디드로 미학에 있어서 감성의 문제
Sur la sensibilité de l’esthétique de Diderot
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초록
Le terme d’esthétique apparaît au cours du XVIIIe siècle. C’est le philosophe allemand Baumgarten qui ‘invente’ le terme en définissant l’esthétique comme une science du monde sensible de la connaissance d’un objet. On sait pourtant que pour aboutir à l’établissement de la nouvelle science autonome par Kant et Hegel, il faut passer plusieurs étapes essentielles que les contributions qui suivent vont explorer, à partir de la théorie classique de l’art du grand siècle, en passant par André, Hutcheson, Hume, Burke, Diderot, etc. Notons d’abord que sans les écrits sur l’art de Diderot, l’esthétique moderne n’aurait pas vu le jour. L’esthétique de Diderot, dont nous voulons suivre, dans cette étude, l’évolution à partir de son article de l’Encyclopédie, “Beau” jusqu’au Paradoxe sur le comédien, se situe entre le relativisme et l’objectivisme du beau. C’est en se balançant entre ces deux concepts opposés du beau qu’il construit son univers esthétique pour ouvrir le chemin vers l’esthétique moderne. D’abord, dans l’article “Beau”, Diderot examine des écrits sur le beau des auteurs comme Crousaz, Hutcheson, père André et Shaftesbury. Parmi eux, c’est Hutcheson et père André qui l’intéressent le plus : l’un comme défenseur du sens interne du beau et l’autre comme cartésien qui trouve le beau dans la régularité, l’ordre, la proportion, la symétrie. Pour combiner les deux principes de relativité et d’objectivité, Diderot propose à son tour la théorie de la perception des rapports. Malheureusement, cette tentative, qui n’avance point de contenu scientifique, ne survit pas et disparaît sans retour. Ensuite, c’est avec les Entretiens sur le Fils naturel, publiés en 1757 que l’on peut repérer le point de départ de l’esthétique de la ‘sensibilité’. Dorval incarne l’énergie naturelle qu’on institue en nouveau critère de l’art théâtral proposé par la théorie de l’enthousiasme ; et le génie, représenté par Dorval, brise les règles et les lois du goût pour créer le sublime, le pathétique, le grand. On y voit bien la différence avec l’esthétique classique. Finalement, douze ans après les Entretiens, Diderot publie le Paradoxe sur le comédien, où il déclare que “la sensibilité est la caractéristique de la bonté de l’âme et de la médiocrité du génie.” Ce texte réalise le passage de l’esthétique larmoyante du Fils naturel et du Père de famille à l’esthétique de l’insensibilité. Inspiré par Garrick et les artistes comme La Tour, le réformateur du théâtre privilège l’insensibilité, la tête froide, l’observation et le jugement comme des qualités du grand comédien. Le Paradoxe sur le comédien est considéré comme un paradoxe à beaucoup d’égards. Or, pour Yvon Belaval, auteur de l’Esthétique sans paradoxe de Diderot, ce texte ne fait qu’accentuer des idées éparses dans toute son oeuvre. Ainsi réfute-t-il l’interprétation qui voit des contradictions ou un paradoxe dans l’esthétique de Diderot. On sait bien pourquoi Yvon Belaval insiste sur la cohérence dans la pensée diderotienne. Pourtant, refuser des incohérences dans ses idées esthétiques et considérer le Paradoxe comme l’étape ultime de son esthétique, est-ce bien la meilleure façon pour comprendre son univers esthétique? Pour nous, au lieu de trancher la question, nous aimerions y voir une matière importante qui attend toujours des études plus approfondies.
Abstract
Le terme d’esthétique apparaît au cours du XVIIIe siècle. C’est le philosophe allemand Baumgarten qui ‘invente’ le terme en définissant l’esthétique comme une science du monde sensible de la connaissance d’un objet. On sait pourtant que pour aboutir à l’établissement de la nouvelle science autonome par Kant et Hegel, il faut passer plusieurs étapes essentielles que les contributions qui suivent vont explorer, à partir de la théorie classique de l’art du grand siècle, en passant par André, Hutcheson, Hume, Burke, Diderot, etc. Notons d’abord que sans les écrits sur l’art de Diderot, l’esthétique moderne n’aurait pas vu le jour. L’esthétique de Diderot, dont nous voulons suivre, dans cette étude, l’évolution à partir de son article de l’Encyclopédie, “Beau” jusqu’au Paradoxe sur le comédien, se situe entre le relativisme et l’objectivisme du beau. C’est en se balançant entre ces deux concepts opposés du beau qu’il construit son univers esthétique pour ouvrir le chemin vers l’esthétique moderne. D’abord, dans l’article “Beau”, Diderot examine des écrits sur le beau des auteurs comme Crousaz, Hutcheson, père André et Shaftesbury. Parmi eux, c’est Hutcheson et père André qui l’intéressent le plus : l’un comme défenseur du sens interne du beau et l’autre comme cartésien qui trouve le beau dans la régularité, l’ordre, la proportion, la symétrie. Pour combiner les deux principes de relativité et d’objectivité, Diderot propose à son tour la théorie de la perception des rapports. Malheureusement, cette tentative, qui n’avance point de contenu scientifique, ne survit pas et disparaît sans retour. Ensuite, c’est avec les Entretiens sur le Fils naturel, publiés en 1757 que l’on peut repérer le point de départ de l’esthétique de la ‘sensibilité’. Dorval incarne l’énergie naturelle qu’on institue en nouveau critère de l’art théâtral proposé par la théorie de l’enthousiasme ; et le génie, représenté par Dorval, brise les règles et les lois du goût pour créer le sublime, le pathétique, le grand. On y voit bien la différence avec l’esthétique classique. Finalement, douze ans après les Entretiens, Diderot publie le Paradoxe sur le comédien, où il déclare que “la sensibilité est la caractéristique de la bonté de l’âme et de la médiocrité du génie.” Ce texte réalise le passage de l’esthétique larmoyante du Fils naturel et du Père de famille à l’esthétique de l’insensibilité. Inspiré par Garrick et les artistes comme La Tour, le réformateur du théâtre privilège l’insensibilité, la tête froide, l’observation et le jugement comme des qualités du grand comédien. Le Paradoxe sur le comédien est considéré comme un paradoxe à beaucoup d’égards. Or, pour Yvon Belaval, auteur de l’Esthétique sans paradoxe de Diderot, ce texte ne fait qu’accentuer des idées éparses dans toute son oeuvre. Ainsi réfute-t-il l’interprétation qui voit des contradictions ou un paradoxe dans l’esthétique de Diderot. On sait bien pourquoi Yvon Belaval insiste sur la cohérence dans la pensée diderotienne. Pourtant, refuser des incohérences dans ses idées esthétiques et considérer le Paradoxe comme l’étape ultime de son esthétique, est-ce bien la meilleure façon pour comprendre son univers esthétique? Pour nous, au lieu de trancher la question, nous aimerions y voir une matière importante qui attend toujours des études plus approfondies.
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