi, évasion, nature, etc. Tous ces thèmes et expériences qu'il a remarquablement exprimés seront repris par ses successeurs, qui les approfondiront et les diversifieront à leur tour.
Abstract
Pour Rousseau, le lac n'est pas un lieu comme les autres : non seulement il l'a passionnément aimé toute sa vie, mais il l'a vécu comme un espace de rêverie et de bonheur qui a profondément marqué son être intérieur. Nous nous proposons de décrire et d'analyser cette expérience capitale à travers Les confessions et surtout Les rêveries du promeneur solitaire. Déjà dans La nouvelle Héloïse, l'oeuvre contient de belles descriptions du lac, mais on peut les considérer comme des moyens du récit, qui permettent par exemple le déroulement de l'événement. C'est dans Les confessions que le lac apparaît de manière plus significative pour se confondre intimement à des moments de rêverie. Ce lac, c'est celui de Bienne. Or Rousseau reprend cette expérience dans son dernier ouvrage, Les rêveries du promeneur solitaire. Les épisodes et les thèmes majeurs sont presque les mêmes, mais les situations intérieures de l'auteur, par conséquent sa manière d'aborder le même vécu, sont sensiblement différentes. Car, contrairement aux Confessions, Les rêveries ne sont écrits que pour celui qui les écrit. Désabusé, découragé, l'auteur avait pris le parti de tourner le dos au monde. En définitif, pensait-il. Et se sentant seul sur la terre, désormais il se livre complètement à lui-même, à la recherche du bonheur, au plaisir de la rêverie. Si, dans Les confessions, pour se montrer et se justifier, il rapporte aux hommes cette expérience de la rêverie sur un lac, cette fois-ci il en jouit en rêvant cette rêverie. Le monde n'est plus, il n'y a que lui qui n'écrit que pour le plaisir de retrouver ce qui est vécu et rêvé. L'île de Saint-Pierre, située au milieu du lac de Bienne, est un lieu privilégié pour un rêveur sensible comme Rousseau. Il y a là presque tout ce qu'il faut pour remplir les conditions nécessaires de ses rêveries : solitude, calme, sentiment d'assurance, espace de promenade sans dérangement, nature riante, surtout mouvements réguliers et modérés de l'eau. D'où ces extases inoubliables qu'il y a connu, soit en regandant les vagues qui le font plonger dans une douce rêverie, soit en sentant la respiration de l'eau dans un bateau qui dérive sur le lac. Cet espace de rêverie qu'était le lac de Bienne n'a ni sens ni forme définitifs. En le réactualisant, inévitablement Rousseau projette dessus son désir et son imagination. De ce fait, il est transformé en un espace plus intime et plus subjectif. Ce qui a été vécu comme rêverie sert de matériaux pour former une nouvelle rêverie qui est peut-être plus pure, plus émotive, puisque toute mentale. Le bonheur est le sentiment caractéristique qui accompagne l'état de rêverie. Dans ses Rêveries, Rousseau insiste plus d'une fois sur le bonheur qu'il a goûté dans cette île : “De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes) aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne.” Ce sentiment d'un bonheur véritable est étroitement lié à ce qu'il appelle le sentiment de l'existence. Dans la rêverie, il arrive à un moment où il perd la conception du temps, se sentant être dans un présent éternel. En même temps, il sent s'arrêter, du moins se paralyser, non seulement ses activités mentales et affectives mais aussi ses nerfs sensitifs. Tout se passe comme si s'anéantissait tout ce qui est étranger à son être pur. La présence du monde ne s'aperçoit plus ou presque. Dans un tel état, Rousseau dira qu'on ne jouit “de rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu”. Le moi ou la conscience absolue se possède pleinement comme Dieu en se vidant complètement. Ce sentiment de l'existence, expérience paradoxale, peut être comparé au mysticisme religieux. Mais la comparaison s'arrête là : chez Rousseau le moi est le centre qui absorbe tout ce qui n'est pas moi, y compris le monde, tandis que le mystique religieux s'efforce d'anéantir le moi pour recevoir la présence de Dieu. Toute cette rêverie, toutes ces expériences ont lieu au lac. Rousseau a contribué à les rendre plus profondes, plus délicieuses. Autour de lui, se réunissent également ses thèmes majeurs : solitude, recueillement, quête de soi, évasion, nature, etc. Tous ces thèmes et expériences qu'il a remarquablement exprimés seront repris par ses successeurs, qui les approfondiront et les diversifieront à leur tour.
참고문헌 (12)
- Baudelaire (Charles), "OEuvres complètes", Gallimard, ~ (1975)
- Béguin (Albert), "L'àme romantique et le réve" (1991), José Corti
- Ferry (Luc), "Le Sens du Beau" (1990), Grasset
- May (Georges), "Rousseau par lui-même" (1961), Seuil
- Raymond (Marcel), "Jean-Jacques Rousseau, La quête de soi et la rêverie" (1986), José Corti
- Rimbeau (Arthur), "OEuvres" (1987), Garnier
- Rousseau (Jean-Jacques), "La Nouvelle Héloïse" (1993), Gallimard
- Rousseau (Jean-Jacques), "Les confessions I, II" (1973), Gallimard
- Rousseau (Jean-Jacques), "Les rêveries du promeneur solitaire" (1983), Librairie Générale Française
- Senancour (Etienne de), "Obermann" (1984), Gallimard
- Starobinski (Jean), "Jean-Jacques Rousseau, La transparence et l'obstacle" (1971), Gallimard
- Van Tieghem(Paul), "Le Romantisme dans la littérature européenne" (1969), Albin Michel
