카뮈와 알제리
Camus et l’Algérie
0
조회
0
다운로드
5
인용
0
참고문헌
키워드
초록
Né en Algérie, Albert Camus aimait tant son pays que durant toute sa vie, il partageait sans réserve tous ses malheurs et tout son drame. Il a mené un combat difficile et acharné, tantôt solitaire, tantôt solidaire, pour la liberté et la justice des Algériens. Le jeune journaliste d’Alger-Républicain a milité pour l’émancipation politique et sociale de la population musulmane et l’éditorialiste de L’Express a réclamé haut et fort la trêve civile pour sauver la vie des innocents et pour préserver la paix dans la population civile, tout en condamnant la violence aveugle qui couvrait de haine et de sang son pays natal. Là réside sa position ferme, face à la tragédie algérienne, que nous tentons d’éclairer dans cette étude, en analysant ses écrits consacrés aux problèmes algériens, notamment «La misère en Kabylie» et les éditoriaux de L’Express. A propos de la position de Camus pendant la guerre d’Algérie, l’historien Jean-François Sirinelli a justement souligné : «L’aversion pour le terrorisme et pour la violence à l’égard des civils rendra souvent l’engagement difficile ou réticent en faveur de l’un ou l’autre des deux camps d’un conflit qui ira en se radicalisant.» En effet, Camus était à la fois contre l’indépendance de l’Agérie et contre la politique coloniale du gouvernement français, en frayant la troisième voie qui consistait à la coexistence des deux peuples sous le régime fédéral helvétique. Cette prise de position lui a coûté cher, très cher, car il a reçu des coups durs de la part des deux camps. Il se trouvait «dans le “no man’s land” entre deux armées», en essuyant «les rires et le fracas multiplié des armes». Il y a avait un certain malentendu qui persiste aujourd’hui encore et selon lequel il était aux côtés des colonialistes réclamant l’Algérie française. Pour dissiper ce malentendu, il suffira de «relire cette Misère en Kabylie qui est, avec Voyage au Congo de Gide, l’un des classiques de la tradition anticolonialiste», comme l’a bien remarqué Bernard-Henri Lévy. Et n’oublions pas qu’il était «le premier journaliste expulsé d’Algérie» pour avoir dénoncé la politique coloniale du Gouvernement général de l’Algérie. Néanmoins, on ne peut pas ne pas critiquer la position de Camus, Français d’Algérie, qui ne pouvait accepter la séparation définitive des deux peuples. On peut le comprendre sur le plan personnel, mais justement le problème d’Algérie n’était pas un problème personnel. Et d’ailleurs, pour le peuple algérien, réclamer l’indépendance de l’Algérie, c’était de plein droit. Or, Camus a fait un choix contre les Algériens, en s’opposant à l’aspiration profonde de ceux-ci. On pourrait même dire que dans une certaine mesure, il a manqué à leur justice. C’était là son erreur de jugement, ou plutôt «son drame pour lui-même», pour reprendre l’expression de l’écrivain algérien Anouar Benmalek. «Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.» Cette fameuse petite phrase, souvent déformée ou mal interprétée, que le lauréat du prix Nobel avait prononcée dans l’amphithéâtre de l’Université de Stockholm a fait couler beaucoup d’encre dans le milieu intellectuel français. Ce misérable épisode a été dû à l’oubli plus ou moins intentionnel des phrases précédentes : «J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille.» On sait bien que depuis ses Lettres à un ami allemand jusqu’à «L’appel à la trêve civile en Algérie», Camus n’a cessé de condamner le terrorisme qui sacrifie les vies humaines inutilement et d’affirmer que la justice ne s’obtient pas par la violence et que la fin ne justifie pas les moyens. C’était sa conviction constante et consistante qui n’a jamais varié tout le long de sa carrière intellectuelle. Pendant toute la période de la guerre d’Algérie, la préoccupation majeure de Camus était de sauver les vies humaines innocentes, victimes de la violence et du terrorisme aveugles, exercés par l’armée coloniale française aussi bien que par les indépendantistes algériens. Il était comme un révolutionnaire humaniste Kaliayev, personnage de sa pièce de théâtre Les Justes, qui n’a pu jeter une bombe pour ne pas sacrifier les enfants innocents. C’est pourquoi il s’est engagé, de toute sa personne, dans un combat solitaire pour obtenir «la trêve civile», et après l’échec de son appel à la trêve, il ne pouvait qu’entrer dans le silence. Dans son article justement intitulé «Albert Camus ... et l’homme», Pierre-Henri Simon disait qu’attaché à «la défense de l’humain dans l’homme», il a su poser «les jalons d’un humanisme positif». En considérant le penseur Camus comme «humaniste», Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, a dit dans son article «L’homme de conscience» : «N’est-ce pas lui qui nous aide à croire en l’humanité de l’homme en dépit de l’abîme que souvent il creuse dans le souvenir des êtres, car il y a en lui plus à célébrer qu’à dénigrer? Sa voix nous manque.» Et on se rappellera ici le plus émouvant hommage de Sartre, rendu à son ancien ami, mort à l’accident de voiture : «Son humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les événements massifs et difformes de ce temps.» Face à la tragédie algérienne, Camus était avant tout un humaniste «têtu, étroit et pur».
