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스탕달과 독자론

Stendhal et le lecteur

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초록

D’une part, dès le début de sa carrière d’auteur, Stendhal ne cachait pas son ambition littéraire. Comme La Transfiguration de Raphaël a été admirée pendant deux siècles et demi, il a voulu travailler toujours à ses plus beaux sujets pour faire des ouvrages sublimes et immortels. Stendhal croit que cinquante ans après sa mort, Shakespeare était devenu comme un auteur inconnu. Etant donné que ses contemporains ne savent ce qui restera de ses œuvres, l’illusion de la postérité lui reste de manière constante. A son avis, savoir ce que l’on dira du temps présente dans cinquante ans est la prétention de tous les romanciers. D’autre part, même si Stendhal est fidèle à son idée profondément narcissique d’écrire un ouvrage qui ne plairait qu’à lui seul, il définit le roman comme l’art de se faire lire. Si son roman n’a pas assez de chaleur pour faire veiller ses lecteurs jusqu’à deux heures du matin, il n’a pas besoin de le faire. Par conséquent, la difficulté n’est plus de trouver et de dire la vérité romanesque, mais de trouver qui la lit. Stendhal a constamment donné rendez-vous au lecteur de 1880 ou de 1935. Bien qu’il parle à des gens dont il ignore absolument la tournure d’esprit, le genre d’éducation, les préjugés et la religion, ces lecteurs à venir ou les happy few stendhaliens ont ceci de particulier : ils possèdent des âmes supérieures et nobles avec lesquels Stendhal aimerait passer des soirées, et par lesquels son œuvre peut être appréciée. Le désir d’être romancier qui n’aura de génie qu’aux yeux de quelques êtres privilégiés se réalisera au cours du temps. Ainsi la publication d’Armance en 1827 est accueillie froidement non seulement par la presse et les lecteurs parisiens mais par les amis de Stendhal. Toutefois, après plusieurs décennies de critiques négatives, la complexité thématique et psychologique du roman commence à être appréciée par les happy few. Le succès et la gloire littéraires de longue durée tiennent bien moins à la qualité propre des œuvres qu’aux conditions de réception. Le roman de Stendhal n’est jamais écrit pour tous les lecteurs. Entre les petites bourgeoises de province et les dames de Paris, entre les femmes de chambre et les femmes des salons, il faudrait prendre son parti et écrire pour le gros public ou pour les happy few, car l’auteur ne peut plaire à la fois à tous les deux. Stendhal choisit particulièrement le lecteur intelligent et bénévole qui est capable de comprendre ses enjeux littéraires : silence, litote, euphémisme, ellipse du temps fort, etc. Par exemple, Stendhal revendique une certaine absence destinée à rendre l’intensité de l’émotion sans passer par les procédés bavards. Cette stratégie d’écriture ne vise en aucun cas à l’adhésion du gros public mais ne touche qu’une lecteur d’élite, car elle a l’intention de faire réfléchir le lecteur, et par conséquent susciter chez lui le travail de tête et le plaisir de la reconnaissance des non-dits et implicites en anticipant les stades successifs. On peut analyser aussi la psychologie de l’auteur. L’intention de Stendhal de n’écrire que pour un petit nombre de lecteurs reflète l’impossibilité de communiquer son intimité à l’égard de sa mère au grand public ou à ses contemporains, de même que la difficulté à décrire le sentiment du bonheur et les scènes d’amour. Stendhal préfère alors s’adresser à un public qui n’est pas encore de ce monde, mais celui qui est ailleurs et à venir. L’œuvre doit à chaque fois être interprétée par le lecteur. Stendhal a une conviction constante que le lecteur saura tout. La gloire posthume de Stendhal doit beaucoup à ces happy few. Stendhal devient l’auteur longtemps méconnu et lentement reconnu.

