셀린의 글쓰기를 통해서 본 주체와 저항의 문제
Sujet et Résistance dans l'écriture de Céline
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En nous appuyant sur le mot résistance, nous avons affaire à l'essentiel de Céline. Il résiste. Céline veut dénoncer tous les problèmes du temps, mais ceux-ci convergent, d'après lui, à la “Vérité” unique et ultime du monde, la Mort. Par là, le dénonciateur se révèle plutôt visionnaire, dénonciation en tant qu'un voyage imaginaire partant, yeux fermés, pour l'autre côté de la vie. L'imagination même, d'après lui, appartient à la force et à l'effort pour se détacher de la masse des hommes, eux qui sont à la fois serviles et méchants, dociles et meurtriers. Comment devenir “mineur”? Sinon, comment éviter aux hommes la mort, puisqu'en masse, ces "mystiques […] dont il faut se méfier" se précipitent, avec l'“impatience amoureuse à peu près irréstible, unanime”, vers les guerres ou meurtres, vers le néant? Voilà la question cruciale. Céline s'oppose aux institutions-dompteurs et à l'instinct meurtrier des hommes pour la cause de la vrai vie, en moyen de son fameux style ou “métro émotif”. Il s'agit donc tant d'affrontement au Sujet et à la bête humaine, que d'attaque au Verbe, et aussi d'une grande mêlée qu'il mène avec soi-même au sein du délire et des visions. La résistance se lie étroitement à la production de l'affect et aux intensités d'une langue éclatant sur sa limite; à la multiplication des vies mineures et excavatrices ou celle des mouvements rhizomiques des déserteurs. Elle consiste à se tracer un terrain en effaçant les pistes, en sortant des sillons. Le début de Mort à crédit fait un bon exemple. Dans la tempête de la nuit où tout est emporté à travers les tourbillons du temps, et où les “lettres(les faire-part de décès)” s'envoient dorénavant en un éparpillement sans destination ni origine, donc à tous, la honte du sujet residuaire, larvaire, critique, voire schizo, fait un point du départ des histoires innocentes parce qu'elles se racontent surtout pour remplacer la haine, et arrivent littéralement au lieu d'elle ; de même que le délire s'acquiert, à titre de “petite santé” de l'écrivain, une puissance de création ou de libération de la Vie, cet animal que l'Homme étouffe pour la (re)production innombrable des sujets œdipiens. L'abject et la honte (de disparaître, de s'avillir en une bête, de survivre comme un individu sans particulier dans la masse, ou de rester là après Auschwitz pour témoigner des derniers jours du gouvernement de Vichy etc.) sauvent. Même la Mort. Car celle-ci, atroce, pervertie et injuste lorsqu'elle vient des mains des hommes, donnera lieu en revanche dans l'écriture, dans cet espace résistance où le style travaille à sa “petite musique”, à son “arrêt”, ou mieux à sa réalisation selon sa propre loi. Il est question ici de l'arrêt de mort en tant qu'événement, dont la venue se diffère éternellement dans son appel même et qui pourtant n'advient sans cesse que de cette manière le plus profondément eschatologique d'une attente. Céline, en écrivant, attend donc : que par la seule et propre loi de la Mort vienne une fin juste, paisible et pure; que l'accueil de la “Dame”, si l'on reprend son expression assez mystique, se promette enfin en ce Visage exempté de “visagéité” et d'hostilité, et immaculé comme le bleu du ciel. Tout ce qui constitue l'enjeu ultime de la résistance célinienne.
Abstract
En nous appuyant sur le mot résistance, nous avons affaire à l'essentiel de Céline. Il résiste. Céline veut dénoncer tous les problèmes du temps, mais ceux-ci convergent, d'après lui, à la “Vérité” unique et ultime du monde, la Mort. Par là, le dénonciateur se révèle plutôt visionnaire, dénonciation en tant qu'un voyage imaginaire partant, yeux fermés, pour l'autre côté de la vie. L'imagination même, d'après lui, appartient à la force et à l'effort pour se détacher de la masse des hommes, eux qui sont à la fois serviles et méchants, dociles et meurtriers. Comment devenir “mineur”? Sinon, comment éviter aux hommes la mort, puisqu'en masse, ces "mystiques […] dont il faut se méfier" se précipitent, avec l'“impatience amoureuse à peu près irréstible, unanime”, vers les guerres ou meurtres, vers le néant? Voilà la question cruciale. Céline s'oppose aux institutions-dompteurs et à l'instinct meurtrier des hommes pour la cause de la vrai vie, en moyen de son fameux style ou “métro émotif”. Il s'agit donc tant d'affrontement au Sujet et à la bête humaine, que d'attaque au Verbe, et aussi d'une grande mêlée qu'il mène avec soi-même au sein du délire et des visions. La résistance se lie étroitement à la production de l'affect et aux intensités d'une langue éclatant sur sa limite; à la multiplication des vies mineures et excavatrices ou celle des mouvements rhizomiques des déserteurs. Elle consiste à se tracer un terrain en effaçant les pistes, en sortant des sillons. Le début de Mort à crédit fait un bon exemple. Dans la tempête de la nuit où tout est emporté à travers les tourbillons du temps, et où les “lettres(les faire-part de décès)” s'envoient dorénavant en un éparpillement sans destination ni origine, donc à tous, la honte du sujet residuaire, larvaire, critique, voire schizo, fait un point du départ des histoires innocentes parce qu'elles se racontent surtout pour remplacer la haine, et arrivent littéralement au lieu d'elle ; de même que le délire s'acquiert, à titre de “petite santé” de l'écrivain, une puissance de création ou de libération de la Vie, cet animal que l'Homme étouffe pour la (re)production innombrable des sujets œdipiens. L'abject et la honte (de disparaître, de s'avillir en une bête, de survivre comme un individu sans particulier dans la masse, ou de rester là après Auschwitz pour témoigner des derniers jours du gouvernement de Vichy etc.) sauvent. Même la Mort. Car celle-ci, atroce, pervertie et injuste lorsqu'elle vient des mains des hommes, donnera lieu en revanche dans l'écriture, dans cet espace résistance où le style travaille à sa “petite musique”, à son “arrêt”, ou mieux à sa réalisation selon sa propre loi. Il est question ici de l'arrêt de mort en tant qu'événement, dont la venue se diffère éternellement dans son appel même et qui pourtant n'advient sans cesse que de cette manière le plus profondément eschatologique d'une attente. Céline, en écrivant, attend donc : que par la seule et propre loi de la Mort vienne une fin juste, paisible et pure; que l'accueil de la “Dame”, si l'on reprend son expression assez mystique, se promette enfin en ce Visage exempté de “visagéité” et d'hostilité, et immaculé comme le bleu du ciel. Tout ce qui constitue l'enjeu ultime de la résistance célinienne.
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