본문 바로가기
KERD
논문KCI 등재

루소의 나르시스와 피그말리온 신화

Les mythes de Narcisse et de Pygmalion chez Rousseau

0

조회

0

다운로드

2

인용

0

참고문헌

키워드

초록

Rousseau est l’auteur du Discours sur les sciences et les arts. Il y fait une sévère critique de la délicatesse du goût et la molesse des moeurs, selon lui, issues du progrès des sciences et des arts. Il s’applique toutefois à la fiction. Sa comédie Narcisse et sa scène lyrique Pygmalion dont les thèmes sont tirés des Métamorphoses d’Ovide constituent le début et la fin de ses ouvrages fictifs. Comment expliquer cette attitude contradictoire : Rousseau fait profession de refuser toute littérature et, en même temps, il s’y livre sans réserve ? Rousseau a conscience, en effet, d’être acculé par ses adversaires et de démentir son principe avancé par lui-même dans son premier Discours. Il est donc obligé de renier continuellement les fruits de son ancienne passion, la littérature. Le reniement rousseauiste de la littérature n’en exclut pas pourtant sa fascination depuis sa jeunesse. Critique austère de la civilisation contemporaine dont les mœurs sont irréversiblement corrompues, il cherche refuge dans la solitude, il pense y trouver des êtres parfaits - vertueux et beaux. Dans son ivresse de l’univers fictif et chimérique, il accepte enfin le désaccord entre son principe et son désir de la littérature. Narcisse et Pygmalion montrent donc son ambition littéraire qui lui permet d’être reconnu par les gens de lettres et d’être aimé du public. Là, il trouve un « supplément » par lequel son désir d’être aimé, toujours inaccessible à lui dans le réel, sera réalisé et complété dans son imagination. Narcisse, se trompant sur son portrait travesti en parures féminines, tombe amoureux de lui-même et Pygmalion, s’enivrant de la beauté absolue d’une statue en marbre, Galathée, qu’il réalise, s’en éprend. Les deux personnages ovidiens sont tous les deux des Narcisses dont le désir d’amour n’est pas axé sur le réel mais renvoie à leurs propres images. Il est donc naturel que Rousseau s’intéresse aux héros d’Ovide et les adapte à sa façon, lorsque le solitaire débrayé du monde réel poursuit les êtres fictifs, fruits de son imagination. Mais Narcisse et Pygmalion, adaptés par Rousseau, ne sont pas une identification aux mythes ovidiens. Dans Narcisse, le héros de Rousseau accepte la correction de ses défauts et guérit. Dans Pygmalion, le sculpteur, découragé parce qu’il ne peut injecter l’âme en sa créature, tente d’étendre et de déployer sa conscience avec une passion impétueuse et avec un enthousiasme inouï jusqu’à ce que la matière marbrière prenne vie, puis conscience de soi. Rousseau, critique de lui-même et créateur d’un être idéal et parfait, révèle sans cesse son envie et son besoin de demeurer ailleurs que dans la réalité. Chez Rousseau, un nouveau monde rêvé dans son imagination apparaît sous forme de fiction, mais ce monde imaginé par l’austère citoyen de Genève fait pendant au monde des moeurs pures et innocentes recommandé dans ses ouvrages théoriques et politiques : c’est pourquoi Rousseau regarde comme injuste son incohérence lorsqu’on évoque la dénégation de sa littérature s’opposant à sa création littéraire. Cependant, après Pygmalion, son dernier ouvrage fictif, la méconnaissance totale de sa valeur dans le public l’amènera à écrire un ouvrage autobiographique jusqu’à la fin de sa vie afin de rétablir les faits et de dissiper les malentendus.

