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루소의 자전적 작품과 극단적 주관주의

L'oeuvre autobiographique de Rousseau et son radical subjectivisme

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Après la condamnation de l'Emile en 1762, qui bouleversera profondément sa vie, Rousseau écrit peu par rapport à la période précédente. Mais c'est alors qu'il compose ses livres les plus connus : Les confessions et Les rê̂veries du promeneur solitaire. Ce sont des ouvrages autobiographiques où le Moi se raconte, se cherche, se révèle, se justifie inlassablement. Mais son écriture subjective s'étend d'une certaine manière sur toute son oeuvre. La nouvelle Eloïse, où le jeune Rousseau s'identifie au héro, Saint-Preux, peut ê̂tre considérée comme un roman autobiographique ; il est difficile de ne pas voir dans l'Emile la personne et le désir de son auteur. Mê̂me ses ouvrages théoriques ne se détachent pas de ce subjectivisme : quels que soient les sujets (l'homme primitif, le gouvernement idéal), c'est toujours en partant de lui-même qu'il les traite. Rousseau ainsi accorde un immense privilège au sujet qui se sent et qui se connaît. La conscience de soi domine son activité spirituelle et lui fait sentir de façon aiguë sa différence avec les autres. Dès la première page des Confessions, il dira : «au moins je suis autre.» Il semble qu'il y déclare une singularité absolue. À mesure qu'il s'intériorise en cherchant ce qu'il appelle «l'enchaînement d'affections secrètes», il se sent de plus en plus particulier. Plus il se replie sur lui-mê̂me, plus il se reconnaît seul et unique. Dans les Réveries, cette hantise de soi aboutira au point culminant : s'isolant définitivement du monde extérieur, acceptant pleinement sa solitude, ne s'occupant que de lui-mê̂me, il arrive à se nourrir de sa propre substance. Ce qui lui permettra de trouver ce qu'il a toujours cherché : «la consolation, l'espérance et la paix», enfin un certain bonheur. Dans ces derniers moments de sa vie, remplis de promenades et de rê̂veries, il parviendra même à éprouver ce qu'il appelle le sentiment de l'existence, état de contentement suprê̂me où «on se suffit à soi-mê̂me comme Dieu». On voit là un radical subjectivisme où convergent sa vie et son oeuvre. Quels sont les facteurs qui déterminent un tel itinéraire ? D'un point de vue global, on peut alléguer l'influence de l'individualisme qui croît et se renforce depuis le début du XVIe siècle. Montaigne a déjà montré par ses écrits un individu qui veut ê̂tre à soi, qui veut s'éloigner de la société pour mieux s'étudier. Ce processus d'individualisation n'a jamais cessé depuis, tout en donnant des thèmes et des formes littéraires qui s'y conforment. Sans cela, Rousseau n'eût pas été «carrément, outrément individualiste» et il n'aurait pu pratiquer une écriture aussi personnelle. L'influence historique, cela va de soi, n'explique qu'une partie du fait. Il faut y ajouter des facteurs qui appartiennent proprement à lui. Son caractère timide et hypersensible, sa facilité à jouir d'un monde imaginaire, sa pente à la rê̂verie, tout cela ne favorise guère une relation heureuse avec les autres. Éprouvant sans cesse un malaise pénible, parfois insurmontable, en société, ne pouvant pas éviter les conflits relationnels, il se réfugie dans la solitude, qui est une forme de vie végétale où il jouit de sa liberté imaginaire, de son individualité, de son intériorité, bref de son propre Moi. Son milieu natal et familial a sans doute contribué à former, du moins à renforcer ce repli sur soi. Après le décret de prise de corps lancé en 1762, sa solitude, qui a été librement choisie, devient une solitude imposée où il sera de plus en plus seul avec le temps. Ce malheur imprévu, lié à sa carrière d'écrivain, était un terrain fertile où se forme un subjectivisme radical ou un individualisme farouche qui est le sien. L'oeuvre autobiographique de Rousseau est donc le résultat d'une opération à la fois historique et personnelle. Il ne serait pas possible de déterminer avec exactitude la part de contribution de l'une et de l'autre. Mais on sait que cette oeuvre a exercé une influence considérable mê̂me au-delà de la France. Les générations suivantes s'y reconnaissent, y trouvent une problématique identitaire qui est la leur. Il y a aussi le fait que l'individualisme dont Rousseau a poussé si loin les possibilités s'impose comme une forme privilégiée de la vie moderne. On peut dire qu'il a anticipé sur l'histoire, tout en accélérant l'arrivée d'une littérature plus personnelle, c'est-à-dire avant-gardiste.

