졸라의 실험극 『테레즈 라캥 Thérèse Raquin』
Thérèse Raquin, un théâtre expérimental de Zola
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초록
Auteur dramatique mal connu, Émile Zola a essayé, presque toute sa vie, de renouveler l’art du théâtre ; malgré les échecs, il luttait contre le théâtre conventionnel pour défendre ses idées naturalistes dont Thérèse Raquin portait le germe. Cette pièce en quatre actes n’était pas une simple adaptation de son roman éponyme ; sa première pièce jouée en 1873 engendrait «une formule nouvelle», comme l’a dit André Antoine, sur plusieurs points de vue. D’abord, le personnage n’est plus conçu comme une figure abstraite, ni un archétype d’un tel ou tel caractère. Selon Zola, le personnage est soumis aux diverses influences du milieu la physiologie détermine la psychologie. Afin de montrer les réactions physiologiques de deux tempéraments opposés de Thérèse et Laurent, Zola unifie et rétrécit l’espace dramatique en lui dotant sa dimension symbolique: chambre-prison-tombeau. Il a donc supprimé les scènes aux extérieurs (celle de Saint-Ouen notamment) ou à la Morgue pour resserrer l’action qui se trouve, selon l’auteur, «dans les combats intérieurs des personnages». Par conséquent, tout se focalise sur l'espace fermé mais ouvert à tous les regards qui étouffent les deux héros ; l'espace soigneusement décrit dans la didascalie participe activement à leur suicide, ce qui est également un apport du naturalisme: loin d’être un «palais à volonté» ou un contenant quelconque, l'espace détermine les actes du personnage. Autrement dit, le personnage n’est plus celui qui agit mais est influencé par tout ce qui l’entoure. Thérèse et Laurent sont poussés par leur enveloppe charnelle ; ils sont, pour reprendre l’expression de Zola, «entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair». Cette nouvelle conception du personnage a donné l’importance aussi bien aux jeux réels (les didascalies sont précises concernant le mouvement quotidien comme se lever/s’asseoir, monter/descendre…) mais aussi aux expressions dramatiques jusqu’à alors inédites ou non valorisées: le silence, l’immobilité, et les jeux de regard. Dès le commencement de la pièce, Thérèse est assise, sans bouger, sur une chaise basse, à côté de Laurent debout à son chevalet ; Camille également assis attend d’être «délivré» lors de la dernière séance. Deux corps immobiles symbolisent leur situation à venir. A la différence du roman, Mme Raquin se paralyse au soir même des noces (acte III) après avoir su la vérité de la mort de son fils. Existe-elle autrement que par le silence et le regard? Aussi le naturalisme au théâtre a-t-il contribué à enrichir le langage théâtral. Une dramaturgie non fondée sur la suprématie du verbe s’ouvre alors, avant même la naissance du théâtre symbolique. Certes, l’effet mélodramatique ainsi que le coup de théâtre n’est pas absent dans le texte. Contrairement au roman, Mme Raquin reprend la parole pour jouer le rôle de la justice comme la statue du Commandeur de Dom Juan. D’autre part, la qualité du langage est inférieure par rapport au roman. Il ne semble pas que Zola se souciait de créer des dialogues appropriés aux «combats intérieurs des personnages». D’ailleurs, la didascalie et le dialogue qui se superposent pour l’effet du réel sont souvent redondants. Pourtant, comme nous l'avons analysé, la répétition des mots et des gestes indique d’une façon efficace l’opposition de la situation ; les scènes simultanées mettent l’accent sur la variété du groupe des personnages. La mise en relief sur les éléments concrets et symboliques, la revendication de la «nature» et la «vérité» au théâtre, la prise en conscience du langage non verbal ainsi que du rapport intime entre les personnages et les données spatio-temporels dans Thérèse Raquin ont annoncé, sans parler de l’avènement du metteur en scène, une nouvelle dramaturgie, une tragédie moderne.
