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장-뤽 라가르스 Jean-Luc Lagarce의 『세상의 끝일 뿐 Juste la fin du monde』 또는 소통의 실패

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce ou l’échec de la communication

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Une des pièces de Lagarce qui traitent du retour du fils prodigue, après plusieurs années d’absence, au sein de sa famille, Juste la fin du monde parle de l’échec des retrouvailles, de la communication. C’est surtout à travers un nouveau traitement du dialogue que cet échec est rendu visible: contrairement à ce que Louis, protagoniste de la pièce, annonce au prologue, il n’arrive pas à évoquer ni sa maladie ni sa mort «prochaine et irrémédiable». Il se réfugie plutôt dans une série de monologues qui méditent sur la mort ; d’autres personnages non plus n’arrivent pas à communiquer avec lui. Chaque personnage semble parler devant un (ou des) interlocuteur(s) muet(s) mais en fait, tour à tour, chacun se livre à une sorte de soliloque, à sens unique. D’autant qu’il y n’a pas assez de dialogues pour rompre le silence accumulé depuis des années entre Louis et sa famille, sinon que son enchaînement est intentionnellement étrange, ce qui renforce la non-communication. En jouant la limite entre le dialogue et le monologue, Lagarce crée une façon différente de parler sur la scène: monologue, quasi-monologue, dialogue asymétrique… L’omniprésence de différentes formes de monologue ainsi que le traitement de l’espace (celui de la maison comme un vrai labyrinthe où chacun cherche un autre ou se cache) montre efficacement combien les personnages sont isolés à l’intérieur d’eux-mêmes, et éprouvent la difficulté de se raconter pour comprendre. Difficulté aussi de parler: les mots se répètent, se contredisent, se corrigent à force que les personnages essaient, comme des êtres désireux de s’exprimer, de trouver le mot juste, ou bien hésitent de le prononcer. D’où résulte une conséquence paradoxale: dire sans dire. Louis ne prononce pas un mot sur sa mort. On le voit, Lagarce s’est préoccupé de la forme dramatique comme contenant du sens : le dire et l’impossibilité de dire sont figurés par la structure de la pièce alternant entre les monologues et les dialogues, par des faux-dialogues, et même par la tentation du «vrai» dialogue, ainsi que par les données spatio-temporels. En effet, la double temporalité (est-ce que Louis va mourir? ou est-il déjà mort?) est le caractère particulier de la pièce. Lagarce adopte la technique même du roman, en brossant son auto-portrait dans les monologues de Louis. Louis passe son temps à anticiper ou à revenir en arrière, comme si l’auteur atteint par le sida, se voyait, dans son vivant, déjà mort. Conséquence dramaturgique : Louis devient doublement «fantôme» aussi bien par l’impossibilité d’effacer la distance humaine entre lui et sa famille que par la présence de la mort. La dimension autobiographique rend encore plus belle la pièce qui témoigne des interrogations propres à l’auteur face à la mort, à l’indicible, au non-dit existentiel.

Abstract

Une des pièces de Lagarce qui traitent du retour du fils prodigue, après plusieurs années d’absence, au sein de sa famille, Juste la fin du monde parle de l’échec des retrouvailles, de la communication. C’est surtout à travers un nouveau traitement du dialogue que cet échec est rendu visible: contrairement à ce que Louis, protagoniste de la pièce, annonce au prologue, il n’arrive pas à évoquer ni sa maladie ni sa mort «prochaine et irrémédiable». Il se réfugie plutôt dans une série de monologues qui méditent sur la mort ; d’autres personnages non plus n’arrivent pas à communiquer avec lui. Chaque personnage semble parler devant un (ou des) interlocuteur(s) muet(s) mais en fait, tour à tour, chacun se livre à une sorte de soliloque, à sens unique. D’autant qu’il y n’a pas assez de dialogues pour rompre le silence accumulé depuis des années entre Louis et sa famille, sinon que son enchaînement est intentionnellement étrange, ce qui renforce la non-communication. En jouant la limite entre le dialogue et le monologue, Lagarce crée une façon différente de parler sur la scène: monologue, quasi-monologue, dialogue asymétrique… L’omniprésence de différentes formes de monologue ainsi que le traitement de l’espace (celui de la maison comme un vrai labyrinthe où chacun cherche un autre ou se cache) montre efficacement combien les personnages sont isolés à l’intérieur d’eux-mêmes, et éprouvent la difficulté de se raconter pour comprendre. Difficulté aussi de parler: les mots se répètent, se contredisent, se corrigent à force que les personnages essaient, comme des êtres désireux de s’exprimer, de trouver le mot juste, ou bien hésitent de le prononcer. D’où résulte une conséquence paradoxale: dire sans dire. Louis ne prononce pas un mot sur sa mort. On le voit, Lagarce s’est préoccupé de la forme dramatique comme contenant du sens : le dire et l’impossibilité de dire sont figurés par la structure de la pièce alternant entre les monologues et les dialogues, par des faux-dialogues, et même par la tentation du «vrai» dialogue, ainsi que par les données spatio-temporels. En effet, la double temporalité (est-ce que Louis va mourir? ou est-il déjà mort?) est le caractère particulier de la pièce. Lagarce adopte la technique même du roman, en brossant son auto-portrait dans les monologues de Louis. Louis passe son temps à anticiper ou à revenir en arrière, comme si l’auteur atteint par le sida, se voyait, dans son vivant, déjà mort. Conséquence dramaturgique : Louis devient doublement «fantôme» aussi bien par l’impossibilité d’effacer la distance humaine entre lui et sa famille que par la présence de la mort. La dimension autobiographique rend encore plus belle la pièce qui témoigne des interrogations propres à l’auteur face à la mort, à l’indicible, au non-dit existentiel.

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