Abstract

Rousseau est l’auteur du Discours sur les sciences et les arts. Il y fait une sévère critique de la délicatesse du goût et la molesse des moeurs, selon lui, issues du progrès des sciences et des arts. Il s’applique toutefois à la fiction. Sa comédie Narcisse et sa scène lyrique Pygmalion dont les thèmes sont tirés des Métamorphoses d’Ovide constituent le début et la fin de ses ouvrages fictifs. Comment expliquer cette attitude contradictoire : Rousseau fait profession de refuser toute littérature et, en même temps, il s’y livre sans réserve ? Rousseau a conscience, en effet, d’être acculé par ses adversaires et de démentir son principe avancé par lui-même dans son premier Discours. Il est donc obligé de renier continuellement les fruits de son ancienne passion, la littérature. Le reniement rousseauiste de la littérature n’en exclut pas pourtant sa fascination depuis sa jeunesse. Critique austère de la civilisation contemporaine dont les mœurs sont irréversiblement corrompues, il cherche refuge dans la solitude, il pense y trouver des êtres parfaits - vertueux et beaux. Dans son ivresse de l’univers fictif et chimérique, il accepte enfin le désaccord entre son principe et son désir de la littérature. Narcisse et Pygmalion montrent donc son ambition littéraire qui lui permet d’être reconnu par les gens de lettres et d’être aimé du public. Là, il trouve un « supplément » par lequel son désir d’être aimé, toujours inaccessible à lui dans le réel, sera réalisé et complété dans son imagination. Narcisse, se trompant sur son portrait travesti en parures féminines, tombe amoureux de lui-même et Pygmalion, s’enivrant de la beauté absolue d’une statue en marbre, Galathée, qu’il réalise, s’en éprend. Les deux personnages ovidiens sont tous les deux des Narcisses dont le désir d’amour n’est pas axé sur le réel mais renvoie à leurs propres images. Il est donc naturel que Rousseau s’intéresse aux héros d’Ovide et les adapte à sa façon, lorsque le solitaire débrayé du monde réel poursuit les êtres fictifs, fruits de son imagination. Mais Narcisse et Pygmalion, adaptés par Rousseau, ne sont pas une identification aux mythes ovidiens. Dans Narcisse, le héros de Rousseau accepte la correction de ses défauts et guérit. Dans Pygmalion, le sculpteur, découragé parce qu’il ne peut injecter l’âme en sa créature, tente d’étendre et de déployer sa conscience avec une passion impétueuse et avec un enthousiasme inouï jusqu’à ce que la matière marbrière prenne vie, puis conscience de soi. Rousseau, critique de lui-même et créateur d’un être idéal et parfait, révèle sans cesse son envie et son besoin de demeurer ailleurs que dans la réalité. Chez Rousseau, un nouveau monde rêvé dans son imagination apparaît sous forme de fiction, mais ce monde imaginé par l’austère citoyen de Genève fait pendant au monde des moeurs pures et innocentes recommandé dans ses ouvrages théoriques et politiques : c’est pourquoi Rousseau regarde comme injuste son incohérence lorsqu’on évoque la dénégation de sa littérature s’opposant à sa création littéraire. Cependant, après Pygmalion, son dernier ouvrage fictif, la méconnaissance totale de sa valeur dans le public l’amènera à écrire un ouvrage autobiographique jusqu’à la fin de sa vie afin de rétablir les faits et de dissiper les malentendus.

참고문헌 (27)

  1. Agamben, Giorgio, "Stanze" (1998), Rivages Poche
  2. Bachaumont, Louis Petit, "Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des Lettres en France, t. VIII", John Adamson
  3. Benrekassa, Georges, "Le concentrique et l’excentrique : Marges des Lumières" (1980), Payot
  4. Burgelin, Pierre, "La Philosophie de l’existence de J.-J. Rousseau" (1973), Vrin
  5. Cernuschi, Alain, "Vitam Impendere Vero. Hommage à Raymond Trousson et Frédéric S. Eigeldinger", pp.37~47 (2012), Skatkine et Honoré Champion
  6. Clément, Pierre-Paul, "Jean-Jacques Rousseau. De l’éros coupable à l’éros glorieux" (1998), Slatkine
  7. Coulet, Henri, "Pygmalion des Lumières" (1998), Desjonquères
  8. Crogiez, Michèle, "Rousseau et le paradoxe" (1997), Honoré Champion
  9. Eigeldinger, Marc, "Jean-Jacques Rousseau et la réalité de l’imaginaire" (1962), La Bacconière
  10. Gaillard, Aurélia, "Le Corps des statues. Le vivant et son simulacre à l’âge classique (de Descartes à Diderot)" (2003), Honoré Champion
  11. Geisler-Szmulewicz, Anne, "Le Mythe de Pygmalion au XIXe siècle. Pour une approche de la coalescence des mythes" (1999), Honoré Champion
  12. Istel, Edgar, "Jean-Jacques Rousseau als Komponist seiner lyrischen Scene “Pygmalion”" (1901), Druck und Verlag
  13. Ovide, "Les Métamorphoses" (1992), Gallimard
  14. Man, Paul de, "Allégories de la lecture" (1989), Galilée
  15. Pons, Amilda, "Jean-Jacques Rousseau et le théâtre" (1909), Julien
  16. Robinson, Philip, "dans Jean-Jacques Rousseau en 2012. Puisqu’enfin mon nom doit vivre" (2012), Voltaire Foundation
  17. Rousseau, "OEuvres complètes, 5vol, Bibliothèque de la Pléiade" (1959), Gallimard
  18. Rousseau, "OEuvres complètes, 24vol" (2012), Slatkine
  19. Rousseau, "Correspondance générale de J.-J. Rousseau, 20 vol" (1924)
  20. Starobinski, Jean, "L’OEil vivant" (1961), Gallimard
  21. Starobinski, Jean, "Jean-Jacques Rousseau. La Transparence et l’obstacle" (1971), Gallimard
  22. Starobinski, Jean, "Le Remède dans le mal. Critique et légitimation de l’artifice à l’âge des Lumières" (1989), Gallimard
  23. Stoichita, Victor I, "L’Effet Pygmalion. Pour une anthropologie historique des simulacres" (2008), Droz
  24. Steinberg, Sylvie, "La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution" (2001), Fayard
  25. Stiker-Métral, "Narcisse contrarié. L’amour propre dans le discours moral en France (1650-1715)" (2007), Honoré Champion
  26. Waeber, Jacqueline, "En musique dans le texte. Le mélodrame de Rousseau à Schoenberg" (2005), Van Dieren
  27. 이충훈, "단순성과 숭고: 고전주의 미학의 위기와 극복(1674-1790)", 비교문학, (62), pp.271~301 (2014), 한국비교문학회

관련 논문AI추천

이 간행물의 다른 논문 (28건)