Abstract

D’une part, dès le début de sa carrière d’auteur, Stendhal ne cachait pas son ambition littéraire. Comme La Transfiguration de Raphaël a été admirée pendant deux siècles et demi, il a voulu travailler toujours à ses plus beaux sujets pour faire des ouvrages sublimes et immortels. Stendhal croit que cinquante ans après sa mort, Shakespeare était devenu comme un auteur inconnu. Etant donné que ses contemporains ne savent ce qui restera de ses œuvres, l’illusion de la postérité lui reste de manière constante. A son avis, savoir ce que l’on dira du temps présente dans cinquante ans est la prétention de tous les romanciers. D’autre part, même si Stendhal est fidèle à son idée profondément narcissique d’écrire un ouvrage qui ne plairait qu’à lui seul, il définit le roman comme l’art de se faire lire. Si son roman n’a pas assez de chaleur pour faire veiller ses lecteurs jusqu’à deux heures du matin, il n’a pas besoin de le faire. Par conséquent, la difficulté n’est plus de trouver et de dire la vérité romanesque, mais de trouver qui la lit. Stendhal a constamment donné rendez-vous au lecteur de 1880 ou de 1935. Bien qu’il parle à des gens dont il ignore absolument la tournure d’esprit, le genre d’éducation, les préjugés et la religion, ces lecteurs à venir ou les happy few stendhaliens ont ceci de particulier : ils possèdent des âmes supérieures et nobles avec lesquels Stendhal aimerait passer des soirées, et par lesquels son œuvre peut être appréciée. Le désir d’être romancier qui n’aura de génie qu’aux yeux de quelques êtres privilégiés se réalisera au cours du temps. Ainsi la publication d’Armance en 1827 est accueillie froidement non seulement par la presse et les lecteurs parisiens mais par les amis de Stendhal. Toutefois, après plusieurs décennies de critiques négatives, la complexité thématique et psychologique du roman commence à être appréciée par les happy few. Le succès et la gloire littéraires de longue durée tiennent bien moins à la qualité propre des œuvres qu’aux conditions de réception. Le roman de Stendhal n’est jamais écrit pour tous les lecteurs. Entre les petites bourgeoises de province et les dames de Paris, entre les femmes de chambre et les femmes des salons, il faudrait prendre son parti et écrire pour le gros public ou pour les happy few, car l’auteur ne peut plaire à la fois à tous les deux. Stendhal choisit particulièrement le lecteur intelligent et bénévole qui est capable de comprendre ses enjeux littéraires : silence, litote, euphémisme, ellipse du temps fort, etc. Par exemple, Stendhal revendique une certaine absence destinée à rendre l’intensité de l’émotion sans passer par les procédés bavards. Cette stratégie d’écriture ne vise en aucun cas à l’adhésion du gros public mais ne touche qu’une lecteur d’élite, car elle a l’intention de faire réfléchir le lecteur, et par conséquent susciter chez lui le travail de tête et le plaisir de la reconnaissance des non-dits et implicites en anticipant les stades successifs. On peut analyser aussi la psychologie de l’auteur. L’intention de Stendhal de n’écrire que pour un petit nombre de lecteurs reflète l’impossibilité de communiquer son intimité à l’égard de sa mère au grand public ou à ses contemporains, de même que la difficulté à décrire le sentiment du bonheur et les scènes d’amour. Stendhal préfère alors s’adresser à un public qui n’est pas encore de ce monde, mais celui qui est ailleurs et à venir. L’œuvre doit à chaque fois être interprétée par le lecteur. Stendhal a une conviction constante que le lecteur saura tout. La gloire posthume de Stendhal doit beaucoup à ces happy few. Stendhal devient l’auteur longtemps méconnu et lentement reconnu.

참고문헌 (32)

  1. "Correspondance générale, tome I, III" (1997), Honoré Champion
  2. "De l’amour" (1980), Gallimard
  3. "Histoire de la peinture en Italie" (1996), Gallimard
  4. "Journal littéraire, tome I, III, dans OEuvres complètes" (1967), Slatkine
  5. "Lamiel" (1983), Gallimard
  6. "La Chartreuse de Parme" (2000), Livre de Poche
  7. "Le Rouge et le Noir" (2000), Gallimard
  8. "Lucien Leuwen, tome I, II" (1998), Flammarion
  9. "Mémoires d’un Touriste" (2015), Arvensa
  10. Molière, Skakespeare, "La Comédie et le Rire" (2015), Arvensa
  11. "OEuvres intimes, tome I, II" (1982), Gallimard
  12. "Promenades dans Rome" (1997), Gallimard
  13. "Racine et Shakespeare, dans OEuvres complètes de Stendhal" (1854), Michel Lévy Frères
  14. "Romans et Nouvelles" (1952), Gallimard
  15. "Rome, Naples et Florence" (1987), Gallimard
  16. Béatrice DIDIER, "Stendhal ou la dictée du bonheur. Paroles, échos et écritures dans La Chartreuse de Parme" (2002), Klincksieck
  17. "Dictionnaire de Stendhal" (2003), Honoré Champion
  18. Geneviève MOUILLAUD-FRAISSE, "La question du destinataire dans l’écriture de Stendhal", Colloque de Cerisy-La-Salle (1982)
  19. Honoré de BALZAC, "La Gloire de Stendhal" (1994), Quai Voltaire
  20. Marie PARMENTIER, "Stendhal stratège. Pour une poétique de la lecture" (2007), Droz
  21. Michel CROUZET, "Henri Beyle-Stendhal. Mémoire de la critique" (1996), l’Université de Paris-Sorbonne
  22. Paul VALERY, "Variété, tome II" (1955), Gallimard
  23. Philippe BERTHIER, "Stendhal Club", Revue des Sciences Humaines, 88(224) (1991)
  24. Victor BROMBERT, "Stendhal et la voie oblique. L’Auteur devant son monde romanesque" (1954), PUF
  25. Victor Del LITTO, "Stendhal sous l’oeil de la presse contemporaine. 1817-1843" (2001), Honoré Champion
  26. Yves ANSEL, "Stendhal, le temps et l’histoire" (2000), Presse Universitaire du Mirail
  27. 조성웅, "어머니의 죽음과 글쓰기 전략 : 스탕달과 생략기법", 프랑스어문교육, (42), pp.195~219 (2013), 한국프랑스어문교육학회
  28. Gustave FLAUBERT, "OEuvres Complètes", Arvensa
  29. Oliver GOLDSMITH, "The Vicar of Wakefield" (1823)
  30. Roland BARTHES, "Le Bruissement de la langue, Essais critiques IV" (1984), Seuil
  31. 변광배, "저자의 죽음과 귀환: R. 바르트를 중심으로", 세계문학비교연구, (45), pp.209~231 (2013), 세계문학비교학회
  32. 움베르토 에코, "이야기 속의 독자" (2009), 열린책들

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