사르트르의 전쟁의 글쓰기와 주변부 인물 - 『유예』와 『알토나의 유폐자』를 중심으로 -
L'écriture de la guerre et les personnages marginaux chez Sartre - Du Sursis aux Séquestrés d'Altona
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초록
Cette étude a pour but d'analyser la fonction exceptionnelle des personnages marginaux dans l'écriture sartrienne de la guerre. Nous examinerons surtout celle de Charles, l'allongé, sur le plan narratif dans l'oeuvre romanesque du Sursis et celle d'une femme mutilée, sur le plan idéologique dans l'oeuvre théâtrale des Séquestrés d'Altona, ces deux ouvrages traitant de la Seconde Guerre mondiale respectivement ‘en devenir’et en tant que ‘passé'. L'entreprise d'écrire la guerre connaît des rapports complexes, voire contradictoires, avec le roman historique en général. Qu'il le veuille ou non, le romancier historique fait entrer dans son texte la pseudo-reconnaissance des références extratextuelles déjà reconnues,analysées et synthétisées. Les circonstances apparaissent toutes différentes,quand l'écriture se réalise à l'époque des événements qu'elle relate et, par conséquent, sans assez d'écart temporel pour permettre au romancier,comme Sartre dans Le Sursis, aucune perspective généralisante. Le problème que la guerre soulève dans Le Sursis est entre autres celui des restrictions de champ et de la fictionnalisation ‘immédiate’. La ‘focalisation interne multiple’ introduit la fragmentation des unités narratives et leur transmigration, qui conduisent, à leur tour, à l'équivalence relative des points de vue et des personnages. Il faut noter également que la guerre provoque de manière extraordinaire le problème de la marginalité. A la façon d'un désastre naturel, la catastrophe artificielle de la guerre commence par porter ses premiers coups aux marginaux. Le regard objectif, que l'écart du centre peut leur accorder, leur permet souvent de voir clair l'ensemble et l'évolution des événements. De là, la vision privilégiée dont jouissent seuls les personnages vivant en marge. Charles est un personnage marginal, condamné à l'immobilité absolue et qui ne jouit que d'une vision horizontale au ras du sol, en faisant tourner le miroir - son troisième oeil - au-dessus de la tête. Ce qui est paradoxal,c'est que ce jeu de miroir lui confère une vision artistique - cubiste - qui lui permet de décomposer les choses et les hommes en scènes morcelées pour les remettre ensuite en mouvement. Le récit de l'évacuation des malades osseux fait remarquer, d'une manière impressionniste, que, dans un train qui roule comme s'il s'enfonçait dans la guerre, Charles regarde,comme spectateur d'un film, défiler les ombres des paysages, des arbres et des champs, projetées successivement dans un rectangle du lumière. Cette vision panoramique dont Charles jouit maintenant nous inviterait à lire ce roman bigarré avec les techniques cinématographiques du montage. Ainsi,jouant le rôle symbolique dans la représentation et la textualisation du monde kaléidoscopique du Sursis, Charles apparaît comme un personnage le plus esthétique dans les oeuvres littéraires de Sartre. Au cours de la guerre d'Algérie, Sartre revient à la Seconde Guerre mondiale avec Les Séquestrés d'Altona qui montrent un ‘dialogue’ véhément entre les deux guerres. Alors que, dans l'oeuvre romanesque du Sursis,l'écriture sartrienne de la guerre représente notamment un mouvement narratif, elle se concentre surtout sur les contrastes idéologiques dans l'oeuvre théâtrale des Séquestrés d'Altona. Il faut noter également que, dans Les Séquestrés d'Altona, on assiste à un renversement paradoxal des sens que Les Chemins de la liberté attribuent à la Seconde Guerre mondiale. Tandis que Les Chemins de la liberté décrivent la guerre comme résistance et libération contre le fascisme, ennemi commun et simple, on voit une autre guerre interprétée de manière déconcertante dans Les Séquestrés d'Altona. Dans ces derniers, ce qui donne lieu à la théâtralisation des idées en conflit. c'est le surgissement de la parole d'une femme mutilée que Frantz, ancient tortionnaire devenu maintenant halluciné, évoque à la scène III de l'acte IV et qui inverse, de manière paradoxale, l'affiche “Les coupables, c'est vous",que les Alliés vainqueurs avaient placardée un peu partout en Allemagne. Et, c'est ce personnage marginal, le plus diabolique chez Sartre, qui invite Frantz, le protagoniste, à remettre en cause le Tribunal de Nuremberg dans la première scène-souvenir à la scène II du premier acte et ouvre, par la suite, une farce carnavalesque de toutes sortes de discours sur la Seconde Guerre mondiale et sur la guerre en général - des instincts animaux de l'antiquité à la menace, contemporaine, de l'apocalypse nucléaire. Les Séquestrés d'Altona permettent la rivalité et la concurrence des unités idéologiques en conflit, de même que Le Sursis le fait avec ses unités narratives. Le relativisme narratif du Sursis devient un relativisme idéologique dans Les Séquestrés d'Altona. Le jeu guerrier de la textualisation du Sursis et des Séquestrés d'Altona fait penser à la forme carnavalesque de Mikhaïl Bakhtine. Les caractéristiques des deux ouvrages - deux sommets opposés et complémentaires de l'écriture sartrienne de la guerre - résident avant tout dans ce que les personnages marginaux -Charles avec sa vision privilégiée de compensation et la femme mutilée avec son discours clair de compensation - constituent un principe de la mise en texte en tant que régisseur de distribution pour les matériaux, réspectivement sur le plan narratif et sur le plan idéologique.
