프랑스는 왜 포스트휴먼 담론을 불편해하는가 - SF 문학장(場)과 특징을 통한 고찰
Le malaise français face aux discours posthumains - Considérations à travers le champ littéraire de la SF française et ses caractéristiques
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Les discours posthumains se sont largement répandus à partir des années 1990. Les Anglo-saxons en ont quasiment le monopole avec leurs théories et leurs arguments. Par contre, en ce domaine, les intellectuels français sont presque inaudibles et invisibles; leur malaise dissimulé face à ces discours se manifeste sous forme de moquerie, de mépris ou d’angoisse. D’où vient-il ? Notre étude vise à en prendre la mesure à travers la SF française, étant donné que ce genre est un domaine privilégié du posthumain, qu’il fournit des exemples de son déploiement potentiel en stimulant l’imagination scientifique et technique. Née à la fin du 19e siècle en Europe sous l’égide de ses deux pères fondateurs, Jules Verne et Herbert George Wells, développée et transformée avec succès aux États-Unis dans la première moitié du 20e siècle, la SF a fait son retour sous forme de « genre » littéraire en France après la Seconde Guerre mondiale. Entretemps, le pays de Verne a vu la floraison du « roman merveilleux-scientifique » et du « roman d’anticipation », de style vernien, mais sans répercussions significatives sur la société. L’histoire de la SF française à partir de l’« invasion » de la SF américaine, est celle du combat pour la reconnaissance de ce genre littéraire comme tel et de la spécificité des textes et des auteurs français. Cependant la SF française n’a jamais obtenu, en France même, l’autorité et la considération dont la SF américaine jouit partout dans le monde. Cette infortune est liée au développement de la littérature en France, à l’autorité de la littérature française dans la « République mondiale des Lettres »(Pascal Casanova), qui impose son schéma directeur aux diverses formes littéraires: une fracture de plus en plus affirmée entre deux mondes, celui de la littérature des intellectuels et celui de la littérature de masse. Les tentatives de résorption de cette fracture ont beau être nombreuses, elle s’est maintenue assez fortement pour déboucher sur le concept de « paralittérature », enfermant la SF, ainsi que quelques autres genres, dans un ghetto. Contrairement à la SF américaine, qui a suivi sa voie indépendamment de la grande littérature et évité d’être réduite à une catégorie “sous” ou “para”, la SF française a été constamment contrainte, par « le jacobinisme culturel »(Gérard Klein), de se définir par rapport à la littérature de la grande tradition. D’où le caractère « littéraire » de la SF française et la critique faite aux Français de cantonner dans des frontières de sous-préfecture le domaine de la SF, quand les Américains l’élargissent au niveau cosmique. Pour ceux-ci, les valeurs de la SF ne résident pas dans le sentiment raffiné et élevé que la didactique esthétique éveille, mais dans le bouleversement de la sensibilité et l’extase provenant de la sensation de sortir des limites connues de l’humain. La « sous-préfecturation » de la SF française ne tient pas seulement à son souci d’être littéraire, mais aussi à l’imagination de clôture ou d’enfermement qui la caractérise, et lui donne une unité, de Cyrano de Bergerac aux auteurs les plus récents du genre en passant, bien sûr, par Jules Vernes. En décortiquant l’analyse du monde vernien faite par Barthes (« le monde peut tout tirer de lui-même, il n’a besoin, pour exister, de personne d’autre que l’homme ») et la formule de Pascal sur la centralité de la pensée(« Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir »), notre étude fait entrevoir l’origine de cette imagination d’enfermement: le cogito cartésien dont la métaphysique n’a aucun besoin de l’extérieur. Les discours posthumains se partagent schématiquement entre transhumanisme et posthumanisme critique, deux tendances qui ont des préoccupations et des philosophies différentes et voire opposées. Cepedant ils s’accordent généralement sur le point que l’humain à venir ne sera pas l’homme défini par l’Humanisme moderne. Si la SF est un espace privilégié du posthumain, c’est parce qu’elle ébranle souvent la frontière entre l’humain et le non-humain et qu’elle offre l’occasion de définir l’homme à travers une vision qui n’est plus humaine. Les discours posthumains sont ceux du « devenir-non-humain ». L’insuccès de la France dans le domaine de la SF et celui des discours posthumains est corrélatif de la manière de penser propre à la culture française, imprégnée du cogito cartésien et captive d’un sujet pensant trop anthropocentrique. Le « devenir », au sens deleuzien, ne s’accomplit pas par la res cogitans, c’est-à-dire la volonté de saisir la vérité et l’utilisation méthodique de la pensée, mais à travers la res extensa, c’est-à-dire l’expérience et l’expérimentation. Le jardin à la française est-il trop géométrique et trop humain pour rencontrer ce qui n’est pas humain ?
