보들레르: 파리의 시인에서 알레고리 시인으로 - 벤야민의 독서를 중심으로 -
Baudelaire : Du poète parisien au poète allégoriste - Autour de la lecture de Walter Benjamin -
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초록
Walter Benjamin a écrit trois textes fondamentaux sur Baudelaire :≪Le Paris du Second Empire chez Baudelaire≫, ≪Sur quelques thèmes baudelairiens≫ et ≪Fragments baudelairiens≫ (Zentralpark),réunis dans le volume Charles Baudelaire, un poète lyrique àl’apogée du capitalisme publié en France en 1982 et traduit, publiéen Corée en 2010. Des sections entières des Paris, capitale du XIXeme siècle, sa dernière oeuvre, sont consacrées à Paris. Et il est impossible de lire ce que Benjamin dit du flâneur, de la prostituée,de la marchandise et de la nouveauté, sans songer aux Fleurs du mal ou aux ≪Tableaux parisiens≫. C’est en s’interrogeant sur l’univers baudelairien que Benjamin a affiné les concepts les plus importants de sa philosophie de l’histoire. Notre étude a pour but d'interroger la relation entre l'intérêt et l'étude sur Paris de Benjamin et l'oeuvre de Baudelaire. Dans le premier chapitre, nous avons suivi les étapes de l'intérêt de Benjamin sur Paris. A origine du projet des Passages, il y a la découverte du surréalisme et celle de la ville de Paris à travers la lecture du Paysan de Paris qui s'ouvre sur la Preface à une mythologie moderne. Au début, le projet porte le sous-titre Une féerie dialectique. A l'époque des becs-de-gaz, les passages sont les palais féeriques de la flânerie, de la mode, des panoramas, etc., de tout un univers de l'enfance. L'architecture est le témoignage de la mythologie latente d'une société, et c'est de ce rêve collectif que Benjamin veut réveiller les hommes de sa génération. L'architecture, la mode, les objets d'usages, les comportements d'une époque sont des symptômes dont Benjamin déchiffre le sens objectif, comme Freud interprète le sens subjectif du rêve et du langage des individus. Du projet inachevé des Passages, restés en plus de mille pages, on peut se faire une idée d'après les deux exposés adressés à Max Horkheimer en 1935 et en 1939. Dès ces ébauches, les principaux thèmes sont en place : la révolution apportée au paysage urbain par ces galeries couvertes, les grands magasins, les panoramas, les expositions universelles, l’éclairage au gaz, la mode, la publicité, le collectionneur, la prostituée, le flâneur etc. Dans le deuxième chapitre, nous avons examiné le rapport entre l'intérêt de Benjamin sur Baudelaire et le projet des Passages. Baudelaire a accompagné Benjamin pendant toute sa vie d'écrivain :dès 1914-1915, il traduit certains poèmes des Fleurs du mal : en 1923, il publie sa traduction des Tableaux parisiens, précédée de l'essai sur la tâche du traducteur. Quatre ans plus tard, il entreprend des recherches pour les Passages parisiens, dont le Baudelaire écrit en 1938-1939 devait être “modèle en miniature” et en fait la seule partie réalisée. L’ouvrage, selon les lettres que Benjamin adressé àHorkheimer, devait comporter trois parties : la première décrivait Baudelaire comme poète allégorique, la troisième analysait la marchandise comme “objet poétique”. Quant à la seconde, la seule qui fut rédigée, elle devait, par opposition à la première, aborder “l’interprétation du poète du point de vue de la critique sociale”. Cette étude, intitulé ≪Le Paris du Second Empire chez Baudelaire≫,se compose en fait de trois chapitres consacrés à la bohème, au flâneur et à la modernité. Postulant une affinité profonde entre la bohème de l’époque de Baudelaire et les conspirateurs, Benjamin s’attache à dégager un certain style politique, propre au Second Empire. L’analyse du thème du flâneur, plus directement en rapport avec le thème des passages, évoque le goût de l’époque pour les “physionomies”et les panoramas de Daguerre. La passion de Baudelaire pour Paris,pour la grande ville, est inséparable de la construction des trottoirs par Haussmann et de la naissance des passages. La rue devient un intérieur. L’homme se perd dans la foule et, de manière très ingénieuse, Benjamin rattache à ce thème la naissance du roman policier et la passion de Baudelaire pour Edgar Poe. Le chapitre consacré à la modernité s’attache plus spécifiquement à la conception baudelairienne de l’artiste. La création artistique est un acte d’héroïsme et Baudelaire lui-même se compare à un escrimeur. Sa passion pour l’observation semble l’éloigner du flâneur et de sa distraction. Sa vision de la modernité—époque triomphante et éphémère —est pourtant d’une rare ambiguïté, car peu d’hommes furent autant fascinépar l’antiquité. Ce Paris bouleversé par les travaux