셀린 : 머리 없는 주체의 글쓰기
Céline : écriture en tant que céphalophorie
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초록
Deux caractéristiques, apparemment conflictuelles, chez Céline suscitent la perplexité de ses lecteurs et les conduisent à s’interroger : comment un grand écrivain, un “styliste” dans l’acception la plus élevée du mot, peut être aussi un ordure politique vociférant des discours antisémites d’un degré de violence et d’ignominie peu commun ? Doit-on traiter de la question de l’esthétique à part, en la séparant de celle de la politique ? À tout considérer, il n’y a pourtant pas de contradiction ni de rupture entre l’évolution du style et celle des idées politiques de Céline. Ces dernières sont profondément enracinées dans le trauma primaire de la mort ressenti par le visionnaire, trauma qui s’exprime continuellement par la perte de la tête et toutes ses variations thématiques : décapitation, cauchemar de la tête/ventre, misère du gastéropode, etc. Loin de lui constituer une position sacerdotale au sein des institutions littéraires, politiques ou autres, les pamphlets tuent socialement et symboliquement leur auteur ; Céline ne meurt cependant pas, il devient intempestif. Sans tête, il fuit, avec quelques notes qui ne peuvent venir autrement que par la chute, à travers la ruine. Le visionnaire se voit désormais obligé de faire glisser, de soutirer subrepticement ses “opinions” dans l’orbe littéraire, comme s’il s’était incarcéré lui-même, et de les convertir en investissements purement artistiques. L’art pour naître ou pour se penser nécessite une certaine élimination au seuil de soi-même. La mort ou l’imagination eschatologique se transforment en condition, principe et inspiration ultime de la création. Et le style en effort agonistique, en résistance ou restance, pour reprendre le terme derridien. L’intensité et le dynamisme du style, le “style émotif”, permettent à l’artiste décapité, gastéropode, de ramasser sa tête, de faire encore quelques pas vers une fin désignée et décidée par lui-même. À l’instar de saint Denis céphalophore ou de Dionysos jongleur du temps. Le style trace un espace littéraire en réalisant un équilibre critique mais rythmique entre deux chutes, entre les mains qui tiennent la tête coupée et le vide au-dessus du corps qui marche en titubant. Céline chasse ainsi la mélancolie, échappe aux poursuites de ses ennemis réels ou imaginaires en s’abritant dans un territoire dont l’essentiel réside dans le dé-part.
Abstract
Deux caractéristiques, apparemment conflictuelles, chez Céline suscitent la perplexité de ses lecteurs et les conduisent à s’interroger : comment un grand écrivain, un “styliste” dans l’acception la plus élevée du mot, peut être aussi un ordure politique vociférant des discours antisémites d’un degré de violence et d’ignominie peu commun ? Doit-on traiter de la question de l’esthétique à part, en la séparant de celle de la politique ? À tout considérer, il n’y a pourtant pas de contradiction ni de rupture entre l’évolution du style et celle des idées politiques de Céline. Ces dernières sont profondément enracinées dans le trauma primaire de la mort ressenti par le visionnaire, trauma qui s’exprime continuellement par la perte de la tête et toutes ses variations thématiques : décapitation, cauchemar de la tête/ventre, misère du gastéropode, etc. Loin de lui constituer une position sacerdotale au sein des institutions littéraires, politiques ou autres, les pamphlets tuent socialement et symboliquement leur auteur ; Céline ne meurt cependant pas, il devient intempestif. Sans tête, il fuit, avec quelques notes qui ne peuvent venir autrement que par la chute, à travers la ruine. Le visionnaire se voit désormais obligé de faire glisser, de soutirer subrepticement ses “opinions” dans l’orbe littéraire, comme s’il s’était incarcéré lui-même, et de les convertir en investissements purement artistiques. L’art pour naître ou pour se penser nécessite une certaine élimination au seuil de soi-même. La mort ou l’imagination eschatologique se transforment en condition, principe et inspiration ultime de la création. Et le style en effort agonistique, en résistance ou restance, pour reprendre le terme derridien. L’intensité et le dynamisme du style, le “style émotif”, permettent à l’artiste décapité, gastéropode, de ramasser sa tête, de faire encore quelques pas vers une fin désignée et décidée par lui-même. À l’instar de saint Denis céphalophore ou de Dionysos jongleur du temps. Le style trace un espace littéraire en réalisant un équilibre critique mais rythmique entre deux chutes, entre les mains qui tiennent la tête coupée et le vide au-dessus du corps qui marche en titubant. Céline chasse ainsi la mélancolie, échappe aux poursuites de ses ennemis réels ou imaginaires en s’abritant dans un territoire dont l’essentiel réside dans le dé-part.
참고문헌 (22)
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