토마의 『트리스탕』과 ‘몰입의 쾌락 delectatio morosa’
Delectatio morosa dans le Roman de Tristan de Thomas
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초록
La notion de delectatio morosa a été élaborée par les théologiens du XIIIe siècle qui, en tant que moralistes chargés de débusquer le plaisir et par là le péché, se sont intéressés à l’apparition du désir dans la conscience. L’épithète morosa venant du verbe moror qui signifie “s’arrê̂ter, s’attarder durablement dans une action ou une pensée”, cette expression de delectatio morosa désigne “le plaisir que l’imagination savoure délicieusement tandis qu’elle s’attarde dans le désir d’un objet qui demeure absent, parce qu’inaccessible ou interdit”. Il est en quelque sorte le plaisir propre au désir entre le désir d’un objet et la possession effective de cet objet. Charles Baladier a trouvé l’écho littéraire de ce concept théologique dans le fin’amor des troubadours. Cette remarque est tout à fait juste dans la mesure où le fin’amor est essentiellement le culte du désir en lui-mê̂me et que le troubadour se présente exactement en position d’Eve, figure emblématique de delectatio morosa trouvant le véritable plaisir à savourer plus ou moins longuement les appas. Or, il nous semble pourtant que le fin’amor présente quelques limites pour ê̂tre considéré comme son reflet à part entière. D’abord, c’est un art poétique plutô̂t qu’un art d’aimer, le désir en question étant plus le désir d’un bon poème que celui d’une femme aimée. D’autre part, l’accomplissement du désir signifiant la mort du désir, par là la mort de la poésie, ce désir ne se réalise jamais chez troubadours. Par conséquent, le fin'amor chez troubadours ne peut comporter cette dimension si importante de delectatio morosa qu'est la rumination des jouissances passées. C’est la figure de Tristan dans le roman de Tristan de Thomas qui nous semble mieux mériter le nom de delectatio morosa. A la différence des autres versions de Tristan et Iseut, ce roman se construit entièrement sur l’absence de l’objet de désir et raconte essentiellement l’imagination désirante et le plaisir qui en émane. Nous avons essayé de le montrer en nous appuyant sur la place accordée à la mémoire et aux images dans cette version de Thomas. A travers la représentation du plaisir qu’éprouve Tristan dans ses arrê̂ts sur images et surtout à travers le voile blanc, image par excellence procurant delectatio morosa, nous avons conclu que le meme concept de ce plaisir propre au désir est interprété par les poètes non pas comme un plaisir péccamineux mais comme source de vie.
Abstract
La notion de delectatio morosa a été élaborée par les théologiens du XIIIe siècle qui, en tant que moralistes chargés de débusquer le plaisir et par là le péché, se sont intéressés à l’apparition du désir dans la conscience. L’épithète morosa venant du verbe moror qui signifie “s’arrê̂ter, s’attarder durablement dans une action ou une pensée”, cette expression de delectatio morosa désigne “le plaisir que l’imagination savoure délicieusement tandis qu’elle s’attarde dans le désir d’un objet qui demeure absent, parce qu’inaccessible ou interdit”. Il est en quelque sorte le plaisir propre au désir entre le désir d’un objet et la possession effective de cet objet. Charles Baladier a trouvé l’écho littéraire de ce concept théologique dans le fin’amor des troubadours. Cette remarque est tout à fait juste dans la mesure où le fin’amor est essentiellement le culte du désir en lui-mê̂me et que le troubadour se présente exactement en position d’Eve, figure emblématique de delectatio morosa trouvant le véritable plaisir à savourer plus ou moins longuement les appas. Or, il nous semble pourtant que le fin’amor présente quelques limites pour ê̂tre considéré comme son reflet à part entière. D’abord, c’est un art poétique plutô̂t qu’un art d’aimer, le désir en question étant plus le désir d’un bon poème que celui d’une femme aimée. D’autre part, l’accomplissement du désir signifiant la mort du désir, par là la mort de la poésie, ce désir ne se réalise jamais chez troubadours. Par conséquent, le fin'amor chez troubadours ne peut comporter cette dimension si importante de delectatio morosa qu'est la rumination des jouissances passées. C’est la figure de Tristan dans le roman de Tristan de Thomas qui nous semble mieux mériter le nom de delectatio morosa. A la différence des autres versions de Tristan et Iseut, ce roman se construit entièrement sur l’absence de l’objet de désir et raconte essentiellement l’imagination désirante et le plaisir qui en émane. Nous avons essayé de le montrer en nous appuyant sur la place accordée à la mémoire et aux images dans cette version de Thomas. A travers la représentation du plaisir qu’éprouve Tristan dans ses arrê̂ts sur images et surtout à travers le voile blanc, image par excellence procurant delectatio morosa, nous avons conclu que le meme concept de ce plaisir propre au désir est interprété par les poètes non pas comme un plaisir péccamineux mais comme source de vie.
참고문헌 (13)
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- Baladier Charles, "Aventure et discours dans l’amour courtois" (2010), Hermann
- Baladier Charles, "Eros au Moyen Age, Amour, désir et 'delectatio morosa" (1999), Les Edition de Cerf.
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- Duby Georges, "Mâle Moyen Age : de l’Amour et autres essais" (1988), Flammarion
- Gally Michèle, "L’Intelligence de l’amour d’Ovide à Dante : arts d’aimer et poésie au Moyen Age" (2005), CNRS Editions
- Lacan Jacques, "Kant avec Sade, In dans Ecrits" (1966), Seuil
- Ribémont Bernard, "Sexe et amour au Moyen Age" (2007), Klincksieck
- "Dictionnaire de théologie catholique, t. IV", Paris, Letouzey, ~ (1920)
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