d’Haussmann, il l’imagine déjà en ruine. Et tout en célébrant la modernité il rêve qu’on puisse la contempler, un jour, comme une époque passée, si toutefois elle est digne d’entrer dans l’histoire. Dans le troisième chapitre, nous avons distingué deux conceptions poétiques, correspondances (symbole) et allégorie. En 1946, six ans seulement après la mort de Benjamin, Sartre publie son Baudelaire. Ce qui sépare Benjamin et Sartre, c'est l'importance que le premier accorde aux Tableaux parisiens, à leur caractère novateur et prophétique, à la forme allégorique. L'analyse de Sartre reste traditionnelle en plaçant au centre de l'oeuvre de Baudelaire, le thème des correspondances. Benjamin cherche à résoudre le problème de la tension chez Baudelaire entre l'allégorie et les correspondances. Selon la formule de Michel Deguy, “le mystère du comme” fait du sonnet «Correspondances»une véritable machine à comparer. La mise en commun des sensations y est célébrée comme un effet du “comme”. La rhétorique des corresponcances ouvre à une pensée de l'unité fondée sur la réconciliation des contraires. Par contre, l'allégorie consiste àtransformer une réalité du monde concret en un emblème du monde abstrait. Ainsi, dans le poème ≪Le Cygne≫, l'oiseau, cherchant vainement l'eau sur le pavé sec de Paris, personnifie-t-il la douleur d'être privé de l'objet du désir. L'allégorie dit ici le manque qui fait la mélancolie. Dans le dernier chapitre, nous avons analysé le désaccord et la dissonance exprimés dans le Spleen de Paris. Dans le dédicace faite en 1862 à Arsène Houssaye, Baudelaire exprime la conscience de faire “quelque chose de singulièrement différent” des tentations de traduire la poésie en prose, qui fleurissent depuis la fin du XVIIIème siècle. De fait, cette différence résulte d'une écriture qui déconstruit la poésie. La variété conflictuelle des tons, la déconcertante imprévisibilitédu narrateur, font l'hystérie propre d'une écriture qui relève plus de “l'essai” que d'un genre littéraire réglé. Ainsi par exemple, dans ≪Le Mauvais Vitrier≫, le narrateur avoue avec complaisance avoir “étéplus d'une fois victime de ces crises et de ces élans” qui font confondre violence agressive et “plaisanterie nerveuse”. Comparant “une si folle énergie” à “une inspiration fortuite”, Baudelaire fait correspondre création et perversion, littérature et pathologie, génie et folie.
Abstract
Walter Benjamin a écrit trois textes fondamentaux sur Baudelaire :≪Le Paris du Second Empire chez Baudelaire≫, ≪Sur quelques thèmes baudelairiens≫ et ≪Fragments baudelairiens≫ (Zentralpark),réunis dans le volume Charles Baudelaire, un poète lyrique àl’apogée du capitalisme publié en France en 1982 et traduit, publiéen Corée en 2010. Des sections entières des Paris, capitale du XIXeme siècle, sa dernière oeuvre, sont consacrées à Paris. Et il est impossible de lire ce que Benjamin dit du flâneur, de la prostituée,de la marchandise et de la nouveauté, sans songer aux Fleurs du mal ou aux ≪Tableaux parisiens≫. C’est en s’interrogeant sur l’univers baudelairien que Benjamin a affiné les concepts les plus importants de sa philosophie de l’histoire. Notre étude a pour but d'interroger la relation entre l'intérêt et l'étude sur Paris de Benjamin et l'oeuvre de Baudelaire. Dans le premier chapitre, nous avons suivi les étapes de l'intérêt de Benjamin sur Paris. A origine du projet des Passages, il y a la découverte du surréalisme et celle de la ville de Paris à travers la lecture du Paysan de Paris qui s'ouvre sur la Preface à une mythologie moderne. Au début, le projet porte le sous-titre Une féerie dialectique. A l'époque des becs-de-gaz, les passages sont les palais féeriques de la flânerie, de la mode, des panoramas, etc., de tout un univers de l'enfance. L'architecture est le témoignage de la mythologie latente d'une société, et c'est de ce rêve collectif que Benjamin veut réveiller les hommes de sa génération. L'architecture, la mode, les objets d'usages, les comportements d'une époque sont des symptômes dont Benjamin déchiffre le sens objectif, comme Freud interprète le sens subjectif du rêve et du langage des individus. Du projet inachevé des Passages, restés en plus de mille pages, on peut se faire une idée d'après les deux exposés adressés à Max Horkheimer en 1935 et en 1939. Dès ces ébauches, les principaux thèmes sont en place : la révolution apportée au paysage urbain par ces galeries couvertes, les grands magasins, les panoramas, les expositions universelles, l’éclairage au gaz, la mode, la publicité, le collectionneur, la prostituée, le flâneur etc. Dans le deuxième chapitre, nous avons examiné le