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모디아노의 전쟁의 글쓰기와 기억의 지층학 - 『호적부』와 『어두운 상점들의 거리』를 중심으로

L’écriture de la guerre et la stratigraphie de la mémoire chez Modiano - autour de Livret de famille et de Rue des Boutiques Obscures

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Nous nous proposons d’analyser l’écriture de la guerre en tant que ‘passé’ et la stratigraphie de la mémoire dans Livret de famille et Rue des Boutiques Obscures de Patrick Modiano, ces deux oeuvres romanesques qui ont les même lieux de mémoire du Paris de l’Occupation, malgré qu’elles montrent superficiellement des attitudes radicalement opposées des personnages- narrateurs : Patrick de Livret de famille “(donnerait) tout au monde pour devenir amnésique”, tandis que, frappé d’amnésie, Guy Roland de Rue des Boutiques Obscures suit toutes les pistes possibles à la recherche de son passé perdu. Pourtant, Livret de famille et Rue des Boutiques Obscures ont les mêmes sources imaginaires du Paris de l’Occupation autour desquelles s’organisent les unités narratives, les personnages en regroupement, les éléments thématiques et les bribes de souvenirs. Sur le plan des personnages, Rue des Boutiques Obscures montre en abondance des immigrés, des apatrides, des disparus, des hommes usant d’un nom d’emprunt et de faux papiers – en un mot, des hommes de 《nulle part》 ayant “(leur) obsession d’avoir une nationalité” et l’angoisse pour l’acte de naissance et l’état civil... Et, Livret de famille, à son tour, des juifs, ces nouveaux 《nulle part》 qui “ignorent ce à quoi ils ont échappé. Après le dépôt, c’est Drancy ou Compiègne. Ensuite, les convois de déportés”. Chez Modiano, ce nouveau système personnel renforce la fragmentation des scènes-souvenirs et leurs accélérations d’alternance, d’enchaînement et d’enchâssement. Il faut souligner notamment que l’autofiction de Livret de famille permet la rivalité, la concurrence et la hiérarchie entre les souvenirs et les récits, et, surtout, entre les souvenirs eux-mêmes. On constate ici la primauté des souvenirs-hérédités, lorsque le personnage-narrateur Patrick dit : “Je n’avais que vingt ans, mais ma mémoire précédait ma naissance. J’étais sûr, par exemple, d’avoir vécu dans le Paris de l’Occupation puisque je me souvenais de certains personnages de cette époque et de détails infimes et troublants...” Le 14e chapitre de Livret de famille fait voir Patrick qui visite l’ancien appartement de la famille Modiano et entre dans son ancienne chambre dont le mur nu lui propose une lecture 《stratigraphique》 des souvenirs enfouis, dissimulés et cachés : “(Le mur nu) portait par endroits des lambeaux de toile de Jouy, vestiges des locataires qui avaient précédé mes parents et j’ai pensé que si je grattais ces lambeaux de toile de Jouy... Et comme les couches successives de papiers peints et de tissus qui recouvrent les murs, cet appartement m’évoquait des souvenirs plus lointains : les quelques années qui comptent tant pour moi, bien qu’elles aient précédé ma naissance.” Et, voilà une vertigineuse fête carnavalesque entre les souvenirs lointains de la part de ses parents et ceux proches et vécus par l’enfant Patrick, et les récits réalisés par le narrateur Patrick. Nous retrouvons de deçà de ce qu’il croyait être son premier souvenir un souvenir beaucoup plus dur, refoulé depuis longtemps, et qui a trait aux expériences de ses parents pendant l’Occupation. La stratigraphie de la mémoire chez Modiano est d’autant plus fascinante que le narrateur se perd comme dans un labyrinthe des souvenirs entremêlés, des jeux de miroirs et des spirales d’illusions.