Abstract
Auteur dramatique mal connu, Émile Zola a essayé, presque toute sa vie, de renouveler l’art du théâtre ; malgré les échecs, il luttait contre le théâtre conventionnel pour défendre ses idées naturalistes dont Thérèse Raquin portait le germe. Cette pièce en quatre actes n’était pas une simple adaptation de son roman éponyme ; sa première pièce jouée en 1873 engendrait «une formule nouvelle», comme l’a dit André Antoine, sur plusieurs points de vue. D’abord, le personnage n’est plus conçu comme une figure abstraite, ni un archétype d’un tel ou tel caractère. Selon Zola, le personnage est soumis aux diverses influences du milieu la physiologie détermine la psychologie. Afin de montrer les réactions physiologiques de deux tempéraments opposés de Thérèse et Laurent, Zola unifie et rétrécit l’espace dramatique en lui dotant sa dimension symbolique: chambre-prison-tombeau. Il a donc supprimé les scènes aux extérieurs (celle de Saint-Ouen notamment) ou à la Morgue pour resserrer l’action qui se trouve, selon l’auteur, «dans les combats intérieurs des personnages». Par conséquent, tout se focalise sur l'espace fermé mais ouvert à tous les regards qui étouffent les deux héros ; l'espace soigneusement décrit dans la didascalie participe activement à leur suicide, ce qui est également un apport du naturalisme: loin d’être un «palais à volonté» ou un contenant quelconque, l'espace détermine les actes du personnage. Autrement dit, le personnage n’est plus celui qui agit mais est influencé par tout ce qui l’entoure. Thérèse et Laurent sont poussés par leur enveloppe charnelle ; ils sont, pour reprendre l’expression de Zola, «entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair». Cette nouvelle conception du personnage a donné l’importance aussi bien aux jeux réels (les didascalies sont précises concernant le mouvement quotidien comme se lever/s’asseoir, monter/descendre…) mais aussi aux expressions dramatiques jusqu’à alors inédites ou non valorisées: le silence, l’immobilité, et les jeux de regard. Dès le commencement de la pièce, Thérèse est assise, sans bouger, sur une chaise basse, à côté de Laurent debout à son chevalet ; Camille également assis attend d’être «délivré» lors de la dernière séance. Deux corps immobiles symbolisent leur situation à venir. A la différence du roman, Mme Raquin se paralyse au soir même des noces (acte III) après avoir su la vérité de la mort de son fils. Existe-elle autrement que par le silence et le regard? Aussi le naturalisme au théâtre a-t-il contribué à enrichir le langage théâtral. Une dramaturgie non fondée sur la suprématie du verbe s’ouvre alors, avant même la naissance du théâtre symbolique. Certes, l’effet mélodramatique ainsi que le coup de théâtre n’est pas absent dans le texte. Contrairement au roman, Mme Raquin reprend la parole pour jouer le rôle de la justice comme la statue du Commandeur de Dom Juan. D’autre part, la qualité du langage est inférieure par rapport au roman. Il ne semble pas que Zola se souciait de créer des dialogues appropriés aux «combats intérieurs des personnages». D’ailleurs, la didascalie et le dialogue qui se superposent pour l’effet du réel sont souvent redondants. Pourtant, comme nous l'avons analysé, la répétition des mots et des gestes indique d’une façon efficace l’opposition de la situation ; les scènes simultanées mettent l’accent sur la variété du groupe des personnages. La mise en relief sur les éléments concrets et symboliques, la revendication de la «nature» et la «vérité» au théâtre, la prise en conscience du langage non verbal ainsi que du rapport intime entre les personnages et les données spatio-temporels dans Thérèse Raquin ont annoncé, sans parler de l’avènement du metteur en scène, une nouvelle dramaturgie, une tragédie moderne.
참고문헌 (22)
- Paul Alexis, "Notes d’un ami" (1882), Charpentier
- André Antoine, "Antoine, l’invention de la mise en scène" (1999), Actes Sud-Papiers
- Colette Becker, "Les Apprentissage de Zola" (1993), PUF
- Janice Best, "Expérimentation et adaptation. Essai sur la méthode naturaliste d’Émile Zola" (1986), Paris Librairie José Corti
- Peter Brook, "L’Espace vide" (1977), Éditions du Seuil
- Michel Claverie, "Thérèse Raquin ou les Atrides dans la boutique du Pont-Neuf", Les Cahiers naturalistes, (30) (1968)
- Denis Dideort, "Diderot et le théâtre" (1995), Pocket
- Bernard Dort, "Théâtre réel" (1971), Éditions du Seuil
- Ferragus, "Thérèse Raquin" (2001), Gallimard
- Henri Mitterand, "Zola journaliste" (1962), A. Colin
- Henri Mitterand, "Revue des sciences humaines", Revue des sciences humaines (1961)
- Henri Mitterand, "Le Regard et le signe" (1987), PUF
- Henri Mitterand, "Zola et le naturalisme" (1986), PUF
- Henri Mitterand, "Zola. L’Histoire et la fiction" (1990), PUF
- Blandine Rickert, "Thérèse Raquin : observations sur la structure dramatique du roman", Les Cahiers naturalistes, (55) (1981)
- Arnaud Rykner, "L’Envers du théâtre" (1996), José Corti
- Henri Scepi, "Thérèse Raquin d'Émile Zola" (2010), Gallimard
- Claude Seassau, "Le Réalisme symbolique" (1989), José Corti
- Jean-François Tonard, "Thématique et symbolique de l'espace clos dans le cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola" (1994), Peter Lang
- Émile Zola, "Théâtre: Thérèse Raquin, Les Héritiers Rabourdin, Le Bouton de Rose" (1878), Charpentier
- Émile Zola, "Le Roman expérimental" (1971), Garnier-Flammarion
- Émile Zola, "Le naturalisme au théâtre: les théories et les exemples" (2012), Tredition classics