Abstract
Cette étude a pour but d'analyser la fonction exceptionnelle des personnages marginaux dans l'écriture sartrienne de la guerre. Nous examinerons surtout celle de Charles, l'allongé, sur le plan narratif dans l'oeuvre romanesque du Sursis et celle d'une femme mutilée, sur le plan idéologique dans l'oeuvre théâtrale des Séquestrés d'Altona, ces deux ouvrages traitant de la Seconde Guerre mondiale respectivement ‘en devenir’et en tant que ‘passé'. L'entreprise d'écrire la guerre connaît des rapports complexes, voire contradictoires, avec le roman historique en général. Qu'il le veuille ou non, le romancier historique fait entrer dans son texte la pseudo-reconnaissance des références extratextuelles déjà reconnues,analysées et synthétisées. Les circonstances apparaissent toutes différentes,quand l'écriture se réalise à l'époque des événements qu'elle relate et, par conséquent, sans assez d'écart temporel pour permettre au romancier,comme Sartre dans Le Sursis, aucune perspective généralisante. Le problème que la guerre soulève dans Le Sursis est entre autres celui des restrictions de champ et de la fictionnalisation ‘immédiate’. La ‘focalisation interne multiple’ introduit la fragmentation des unités narratives et leur transmigration, qui conduisent, à leur tour, à l'équivalence relative des points de vue et des personnages. Il faut noter également que la guerre provoque de manière extraordinaire le problème de la marginalité. A la façon d'un désastre naturel, la catastrophe artificielle de la guerre commence par porter ses premiers coups aux marginaux. Le regard objectif, que l'écart du centre peut leur accorder, leur permet souvent de voir clair l'ensemble et l'évolution des événements. De là, la vision privilégiée dont jouissent seuls les personnages vivant en marge. Charles est un personnage marginal, condamné à l'immobilité absolue et qui ne jouit que d'une vision horizontale au ras du sol, en faisant tourner le miroir - son troisième oeil - au-dessus de la tête. Ce qui est paradoxal,c'est que ce jeu de miroir lui confère une vision artistique - cubiste - qui lui permet de décomposer les choses et les hommes en scènes morcelées pour les remettre ensuite en mouvement. Le récit de l'évacuation des malades osseux fait remarquer, d'une manière impressionniste, que, dans un train qui roule comme s'il s'enfonçait dans la guerre, Charles regarde,comme spectateur d'un film, défiler les ombres des paysages, des arbres et des champs, projetées successivement dans un rectangle du lumière. Cette vision panoramique dont Charles jouit maintenant nous inviterait à lire ce roman bigarré avec les techniques cinématographiques du montage. Ainsi,jouant le rôle symbolique dans la représentation et la textualisation du monde kaléidoscopique du Sursis, Charles apparaît comme un personnage le plus esthétique dans les oeuvres littéraires de Sartre. Au cours de la guerre d'Algérie, Sartre revient à la Seconde Guerre mondiale avec Les Séquestrés d'Altona qui montrent un ‘dialogue’ véhément entre les deux guerres. Alors que, dans l'oeuvre romanesque du Sursis,l'écriture sartrienne de la guerre représente notamment un mouvement narratif, elle se concentre surtout sur les contrastes idéologiques dans l'oeuvre théâtrale des Séquestrés d'Altona. Il faut noter également que, dans Les Séquestrés d'Altona, on assiste à un renversement paradoxal des sens que Les Chemins de la liberté attribuent à la Seconde Guerre mondiale. Tandis que Les Chemins de la liberté décrivent la guerre comme résistance et libération contre le fascisme, ennemi commun et simple, on voit une autre guerre interprétée de manière déconcertante dans Les Séquestrés d'Altona. Dans ces derniers, ce qui donne lieu à la théâtralisation des idées en conflit. c'est le surgissement de la parole d'une femme mutilée que Frantz, ancient tortionnaire devenu maintenant halluciné, évoque à la scène III de l'acte IV et qui inverse, de manière paradoxale, l'affiche “Les coupables, c'est vous",que les Alliés vainqueurs avaient placardée un peu partout en Allemagne. Et, c'est ce personnage marginal, le plus diabolique chez Sartre, qui invite Frantz, le protagoniste, à remettre en cause le Tribunal de Nuremberg dans la première scène-souvenir à la scène II du premier acte et ouvre, par la suite, une farce carnavalesque de toutes sortes de discours sur la Seconde Guerre mondiale et sur la guerre en général - des instincts animaux de l'antiquité à la menace, contemporaine, de l'apocalypse nucléaire. Les Séquestrés d'Altona permettent la rivalité et la concurrence des unités idéologiques en conflit, de même que Le Sursis le fait avec ses unités narratives. Le relativisme narratif du Sursis devient un relativisme idéologique dans Les Séquestrés d'Altona. Le jeu guerrier de la textualisation du Sursis et des Séquestrés d'Altona fait penser à la forme carnavalesque de Mikhaïl Bakhtine. Les caractéristiques des deux ouvrages - deux sommets opposés et complémentaires de l'écriture sartrienne de la guerre - résident avant tout dans ce que les personnages marginaux -Charles avec sa vision privilégiée de compensation et la femme mutilée avec son discours clair de compensation - constituent un principe de la mise en texte en tant que régisseur de distribution pour les matériaux, réspectivement sur le plan narratif et sur le plan idéologique.
참고문헌 (25)
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- BAKHTINE, Mikhaïl, "Esthétique et théorie du roman" (1978), Gallimard
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- 조영훈, "사르트르의 전쟁의 글쓰기와 미학 -『자유의 길』과『알토나의 유폐자』를 중심으로-", 프랑스학연구, (56), pp.123~154 (2011), 프랑스학회