Abstract

Nous nous proposons d’analyser l’écriture de la guerre en tant que ‘passé’ et la stratigraphie de la mémoire dans Livret de famille et Rue des Boutiques Obscures de Patrick Modiano, ces deux oeuvres romanesques qui ont les même lieux de mémoire du Paris de l’Occupation, malgré qu’elles montrent superficiellement des attitudes radicalement opposées des personnages- narrateurs : Patrick de Livret de famille “(donnerait) tout au monde pour devenir amnésique”, tandis que, frappé d’amnésie, Guy Roland de Rue des Boutiques Obscures suit toutes les pistes possibles à la recherche de son passé perdu. Pourtant, Livret de famille et Rue des Boutiques Obscures ont les mêmes sources imaginaires du Paris de l’Occupation autour desquelles s’organisent les unités narratives, les personnages en regroupement, les éléments thématiques et les bribes de souvenirs. Sur le plan des personnages, Rue des Boutiques Obscures montre en abondance des immigrés, des apatrides, des disparus, des hommes usant d’un nom d’emprunt et de faux papiers – en un mot, des hommes de 《nulle part》 ayant “(leur) obsession d’avoir une nationalité” et l’angoisse pour l’acte de naissance et l’état civil... Et, Livret de famille, à son tour, des juifs, ces nouveaux 《nulle part》 qui “ignorent ce à quoi ils ont échappé. Après le dépôt, c’est Drancy ou Compiègne. Ensuite, les convois de déportés”. Chez Modiano, ce nouveau système personnel renforce la fragmentation des scènes-souvenirs et leurs accélérations d’alternance, d’enchaînement et d’enchâssement. Il faut souligner notamment que l’autofiction de Livret de famille permet la rivalité, la concurrence et la hiérarchie entre les souvenirs et les récits, et, surtout, entre les souvenirs eux-mêmes. On constate ici la primauté des souvenirs-hérédités, lorsque le personnage-narrateur Patrick dit : “Je n’avais que vingt ans, mais ma mémoire précédait ma naissance. J’étais sûr, par exemple, d’avoir vécu dans le Paris de l’Occupation puisque je me souvenais de certains personnages de cette époque et de détails infimes et troublants...” Le 14e chapitre de Livret de famille fait voir Patrick qui visite l’ancien appartement de la famille Modiano et entre dans son ancienne chambre dont le mur nu lui propose une lecture 《stratigraphique》 des souvenirs enfouis, dissimulés et cachés : “(Le mur nu) portait par endroits des lambeaux de toile de Jouy, vestiges des locataires qui avaient précédé mes parents et j’ai pensé que si je grattais ces lambeaux de toile de Jouy... Et comme les couches successives de papiers peints et de tissus qui recouvrent les murs, cet appartement m’évoquait des souvenirs plus lointains : les quelques années qui comptent tant pour moi, bien qu’elles aient précédé ma naissance.” Et, voilà une vertigineuse fête carnavalesque entre les souvenirs lointains de la part de ses parents et ceux proches et vécus par l’enfant Patrick, et les récits réalisés par le narrateur Patrick. Nous retrouvons de deçà de ce qu’il croyait être son premier souvenir un souvenir beaucoup plus dur, refoulé depuis longtemps, et qui a trait aux expériences de ses parents pendant l’Occupation. La stratigraphie de la mémoire chez Modiano est d’autant plus fascinante que le narrateur se perd comme dans un labyrinthe des souvenirs entremêlés, des jeux de miroirs et des spirales d’illusions.

참고문헌 (14)

  1. MODIANO, Patrick, "Livret de famille" (1977), Gallimard
  2. MODIANO, Patrick, "Rue des Boutiques Obscures" (1978), Gallimard
  3. MODIANO, Patrick, "Romans" (2013), Quarto Gallimard
  4. BLANCKEMAN, Bruno, "Lire Patrick Modiano" (2014), Armand Colin
  5. CARRARD, Philippe, "Malraux ou le récit hybride, Essai sur les techniques narratives dans L’Espoir" (1976), Minard
  6. COSNARD, Denis, "Dans la peau de Patrick Modiano" (2010), Fayard
  7. CRU, Jean Norton, "Du Témoignage" (1989), Allia
  8. GENETTE, Gérard, "Figures III" (1972), Seuil
  9. GUYOT-BENDER, Martine, "De Villa Triste à Chien de printemps" (1999), Minard Lettres Modernes
  10. ROCHE, Roger-Yves (sous la direction de), "Lectures de Modiano, (Textes réunis et présentés par Roger-Yves Roche)" (2009), Cécile Defaut
  11. ROUSSO, Henry, "Le Syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours" (1990), Seuil
  12. ROUX, Baptiste, "Figures de l’Occupation dans l’oeuvre de Patrick Modiano" (1999), L’Harmattan
  13. SOULEZ, Philippe (réun. et prés.), "La Guerre et les Philosophes de la fin des années 20 aux années 50" (1992), Presses Universitaires de Vincennes
  14. 앙리 루소, "비시신드롬- 1944년부터 현재까지 프랑스는 과거를 어떻게 다루어왔는가" (2006), 휴머니스트

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