Dialoguer avec Pascal, dialoguer selon Pascal
Dialogue with Pascal, dialogue according to Pascal
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초록
Que notre époque puisse encore dialoguer avec Pascal, une preuve suffisante en est le prestige dont continue à bénéficier l’auteur des Pensées. L’intérêt pour toute son œuvre ne se dément pas, malgré le passage des années et le changement des temps. D’où vient cette présence persistante ? Faut-il s’en étonner ? Pascal n’est pas à proprement parler une personnalité avenante. Il ne suscite pas (et ne souhaite d’ailleurs pas susciter) l’affection. Si l’admiration pour son génie s’est manifestée dès l’origine, on sent aussi chez ses contemporains – chez un Pierre Nicole par exemple – une certaine forme d’irritation devant l’évidence de sa supériorité. Plutôt que de s’enfoncer dans des considérations psychologiques oiseuses et toujours subjectives, l’hypothèse est ici faite que la puissance de Pascal, et sa permanence dans les esprits, tiennent pour une bonne part à sa conception du dialogue. On peut lire en effet dans les Pensées un idéal de l’échange, du débat, de la confrontation. Le choc des opinions, l’affrontement des convictions, y est mis en pratique, mais aussi théorisé. Pascal ne se contente pas de concevoir un discours apte à ébranler son interlocuteur et à dissiper ses préjugés sur la religion, il s’interroge encore sur les caractéristiques d’un échange intellectuel fécond, sur les qualités qu’il implique de la part de chacun des interlocuteurs. Le XVIIe siècle a élevé au plus haut rang la pratique de la conversation – cet art où brille souverainement l’honnête homme. Pascal hérite sans doute de toute cette réflexion et de cet idéal mondain. Mais son dessein dépasse de beaucoup l’agrément de la sociabilité. Ce géomètre, soucieux de convaincre et de persuader, a médité mieux que tout autre les conditions d’un authentique dialogue. Une telle science relève certes de la rhétorique, mais dans le cas de Pascal, elle s’élève à des considérations plus essentielles sur la capacité d’un homme à entrer en communication avec son semblable. Prise dans toute sa radicalité, la question est considérable. Dialoguer avec Pascal, c’est donc aussi dialoguer selon les principes de Pascal – des principes que l’on tente ici d’énumérer et de caractériser.
Abstract
Que notre époque puisse encore dialoguer avec Pascal, une preuve suffisante en est le prestige dont continue à bénéficier l’auteur des Pensées. L’intérêt pour toute son œuvre ne se dément pas, malgré le passage des années et le changement des temps. D’où vient cette présence persistante ? Faut-il s’en étonner ? Pascal n’est pas à proprement parler une personnalité avenante. Il ne suscite pas (et ne souhaite d’ailleurs pas susciter) l’affection. Si l’admiration pour son génie s’est manifestée dès l’origine, on sent aussi chez ses contemporains – chez un Pierre Nicole par exemple – une certaine forme d’irritation devant l’évidence de sa supériorité. Plutôt que de s’enfoncer dans des considérations psychologiques oiseuses et toujours subjectives, l’hypothèse est ici faite que la puissance de Pascal, et sa permanence dans les esprits, tiennent pour une bonne part à sa conception du dialogue. On peut lire en effet dans les Pensées un idéal de l’échange, du débat, de la confrontation. Le choc des opinions, l’affrontement des convictions, y est mis en pratique, mais aussi théorisé. Pascal ne se contente pas de concevoir un discours apte à ébranler son interlocuteur et à dissiper ses préjugés sur la religion, il s’interroge encore sur les caractéristiques d’un échange intellectuel fécond, sur les qualités qu’il implique de la part de chacun des interlocuteurs. Le XVIIe siècle a élevé au plus haut rang la pratique de la conversation – cet art où brille souverainement l’honnête homme. Pascal hérite sans doute de toute cette réflexion et de cet idéal mondain. Mais son dessein dépasse de beaucoup l’agrément de la sociabilité. Ce géomètre, soucieux de convaincre et de persuader, a médité mieux que tout autre les conditions d’un authentique dialogue. Une telle science relève certes de la rhétorique, mais dans le cas de Pascal, elle s’élève à des considérations plus essentielles sur la capacité d’un homme à entrer en communication avec son semblable. Prise dans toute sa radicalité, la question est considérable. Dialoguer avec Pascal, c’est donc aussi dialoguer selon les principes de Pascal – des principes que l’on tente ici d’énumérer et de caractériser.
참고문헌 (11)
- Vie de M. Pascal, "1ère version", ~
- P. Nicole, "Essais de Morale, t.VIII", pp.243~
- Furetière, "Dictionnaire universel"
- P. Nicole, "De l’Éducation d’un Prince", pp.28~
- Voir P. Nicole, "Des moyens de conserver la paix avec les hommes I", pp.9~
- Pierre Nicole, "Traité de la grâce générale"
- La Bruyère, "Les Caractères, Des esprits fort"
- "De l’art de persuader", pp.9~
- "Fragment d’une lettre de Pascal à M. et Mme Périer, vers le printemps 1657 (je souligne)", ~
- "Plutarque a écrit plusieurs Livres des propos de table. Ils tinrent plusieurs devis et menus propos. On lui a jeté quelque propos de mariage, quelque propos d'accommodement, pour dire, quelques paroles", Voir l’article du dictionnaire de Furetière, ~
- Georges Bernanos, "Les Enfants humiliés – journal 1939-40", pp.818~