Abstract

Après la condamnation de l'Emile en 1762, qui bouleversera profondément sa vie, Rousseau écrit peu par rapport à la période précédente. Mais c'est alors qu'il compose ses livres les plus connus : Les confessions et Les rê̂veries du promeneur solitaire. Ce sont des ouvrages autobiographiques où le Moi se raconte, se cherche, se révèle, se justifie inlassablement. Mais son écriture subjective s'étend d'une certaine manière sur toute son oeuvre. La nouvelle Eloïse, où le jeune Rousseau s'identifie au héro, Saint-Preux, peut ê̂tre considérée comme un roman autobiographique ; il est difficile de ne pas voir dans l'Emile la personne et le désir de son auteur. Mê̂me ses ouvrages théoriques ne se détachent pas de ce subjectivisme : quels que soient les sujets (l'homme primitif, le gouvernement idéal), c'est toujours en partant de lui-même qu'il les traite. Rousseau ainsi accorde un immense privilège au sujet qui se sent et qui se connaît. La conscience de soi domine son activité spirituelle et lui fait sentir de façon aiguë sa différence avec les autres. Dès la première page des Confessions, il dira : «au moins je suis autre.» Il semble qu'il y déclare une singularité absolue. À mesure qu'il s'intériorise en cherchant ce qu'il appelle «l'enchaînement d'affections secrètes», il se sent de plus en plus particulier. Plus il se replie sur lui-mê̂me, plus il se reconnaît seul et unique. Dans les Réveries, cette hantise de soi aboutira au point culminant : s'isolant définitivement du monde extérieur, acceptant pleinement sa solitude, ne s'occupant que de lui-mê̂me, il arrive à se nourrir de sa propre substance. Ce qui lui permettra de trouver ce qu'il a toujours cherché : «la consolation, l'espérance et la paix», enfin un certain bonheur. Dans ces derniers moments de sa vie, remplis de promenades et de rê̂veries, il parviendra même à éprouver ce qu'il appelle le sentiment de l'existence, état de contentement suprê̂me où «on se suffit à soi-mê̂me comme Dieu». On voit là un radical subjectivisme où convergent sa vie et son oeuvre. Quels sont les facteurs qui déterminent un tel itinéraire ? D'un point de vue global, on peut alléguer l'influence de l'individualisme qui croît et se renforce depuis le début du XVIe siècle. Montaigne a déjà montré par ses écrits un individu qui veut ê̂tre à soi, qui veut s'éloigner de la société pour mieux s'étudier. Ce processus d'individualisation n'a jamais cessé depuis, tout en donnant des thèmes et des formes littéraires qui s'y conforment. Sans cela, Rousseau n'eût pas été «carrément, outrément individualiste» et il n'aurait pu pratiquer une écriture aussi personnelle. L'influence historique, cela va de soi, n'explique qu'une partie du fait. Il faut y ajouter des facteurs qui appartiennent proprement à lui. Son caractère timide et hypersensible, sa facilité à jouir d'un monde imaginaire, sa pente à la rê̂verie, tout cela ne favorise guère une relation heureuse avec les autres. Éprouvant sans cesse un malaise pénible, parfois insurmontable, en société, ne pouvant pas éviter les conflits relationnels, il se réfugie dans la solitude, qui est une forme de vie végétale où il jouit de sa liberté imaginaire, de son individualité, de son intériorité, bref de son propre Moi. Son milieu natal et familial a sans doute contribué à former, du moins à renforcer ce repli sur soi. Après le décret de prise de corps lancé en 1762, sa solitude, qui a été librement choisie, devient une solitude imposée où il sera de plus en plus seul avec le temps. Ce malheur imprévu, lié à sa carrière d'écrivain, était un terrain fertile où se forme un subjectivisme radical ou un individualisme farouche qui est le sien. L'oeuvre autobiographique de Rousseau est donc le résultat d'une opération à la fois historique et personnelle. Il ne serait pas possible de déterminer avec exactitude la part de contribution de l'une et de l'autre. Mais on sait que cette oeuvre a exercé une influence considérable mê̂me au-delà de la France. Les générations suivantes s'y reconnaissent, y trouvent une problématique identitaire qui est la leur. Il y a aussi le fait que l'individualisme dont Rousseau a poussé si loin les possibilités s'impose comme une forme privilégiée de la vie moderne. On peut dire qu'il a anticipé sur l'histoire, tout en accélérant l'arrivée d'une littérature plus personnelle, c'est-à-dire avant-gardiste.

참고문헌 (16)

  1. Baudelaire(Charles), "Les fleurs du mal" (1972), Librairie Générale Française
  2. G. Lanson, "Histoire de la littérature française" (1929), Hachette
  3. Laurent(Alain), "Histoire de l'individualisme" (1993), PUF
  4. May(Georges), "Rousseau par lui-même" (1961), Seuil
  5. Montaigne, "Essais I, II, III" (2009), Gallimard
  6. Pascal, "Pensées", Ch.-M. des Granges
  7. Raymond(Marcel), Jean-Jacques Rousseau, "Jean-Jacques Rousseau, La quête de soi et la rêverie" (1986), José Corti
  8. Rousseau(Jean-Jacques), "OEuvres complètes I" (1959), Gallimard
  9. Rousseau(Jean-Jacques), "Les confessions I, II" (2012), Flammarion
  10. Rousseau(Jean-Jacques), "Les rêveries du promeneur solitaire" (1983), Librairie Générale Française
  11. Starobinski(Jean), "Jean-Jacques Rousseau, La transparence et l'obstacle" (1971), Gallimard
  12. 김용민, "루소의 호수 또는 선택된 몽상의 공간", 프랑스문화예술연구, 45, pp.25~60 (2013), 프랑스문화예술학회
  13. 리하르트 반 뒬멘, "개인의 발견" (2005), 현실문화연구
  14. 유호식, "자서전 : 서양 고전에서 배우는 자기표현의 기술" (2015), 민음사
  15. 이용철, "루소의 자서전적 글쓰기에서 나타나는 웃음의 양상- 비웃음을 극복하기", 인문논총, 71(3), pp.9~44 (2014), 인문학연구원
  16. 필립 아리에스, "사생활의 역사 3" (2003), 새물결

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