rapport entre l'intérêt de Benjamin sur Baudelaire et le projet des Passages. Baudelaire a accompagné Benjamin pendant toute sa vie d'écrivain :dès 1914-1915, il traduit certains poèmes des Fleurs du mal : en 1923, il publie sa traduction des Tableaux parisiens, précédée de l'essai sur la tâche du traducteur. Quatre ans plus tard, il entreprend des recherches pour les Passages parisiens, dont le Baudelaire écrit en 1938-1939 devait être “modèle en miniature” et en fait la seule partie réalisée. L’ouvrage, selon les lettres que Benjamin adressé àHorkheimer, devait comporter trois parties : la première décrivait Baudelaire comme poète allégorique, la troisième analysait la marchandise comme “objet poétique”. Quant à la seconde, la seule qui fut rédigée, elle devait, par opposition à la première, aborder “l’interprétation du poète du point de vue de la critique sociale”. Cette étude, intitulé ≪Le Paris du Second Empire chez Baudelaire≫,se compose en fait de trois chapitres consacrés à la bohème, au flâneur et à la modernité. Postulant une affinité profonde entre la bohème de l’époque de Baudelaire et les conspirateurs, Benjamin s’attache à dégager un certain style politique, propre au Second Empire. L’analyse du thème du flâneur, plus directement en rapport avec le thème des passages, évoque le goût de l’époque pour les “physionomies”et les panoramas de Daguerre. La passion de Baudelaire pour Paris,pour la grande ville, est inséparable de la construction des trottoirs par Haussmann et de la naissance des passages. La rue devient un intérieur. L’homme se perd dans la foule et, de manière très ingénieuse, Benjamin rattache à ce thème la naissance du roman policier et la passion de Baudelaire pour Edgar Poe. Le chapitre consacré à la modernité s’attache plus spécifiquement à la conception baudelairienne de l’artiste. La création artistique est un acte d’héroïsme et Baudelaire lui-même se compare à un escrimeur. Sa passion pour l’observation semble l’éloigner du flâneur et de sa distraction. Sa vision de la modernité—époque triomphante et éphémère —est pourtant d’une rare ambiguïté, car peu d’hommes furent autant fascinépar l’antiquité. Ce Paris bouleversé par les travaux d’Haussmann, il l’imagine déjà en ruine. Et tout en célébrant la modernité il rêve qu’on puisse la contempler, un jour, comme une époque passée, si toutefois elle est digne d’entrer dans l’histoire. Dans le troisième chapitre, nous avons distingué deux conceptions poétiques, correspondances (symbole) et allégorie. En 1946, six ans seulement après la mort de Benjamin, Sartre publie son Baudelaire. Ce qui sépare Benjamin et Sartre, c'est l'importance que le premier accorde aux Tableaux parisiens, à leur caractère novateur et prophétique, à la forme allégorique. L'analyse de Sartre reste traditionnelle en plaçant au centre de l'oeuvre de Baudelaire, le thème des correspondances. Benjamin cherche à résoudre le problème de la tension chez Baudelaire entre l'allégorie et les correspondances. Selon la formule de Michel Deguy, “le mystère du comme” fait du sonnet «Correspondances»une véritable machine à comparer. La mise en commun des sensations y est célébrée comme un effet du “comme”. La rhétorique des corresponcances ouvre à une pensée de l'unité fondée sur la réconciliation des contraires. Par contre, l'allégorie consiste àtransformer une réalité du monde concret en un emblème du monde abstrait. Ainsi, dans le poème ≪Le Cygne≫, l'oiseau, cherchant vainement l'eau sur le pavé sec de Paris, personnifie-t-il la douleur d'être privé de l'objet du désir. L'allégorie dit ici le manque qui fait la mélancolie. Dans le dernier chapitre, nous avons analysé le désaccord et la dissonance exprimés dans le Spleen de Paris. Dans le dédicace faite en 1862 à Arsène Houssaye, Baudelaire exprime la conscience de faire “quelque chose de singulièrement différent” des tentations de traduire la poésie en prose, qui fleurissent depuis la fin du XVIIIème siècle. De fait, cette différence résulte d'une écriture qui déconstruit la poésie. La variété conflictuelle des tons, la déconcertante imprévisibilitédu narrateur, font l'hystérie propre d'une écriture qui relève plus de “l'essai” que d'un genre littéraire réglé. Ainsi par exemple, dans ≪Le Mauvais Vitrier≫, le narrateur avoue avec complaisance avoir “étéplus d'une fois victime de ces crises et de ces élans” qui font confondre violence agressive et “plaisanterie nerveuse”. Comparant “une si folle énergie” à “une inspiration fortuite”, Baudelaire fait correspondre création et perversion, littérature et pathologie, génie et folie.
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