Abstract
Les discours posthumains se sont largement répandus à partir des années 1990. Les Anglo-saxons en ont quasiment le monopole avec leurs théories et leurs arguments. Par contre, en ce domaine, les intellectuels français sont presque inaudibles et invisibles; leur malaise dissimulé face à ces discours se manifeste sous forme de moquerie, de mépris ou d’angoisse. D’où vient-il ? Notre étude vise à en prendre la mesure à travers la SF française, étant donné que ce genre est un domaine privilégié du posthumain, qu’il fournit des exemples de son déploiement potentiel en stimulant l’imagination scientifique et technique. Née à la fin du 19e siècle en Europe sous l’égide de ses deux pères fondateurs, Jules Verne et Herbert George Wells, développée et transformée avec succès aux États-Unis dans la première moitié du 20e siècle, la SF a fait son retour sous forme de « genre » littéraire en France après la Seconde Guerre mondiale. Entretemps, le pays de Verne a vu la floraison du « roman merveilleux-scientifique » et du « roman d’anticipation », de style vernien, mais sans répercussions significatives sur la société. L’histoire de la SF française à partir de l’« invasion » de la SF américaine, est celle du combat pour la reconnaissance de ce genre littéraire comme tel et de la spécificité des textes et des auteurs français. Cependant la SF française n’a jamais obtenu, en France même, l’autorité et la considération dont la SF américaine jouit partout dans le monde. Cette infortune est liée au développement de la littérature en France, à l’autorité de la littérature française dans la « République mondiale des Lettres »(Pascal Casanova), qui impose son schéma directeur aux diverses formes littéraires: une fracture de plus en plus affirmée entre deux mondes, celui de la littérature des intellectuels et celui de la littérature de masse. Les tentatives de résorption de cette fracture ont beau être nombreuses, elle s’est maintenue assez fortement pour déboucher sur le concept de « paralittérature », enfermant la SF, ainsi que quelques autres genres, dans un ghetto. Contrairement à la SF américaine, qui a suivi sa voie indépendamment de la grande littérature et évité d’être réduite à une catégorie “sous” ou “para”, la SF française a été constamment contrainte, par « le jacobinisme culturel »(Gérard Klein), de se définir par rapport à la littérature de la grande tradition. D’où le caractère « littéraire » de la SF française et la critique faite aux Français de cantonner dans des frontières de sous-préfecture le domaine de la SF, quand les Américains l’élargissent au niveau cosmique. Pour ceux-ci, les valeurs de la SF ne résident pas dans le sentiment raffiné et élevé que la didactique esthétique éveille, mais dans le bouleversement de la sensibilité et l’extase provenant de la sensation de sortir des limites connues de l’humain. La « sous-préfecturation » de la SF française ne tient pas seulement à son souci d’être littéraire, mais aussi à l’imagination de clôture ou d’enfermement qui la caractérise, et lui donne une unité, de Cyrano de Bergerac aux auteurs les plus récents du genre en passant, bien sûr, par Jules Vernes. En décortiquant l’analyse du monde vernien faite par Barthes (« le monde peut tout tirer de lui-même, il n’a besoin, pour exister, de personne d’autre que l’homme ») et la formule de Pascal sur la centralité de la pensée(« Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir »), notre étude fait entrevoir l’origine de cette imagination d’enfermement: le cogito cartésien dont la métaphysique n’a aucun besoin de l’extérieur. Les discours posthumains se partagent schématiquement entre transhumanisme et posthumanisme critique, deux tendances qui ont des préoccupations et des philosophies différentes et voire opposées. Cepedant ils s’accordent généralement sur le point que l’humain à venir ne sera pas l’homme défini par l’Humanisme moderne. Si la SF est un espace privilégié du posthumain, c’est parce qu’elle ébranle souvent la frontière entre l’humain et le non-humain et qu’elle offre l’occasion de définir l’homme à travers une vision qui n’est plus humaine. Les discours posthumains sont ceux du « devenir-non-humain ». L’insuccès de la France dans le domaine de la SF et celui des discours posthumains est corrélatif de la manière de penser propre à la culture française, imprégnée du cogito cartésien et captive d’un sujet pensant trop anthropocentrique. Le « devenir », au sens deleuzien, ne s’accomplit pas par la res cogitans, c’est-à-dire la volonté de saisir la vérité et l’utilisation méthodique de la pensée, mais à travers la res extensa, c’est-à-dire l’expérience et l’expérimentation. Le jardin à la française est-il trop géométrique et trop humain pour rencontrer ce qui n’est pas humain ?
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