Abstract
Né en Algérie, Albert Camus aimait tant son pays que durant toute sa vie, il partageait sans réserve tous ses malheurs et tout son drame. Il a mené un combat difficile et acharné, tantôt solitaire, tantôt solidaire, pour la liberté et la justice des Algériens. Le jeune journaliste d’Alger-Républicain a milité pour l’émancipation politique et sociale de la population musulmane et l’éditorialiste de L’Express a réclamé haut et fort la trêve civile pour sauver la vie des innocents et pour préserver la paix dans la population civile, tout en condamnant la violence aveugle qui couvrait de haine et de sang son pays natal. Là réside sa position ferme, face à la tragédie algérienne, que nous tentons d’éclairer dans cette étude, en analysant ses écrits consacrés aux problèmes algériens, notamment «La misère en Kabylie» et les éditoriaux de L’Express. A propos de la position de Camus pendant la guerre d’Algérie, l’historien Jean-François Sirinelli a justement souligné : «L’aversion pour le terrorisme et pour la violence à l’égard des civils rendra souvent l’engagement difficile ou réticent en faveur de l’un ou l’autre des deux camps d’un conflit qui ira en se radicalisant.» En effet, Camus était à la fois contre l’indépendance de l’Agérie et contre la politique coloniale du gouvernement français, en frayant la troisième voie qui consistait à la coexistence des deux peuples sous le régime fédéral helvétique. Cette prise de position lui a coûté cher, très cher, car il a reçu des coups durs de la part des deux camps. Il se trouvait «dans le “no man’s land” entre deux armées», en essuyant «les rires et le fracas multiplié des armes». Il y a avait un certain malentendu qui persiste aujourd’hui encore et selon lequel il était aux côtés des colonialistes réclamant l’Algérie française. Pour dissiper ce malentendu, il suffira de «relire cette Misère en Kabylie qui est, avec Voyage au Congo de Gide, l’un des classiques de la tradition anticolonialiste», comme l’a bien remarqué Bernard-Henri Lévy. Et n’oublions pas qu’il était «le premier journaliste expulsé d’Algérie» pour avoir dénoncé la politique coloniale du Gouvernement général de l’Algérie. Néanmoins, on ne peut pas ne pas critiquer la position de Camus, Français d’Algérie, qui ne pouvait accepter la séparation définitive des deux peuples. On peut le comprendre sur le plan personnel, mais justement le problème d’Algérie n’était pas un problème personnel. Et d’ailleurs, pour le peuple algérien, réclamer l’indépendance de l’Algérie, c’était de plein droit. Or, Camus a fait un choix contre les Algériens, en s’opposant à l’aspiration profonde de ceux-ci. On pourrait même dire que dans une certaine mesure, il a manqué à leur justice. C’était là son erreur de jugement, ou plutôt «son drame pour lui-même», pour reprendre l’expression de l’écrivain algérien Anouar Benmalek. «Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.» Cette fameuse petite phrase, souvent déformée ou mal interprétée, que le lauréat du prix Nobel avait prononcée dans l’amphithéâtre de l’Université de Stockholm a fait couler beaucoup d’encre dans le milieu intellectuel français. Ce misérable épisode a été dû à l’oubli plus ou moins intentionnel des phrases précédentes : «J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille.» On sait bien que depuis ses Lettres à un ami allemand jusqu’à «L’appel à la trêve civile en Algérie», Camus n’a cessé de condamner le terrorisme qui sacrifie les vies humaines inutilement et d’affirmer que la justice ne s’obtient pas par la violence et que la fin ne justifie pas les moyens. C’était sa conviction constante et consistante qui n’a jamais varié tout le long de sa carrière intellectuelle. Pendant toute la période de la guerre d’Algérie, la préoccupation majeure de Camus était de sauver les vies humaines innocentes, victimes de la violence et du terrorisme aveugles, exercés par l’armée coloniale française aussi bien que par les indépendantistes algériens. Il était comme un révolutionnaire humaniste Kaliayev, personnage de sa pièce de théâtre Les Justes, qui n’a pu jeter une bombe pour ne pas sacrifier les enfants innocents. C’est pourquoi il s’est engagé, de toute sa personne, dans un combat solitaire pour obtenir «la trêve civile», et après l’échec de son appel à la trêve, il ne pouvait qu’entrer dans le silence. Dans son article justement intitulé «Albert Camus ... et l’homme», Pierre-Henri Simon disait qu’attaché à «la défense de l’humain dans l’homme», il a su poser «les jalons d’un humanisme positif». En considérant le penseur Camus comme «humaniste», Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, a dit dans son article «L’homme de conscience» : «N’est-ce pas lui qui nous aide à croire en l’humanité de l’homme en dépit de l’abîme que souvent il creuse dans le souvenir des êtres, car il y a en lui plus à célébrer qu’à dénigrer? Sa voix nous manque.» Et on se rappellera ici le plus émouvant hommage de Sartre, rendu à son ancien ami, mort à l’accident de voiture : «Son humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les événements massifs et difformes de ce temps.» Face à la tragédie algérienne, Camus était avant tout un humaniste «têtu, étroit et pur».
참고문헌 (28)
- Essais, "Bibliothèque de la Pléiade" (1984), Gallimard
- "Fragments d'un combat 1938-1940 Alger-Républicain, In Cahiers Albert Camus 3" (1978), Gallimard
- Camus à Combat, "Cahiers Albert Camus 8" (2002), Gallimard
- "Albert Camus éditorialiste à L'Express mai 1955-février 1956, In Cahiers Albert Camus 6" (1987), Gallimard
- "Actuelles III chroniques algériennes 1939-1958" (1958), Gallimard
- "Lettres à un ami allemand" (1972), Gallimard
- "Carnets III mars 1951-décembre 1959" (1989), Gallimard
- "Le Discours de Suède" (1958), Gallimard
- Akram Belkaïd, "Le temps de l’apaisement, In in Camus Le dernier des Justes, «Télérama hors-série»" (2010)
- Jean Daniel, "Le Combat pour Combat" (1964), Hachette
- Roger Grenier, "Albert Camus soleil et ombre" (1987), Gallimard
- Roger Grenier, "Confidences au fil des Carnets, In Le Magazine littéraire hors-série" (2010), janvier-février
- Bernard-Henri Lévy, "Les Aventures de la liberté" (1991), Grasset
- Herbert R. Lottman, "Albert Camus" (1978), Seuil
- Brice Parain, "Un héros de notre temps, In Hommage à Albert Camus 1913-1960" (1967), Gallimard
- Pascal Pia, "Un boulot comme un autre, In Le Magazine littéraire hors-série" (2010), janvier-février
- Charles Poncet, "L’espoir vain d’une trêve, In Le Magazine littéraire hors-série" (2010), janvier-février
- Emmanuel Roblès, "Camus et la trêve civile, In , Camus frère du soleil" (1995), Seuil
- Emmanuel Roblès, "Entretien avec Albert Camus, In Camus frère du soleil" (1995), Seuil
- Jules Roy, "La tragédie algérienne" (1964), Hachette
- Jean-Paul Sartre, "Situations II" (1975), Gallimard
- Jean-Paul Sartre, "Situations IV" (1964), Gallimard
- Pierre-Henri Simon, "Témoins de l’homme" (1966), Armand Colin
- Olivier Todd, "Albert Camus une vie" (1996), Gallimard
- Carl A. Viggiani, "Notes pour le futur biographe d’Albert Camus, In Albert Camus 1, autour de L’Etranger" (1968), Lettres modernes
- Elie Wiesel, "L’homme de conscience", Europe, numéro spécial consarcré à Camus, octobre, ~ (1999)
- La Guerre d’Algérie et les intellctuels français, sous la direction de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, "La Guerre d’Algérie et les intellctuels français, sous la direction de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli" (1991), Editions Complexe
- 유호식, "카뮈의 『알제리 연대기』와 과거 청산", 불어불문학연구, (55), pp.511~536 (2003), 한국불어불문학회
